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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 17:15
​ (Photo Hélène Prigent, Télégramme de Brest) ​

Il y a quelques années, une tempête détruisait des arbres centenaires de l'airial dans l'écomusée de Marquèze (Landes). Ces trois dernières années, la presse internationale s'est fait l'écho des destructions volontaires par Daech de monuments antiques en Irak et en Syrie. Il y a quelques jours, un individu a volontairement incendié la maison-témoin de l'écomusée de Ouessant (Bretagne occidentales).  Chaque fois, les émotions sont vives, car par définition le patrimoine est irremplaçable..

Mais je crois qu'il faut pousser la réflexion plus loin. Le monde où nous vivons est construit sur les ruines de ce que nos ancêtres ont construit. La presque totalité du passé à disparu sans retour pour laisser place au présent. Nous en connaissons une partie significative grâce aux descriptions, aux images, aux fouilles archéologiques. Et nous en sauvegardons une partie plus petite encore dans les musées et in situ par les politiques locales, nationales et mondiales du patrimoine.

Cette partie, même très minime, est soumise à de nombreux dangers: catastrophes naturelles, risques climatiques, guerres, vols et trafics. Les conventions internationales, les campagnes de mobilisation et de sensibilisation, les réglementations nationales, l'éthique professionnelle des agents culturels, tous les outils développés depuis cinquante ou cent ans ne pourront réussir qu'à limiter les dégâts.

Alors pourquoi ne pas nous référer au vieux principe de subsidiarité: faire gérer le patrimoine par ses premiers responsables, ses véritables propriétaires culturels, historiques et moraux, ses héritiers, les communautés locales elles-mêmes. Certes, cela ne fera pas renaître la vieille ville d'Alep ou repousser les arbres de Marquèze, mais chaque territoire sera conscient de son patrimoine vivant, le protégera ou le transformera, l'enrichira, lui maintiendra sa double nature matérielle et immatérielle, autant qu'il sera humainement possible, et en tout cas en conservera et en transmettra la mémoire.

Si je reprends le cas d'Ouessant, que je ne connais que par la presse et l'image, et notamment par les déclarations de ses responsables, il me semble que le vrai problème n'est pas la perte d'une maison (qui peut être reconstruite à l'identique) et de son mobilier, mais bien celui de la prise en mains du patrimoine vivant de l'île par la communauté des habitants. L'écomusée-institution est une propriété publique placée sous la responsabilité de professionnels et soumise à la réglementation nationale des musées. Ne peut-on saisir cette occasion pour inventer un moyen de mettre dans le coup les habitants, ou du moins le plus grand nombre possible d'entre eux, pour en faire les véritables gardiens, animateurs et gérants de tout le patrimoine non-muséalisé, naturel et culturel, du territoire où ils vivent ?

Il ne s'agit pas ici de donner des leçons, mais de suggérer un type de démarche qui a très bien réussi en Bretagne pour le développement économique, social et culturel local dans les années 60 à 80 du siècle dernier et qui fonctionne encore dans des endroits comme le Mené (Côtes d'Armor).. Une tradition d'initiatives communautaires, qui invente des solutions et crée des coopérations. Pourquoi ne pas l'appliquer au patrimoine, ce capital encore vivant, dont l'importance pour les gens dépasse de loin l'attractivité touristique et la signification purement scientifique ? Je connais des pays où cela marche aussi très bien, dans des communautés moins "administrées" et bien vivantes.

 

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Published by hugues-interactions - dans Actualité Patrimoine et communautés
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