Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 10:34

Cela fait longtemps que je n’ai rien mis sur ce blog. Mais depuis quelques mois j’ai accumulé des documents et des rencontres sur un même thème qui a deux entrées complémentaires : comment des gens divers construisent-ils une communauté et son cadre de vie sur un territoire ? et comment ces mêmes gens peuvent-ils intervenir sur les décisions politiques, administratives et techniques qui changent leur territoire, donc leur cadre de vie ?

Sur le premier point, je viens de visiter une exposition à l’écomusée du Val de Bièvre, à Fresnes, intitulée « Habitants et bâtisseurs de banlieue – 1955-1975 », fruit d’une coopération de trois ans entre la population de Fresnes, l’association des Amis de l’écomusée qui émane de cette population et l’équipe professionnelle de ce même écomusée qui est au service de la ville et de ses habitants. On y apprend comment des résidents venus de toute la France, d’Europe et de nombreux autres pays du monde ont, en vingt ans, transformé par leur présence, leurs activités, leur capacité d’adaptation aux changements du monde environnant, un village agricole d’Île-de-France en ville de banlieue de la métropole parisienne.

Cela m’a rappelé ce que j’ai vu au Brésil, dans les quartiers d’auto-construction à Brasilia, Rio, Porto Alegre ou Fortaleza, dans lesquels des “envahisseurs” venus des régions les plus pauvres avaient su construire leur ville et continuaient de la faire évoluer à partir de la force d’initiative d’habitants devenus urbains, qui n’attendent pas que les pouvoirs publics les aident ou les contrôlent, pour trouver eux-mêmes, collectivement ou coopérativement, des solutions à leurs besoins, ce qui est ma définition de la culture vivante.

Ou bien la petite région de Gemona dans le Frioul italien, où la population a joué un rôle déterminant dans la reconstruction de villes et de territoires ravagés par les séismes de 1976.

Cela me fait penser aussi au guide touristique du territoire de Plaine Commune, au nord de Paris, réalisé par Jacques Grossard et l’Association Mémoire de la Plaine : « Huit villes à découvrir en Île-de-France : Plaine Commune », où l’on voit à chaque page le rôle que les habitants, de toutes origines, ont joué depuis la préhistoire et jusqu’à aujourd’hui dans la création et l’évolution d’un ensemble urbain capable de survivre aux crises industrielles et politiques, comme aux changements technologiques imposés de l’extérieur.

Sur le deuxième point, c’est encore à Fresnes que j’ai écouté le 21 février une conférence et un débat sur l’utilisation de l’Inventaire général du patrimoine dans la planification et la décision sur l’aménagement urbain. Dans le même temps, je participe à une réflexion, dans la Communauté urbaine Le Creusot-Montceau sur l’opportunité de mobiliser la population et les associations sur les éléments de patrimoine à prendre en compte dans la préparation et l’adoption du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI). Car il ne suffit pas de protéger quelques monuments remarquables ou caractéristiques, mais il faut considérer tout le paysage et les diverses composantes du cadre de vie qui peuvent être regardés comme importantes par les habitants eux-mêmes.

C’est là qu’il faut faire intervenir l’éducation patrimoniale, telle que les Brésiliens l’ont conçue et la pratiquent : les habitants doivent prendre l’habitude de se sentir responsables de leur environnement paysager et construit et aussi de la maîtrise des changements que des facteurs extérieurs ou des autorités publiques leur imposent pour des raisons d’intérêt général. Il ne s’agit pas de conserver, mais de construire du nouveau sur de l’ancien, ce qui ne peut se faire sans la participation effective et consciente de tous.

Cette éducation patrimoniale passe, entre autres, par des méthodes telles que cette brochure que je viens de recevoir : “Tracce”, un guide produit par l’Ecomuseo del Paesaggio di Parabiago (Lombardie, Italie) pour faire connaître le territoire sous un grand nombre d’aspects anciens et modernes, selon une démarche 3.0, utilisant QR codes et internet, mais aussi les yeux et les pieds, et tous les sens des habitants. C’est le même principe que le « Descubre Murcia al Azar », qui fait de la même manière découvrir la ville de Murcie en Espagne, à l’initiative d’un architecte passionné de sa ville et de son territoire.

J’ajouterai seulement qu’il faut que les responsables du patrimoine, qu’ils soient professionnels ou militants associatifs, dans des musées, des écomusées, des institutions gestionnaires de monuments ou des militants associatifs, s’informent et se forment sur les politiques et les procédures de planification, d’aménagement du territoire, d’urbanisme, pour en connaître les vocabulaires et les principes, les acteurs et les calendriers, afin d’être à même d’agir et d’intervenir à bon escient, au bon moment, et efficacement, tant auprès de la population qu’auprès des collectivités publiques et des techniciens.

Les contacts :

www.ecomusee.agglo-valdebievre.fr

www.plaine-memoirevivante.fr

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it

www.murciaalazar.com

 

Partager cet article

Repost 0
Published by hugues-interactions - dans Développement des territoires
commenter cet article

commentaires