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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 15:01
Un panorama brésilien de la muséologie sociale

La nouvelle livraison des Cadernos du CEOM (n°41, décembre 2014) s'intitule sobrement "Museologia social" et comprend un grand nombre d'articles, évidemment en portugais, par des praticiens de terrain brésiliens (plus quelques autres) sur des expériences et des projets qui relèvent tous de ce champ de la nouvelle muséologie. Je crois que cela vaut la peine, même si on n'est pas familier avec la langue portugaise, de regarder au moins la table des matières, disponible sur internet : http://bell.unochapeco.edu.br/revistas/index.php/rcc/issue/view/168/showToc

Je rappelle que cette revue est publiée par UNOCHAPECO, Universidade Comunitária da Região de Chapecó, une région de l'Ouest de l'état brésilien de Santa Catarina. Elle attache une importance particulière à la mémoire, au patrimoine, aux questions de société et, naturellement aux actions de caractère communautaire. L'université a créé à cette fin un "Centre de Mémoire" - CEOM, dont la revue est l'instrument de diffusion.

J'attire tout particulièrement l'attention sur le dernier article: "A CARTA DAS MISSÕES Documento da Rede dos Pontos de Memória e Iniciativas Comunitárias em Memória e Museologia Social do Rio Grande do Sul (Repim- RS)", en français: La Charte des Missões - Document du Réseau des Points de Mémoire et des initiatives communautaires en mémoire et muséologie sociale dans le Rio Grande do Sul (Repim-RS). Ce texte collectif adopté l'an dernier lors d'une rencontre de ce réseau dans la région de "Missões" dans le Nord-Ouest de l'Etat représente une synthèse de très nombreuses expériences portant sur des années de travail de terrain. J'en extrais (dans ma traduction approximative) la partie qui définit le champ et les grands principes de l'action dans les communautés et qui propose une sorte d'éthique du travail communautaire sur la mémoire et le patrimoine:

______________________

On entend par communauté, un groupe ou des groupes de personnes en situation de vulnérabilité sociale, unies par des liens historiques relatifs aux aspects territoriaux, ethniques, culturels et/ou de genre, en particulier lorsqu’ils sont mus ou organisés pour la défense et la promotion du Droit à la Mémoire et à l’Histoire, et des autres thèmes relevant des Droits Humains et Culturels ;

Le Repim-RS travaille à garantir que la relation des communautés avec les institutions partenaires (universités, entreprises et organismes publics) soit réglée par un contrat formel qui obéisse aux principes suivants :

  • que les communautés soient les protagonistes des projets dans leur conception, leur exécution et leur évaluation ;

  • que les partenaires s’attachent à corriger la vulnérabilité sociale, en particulier par la création de contreparties en matière de développement soutenable et par un engagement à lutter contre les inégalités;

  • que les fonds recueillis au nom des communautés et en raison de leurs vulnérabilités soient effectivement utilisés en faveur de ces communautés, afin de renforcer leurs espaces de mémoire et d’éducation par des équipements et des ressources suffisants;

  • que des formations et des qualifications renforcent la capacité des dirigeants et des jeunes à aider les communautés à produire leurs propres projets et à assurer la gestion de leurs propres ressources;

  • que les boursiers relevant de projets universitaires soient choisis par la communauté, et notamment par le Conseil de Gestion du Point de Mémoire;

  • que le Droit à l’image et le Droit à la propriété intellectuelle soient respectés dans la production visuelle, musicale et textuelle des actions, aussi bien dans la production enfantine que dans celle des autres membres des communautés;

  • que la production académique soit orientée dans le sens des intérêts des communautés, de manière à se conclure par des avancées pour ces communautés;

  • que la production académique textuelle et audio-visuelle revienne à la communauté en formats imprimé et numérique;

  • que la production intellectuelle concernant la communauté intègre en priorité des auteurs issus de la communauté, ou que les membres de la communauté soient co-auteurs de la production académique, d’événements, congrès, séminaires et forums;

  • que les objectifs, les méthodes, le budget, les argumentaires et les autres éléments des projets soient construits à partir des intérêts de la communauté;

  • que soit respectée la Convention 169 de l’OIT, selon laquelle il n’est pas permis de réaliser une étude ou une intervention quelconque dans une communauté, sans son autorisation expresse sous forme de documents audio-visuels, écrits ou de tout autre forme de manifestation communautaire;

  • que l’action-recherche-action soit le principe méthodologique des activités entreprises sur la mémoire communautaire.

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Published by hugues-interactions - dans Publications
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