Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 08:55

Le journal Le Monde, dans son supplément Eco&Entreprise du mardi 12 mai, consacre une annonce en Une et deux grandes pages intérieures à "la fragile économie des musées", sous la signature de Catherine Quignon.

http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2015/05/10/la-fragile-economie-des-musees_4630817_3234.html

Cet article apporte des précisions intéressantes sur l'état actuel des musées en France. Des chiffres spectaculaires illustrent non seulement la baisse des financements de l'Etat pour les grands musées et celle des collectivités territoriales pour les musées de province, mais aussi la différence entre les deux catégories. L'auteur parle d'un "système à deux vitesses", où les grands musées, surtout naturellement à Paris, sont privilégiés (pour leur rôle touristique et de prestige), tandis que les plus petits musées, qui n'ont que peu de visiteurs et ne représentent pas un enjeu politique, sont menacés de disparaître: 128 musées ont ainsi fermé ces dernières années (mais on ne dit pas combien ont été créés pendant le même temps...).

Il est significatif que cet article figure dans un supplément économique, à côté des informations sur l'économie chinoise ou les difficultés d'Airbus. Et aussi que l'on y parle des musées comme des entreprises qui doivent exploiter leurs espaces et leurs collections pour les louer à des sociétés privées, à des manifestations de mode, à des Etats étrangers. Un encadré présente même le cas de musées britanniques qui vendent des ouvres d'art pour en acheter d'autres ou pour financer des travaux.

Egalement significatif est la place réservée aux musées d'art qui, une fois de plus, sont le modèle absolu du musée. Et aussi que l'on ne parle pas des derniers investissements publics et privés dans des musées qui sont en réalité des gestes architecturaux de prestige, "pour faire comme Bilbao".

Mais tout cela est du constat et pas de la réflexion, encore moins de la prospective. Une institution conçue au 19° siècle par et pour une élite cultivée prétend être gérée au 21° siècle de la même façon pour des masses touristiques internationales, laissant sur le côté tout ce qui représente et valorise le patrimoine, la nature, la culture des populations et des territoires. Je rappelle que Graça Filipe et moi-même avons publié récemment un long article sur ce sujet, paru en portugais dans la revue Al Madan (Almada, Portugal) et en français sur mon site d'édition électronique www.hugues-devarine.eu.

Il est absurde de vouloir traiter de la même façon, avec les mêmes règles et sous le même nom des "choses" aussi différentes que le Musée du Louvre avec ses 10 millions de visiteurs et le musée d'histoire naturelle (associatif) de Chambéry, géré par des bénévoles (une salariée à mi-temps) pour 4 à 7000 visiteurs par an. Dans les deux cas, on parle de "service public", mais ce n'est pas du tout le même. Le premier est au service des touristes étrangers et de l'image de la France, le second de la population locale et de son patrimoine naturel et scientifique.

Déjà dans une note suite à la réunion piémontaise de Pontebernardo, j'avais appelé à un "moratoire" sur la création de nouveaux musées et sur l'agrandissement des musés existants, et aussi à une restructuration des musées sur les territoires pour mutualiser leurs collections, leurs personnels et leurs frais de fonctionnement. Il devient de plus en plus urgent d'appeler à des politiques territoriales du patrimoine englobant monuments et sites, musées, bibliothèques et archives, dans une gestion raisonnée des "paysages culturels" qui vont être en 2016 le thème de la Conférence générale de l'Icom.

Partager cet article

Repost 0
Published by hugues-interactions
commenter cet article

commentaires