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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 09:15

Les évènements de ces derniers jours en France, qui ont eu un retentissement mondial, ont été marqués par le mot de LIBERTÉ. C'est un grand mot, mais il peut être dangereux de l'employer pour tout et n'importe quoi, surtout si l'on veut qu'elle soit un droit, que ce droit soit absolu, en toutes circonstances, même si cela gêne d'autres et si cela met en danger l'ordre public. C'est une interprétation abusive et dangereuse de l'article 4 de la Déclaration des Droits de l'Homme, selon lequel "la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui".

Prenons la liberté d'expression: peut-on tout dire (et faire rire de tout), sur tous les sujets, même au risque de choquer, ou de blesser une partie de ceux qui nous écoutent ? Je pense par exemple aux attaques contre des religions. C'est ce qu'on entend depuis huit jours. Dans le même temps, on veut interdire à d'autres gens ou médias d'exprimer des idées ou des opinions avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord. Je pense par exemple aux déclarations racistes ou xénophobes.

Ce droit absolu et exclusif est revendiqué par une minorité de professionnels de l'opinion publique: médias, intellectuels, politiques, artistes, qui se veulent des directeurs de conscience, prenant ainsi la place qu'occupait le clergé catholique au XIX° siècle. Ils veulent cette liberté d'expression pour eux-mêmes. Et ils sont aidés, dans des jours comme ceux que nous venons de vivre, par l'émotion de la grande masse de la population, qui réagit avec ses tripes et est prête à adopter des slogans faciles, même s'ils sont contradictoires: par exemple "être Charlie" et "éviter l'amalgame entre terrorisme et Islam".

Le fait est que nous manquons d'outils pour promouvoir des comportements, y compris en matière d'expression, qui soient raisonnés, qui respectent les différences entre les gens et qui soient compréhensibles par le plus grand nombre. J'entends proclamer, depuis des années, que, en France, c'est l'école de la République qui permet l'intégration et l'égalité de tous dans un corps social qui est uni autour des "valeurs" universelles de cette même République. Malheureusement, ça ne fonctionne pas comme ça. Nos enfants ne passent que peu de temps à l'école, au collège, au lycée, à l'université. Certes, ils y sont instruits et y entendent des cours sur les grands principes du "vivre ensemble". Mais, dans tout le reste de leur vie quotidienne, ils sont soumis à une éducation et à des influences dans leur famille et dans la rue. Cette éducation et ces influences sont souvent beaucoup plus convaincantes, radicalement différentes de ce qui est enseigné à l'école et mieux adaptées à des situations évidentes d'oppression, de discrimination, de mépris, de marginalisation. Il y a alors de bonnes chances que l'impact de l'école soit nul pour beaucoup de ces jeunes. Et nous ne parlons même pas ici de l'école de la prison.

Il y avait autrefois quelque chose qui s'appelait l'éducation populaire, portée par d'innombrables militants bénévoles. Ce mouvement a évolué vers la professionnalisation: les bénévoles ont été remplacés par des salariés de plus en plus qualifiés et de moins en moins militants. Les structures dites d'éducation populaire sont maintenant des services publics de statut privé, financés par l'argent de l'Etat et des collectivités territoriales, encadrés de normes et de contrôles.

La laïcité n'a rien arrangé, car ses promoteurs les plus radicaux et sectaires veulent empêcher les religions de jouer leurs rôles de modération et de pacification.

Il y a heureusement de nombreuses initiatives très locales, émanant des territoires et des communautés, très fortes et innovantes, encore parfois militantes et bénévoles, mais elles ont beaucoup de mal à exister sans subventions et sans professionnels et doivent généralement se limiter à la solution de problèmes précis, ponctuels, concrets, qui ne peuvent contribuer à la renaissance d'une véritable éducation populaire qui agirait globalement sur la population française, à la fois à travers les familles (par la mobilisation et la formation des parents) et à travers la vie de la rue (par une participation effective et volontaire des jeunes à la vie sociale).

Le "mouvement du 11 janvier" peut-il faire surgir, dans la société française, des solutions concrètes, des leaders positifs, des méthodes opérationnelles ? Sinon, comment allons-nous mener cette guerre asymétrique, où nous prétendons libérer ou démocratiser par la force d'autres peuples, tandis qu'agissent chez nous des ennemis que nous n'arrivons même pas à identifier à temps ?

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Published by hugues-interactions - dans Actualité
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commentaires

ffortunet 15/01/2015 12:59

Il faut revenir à Voltaire et admettre qu'il s'agit de pouvoir entendre ce que l'autre peut dire. (je cite de mémoire).Il y a beaucoup à faire alors. FF

Yara Mattos 15/01/2015 03:42

Caro Hugues, obrigada pelas suas reflexões. Eu ia lhe enviar um e-mail solicitando sua opinião sobre os últimos acontecimentos em Paris. Concordo com você em gênero, número e grau! Um abraço, Yara.