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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 15:25
Le Cortejo do Linho, 6 septembre 2015
Le Cortejo do Linho, 6 septembre 2015

Je reviens de Fermentões, une petite ville de la banlieue de Guimarães, qui fut la première capitale du Portugal et en 2012 la capitale européenne de la culture. A Fermentões (7000 habitants environ), chaque année, on fête le premier week-end de septembre le Dia do Agricultor, avec défilés de bœufs et de tracteurs, un "cortège du lin", des concours de danse traditionnelle entre groupes de diverses villes du pays, etc. Cette année, on mettait en relief le Musée de l'agriculture, fondé il y a plus de trente ans par des habitants de la ville, emmenés par un artisan génial, Jerónimo Ferreira. Jerónimo est mort en février dernier, mais son œuvre et celle de ses amis continue, avec un nombre impressionnant de volontaires, de tous âges et de toutes professions. C'est un véritable musée communautaire, voulu, créé et animé par la population.

D'ailleurs, les défilés du Dia do Agricultor se faisaient avec des équipements et des objets prêtés par le musée: imagine-t-on un musée traditionnel faisant sortir ses plus précieux objets de ses vitrines pour aller défiler sur des kilomètres par 35° à l'ombre ?. On pouvait dire que ces journées de fêtes étaient un "musée sur roues", ou un musée dans la rue.

Le musée est installé dans une ancienne école, acquise par la ville lorsqu'une nouvelle école plus moderne fut construite il y a près de 40 ans. Il fait partie, pour sa gestion et son administration de la Casa do Povo, la Maison du Peuple, une institution sociale et socio-culturelle qui sert tous les âges et toutes les familles de Fermentões.

Scientifiquement, le musée est dirigé, à titre bénévole, par Maria João Vasconcelos, la directrice du grand Musée national Soares dos Reis, à Porto. Un comité directeur assure le suivi quotidien; il est animé par un frère de Jerónimo, Manuel Ferreira, ancien maire de Guimarães et ancien responsable de l'aménagement et du développement de la région environnante du Vale do Ave.

Si j'ai tenu à parler ici du Musée d'agriculture de Fermentões, c'est parce qu'il représente pour moi un exemple presque parfait de ce qu'est un musée local d'initiative et d'essence communautaire: un outil d'adaptation de la population au changement culturel, social et environnemental. Nous avons ici, sur un hectare environ, au centre d'un territoire à la fois rural et urbain, trois institutions totalement complémentaires:

- la Casa do Povo, qui est au service de tous et dont les professionnels sont souvent eux-mêmes des membres de la communauté,

- l'Ecole publique, qui enseigne les savoirs essentiels à la vie future et à l'avenir professionnel des enfants,

- le Musée qui enseigne l'héritage commun et la culture vivante, non seulement des anciens, mais aussi des habitants actuels, et qui est témoin actif des changements apportés au paysage, aux modes de vie.

Que le musée soit installé lui-même dans une ancienne école est plus que symbolique: il est une école pour tous, jeunes et adultes, enfants et vieillards, ruraux et urbains.

Cela fait trente ans que je suis l'évolution de ce musée, depuis ses premières années. J'ai vu la manière dont Jerónimo et ses amis ont rassemblé sa collection, l'ont présentée, ont associé de plus en plus de voisins et d'amis à tel ou tel aspect, à telle ou telle section. L'histoire du lin, de la plante à la commercialisation des produits, a été réalisée sous la forme de scènes montrant des poupées miniatures exécutant les gestes et utilisant les outils, ce qui est reproduit chaque année dans le cortège du lin, en vraie grandeur, sur la route et dans les rues.

Le musée va maintenant poursuivre son évolution. J'espère qu'il restera l'objet et l'outil de la communauté, que sa présentation même un peu modernisée, restera compréhensible et modeste, que l'important patrimoine en maisons, vignes, jardins, champs, si caractéristiques du paysage du Sud-Minho, sera de plus en plus reconnu et valorisé, comme Jerónimo avait commencé à le faire. J'espère aussi que des moyens seront trouvés pour refléter la composante industrielle de l'activité du territoire et la dimension de plus en plus urbaine de la vie quotidienne des gens.

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Published by hugues-interactions - dans Développement des territoires
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