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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 16:26

"On a longtemps cru que le tourisme favorisait la compréhension interculturelle et la paix." Je trouve cette phrase en entête de http://www.unesco.org/new/fr/testing/africa-relaunch/resources/africa-department/news/tourism_and_culture_rethinking_the_mix/...

et cela au moment où je rédigeais un texte sur les premières années de la politique du tourisme culturel décidée par l'UNESCO dans les années 1960, plus exactement en 1964, alors qu'était lancée la Campagne internationale pour le sauvetage des Monuments de Nubie, les temples d'Abou Simbel, menacés par le projet de Barrage qui allait s'appeler le Barrage Nasser.

Ce texte fait partie d'un petit livre de sopuvenirs sur quelques grands chapitres de l'activité de l'ICOM pendant es années où j'en ai été le directeur. Ce livre va paraître incessamment sur mon site d'éditions www.hugues-devarine.eu.

Je me souviens très bien des discours qui étaient prononcés lors à la tribune de la Conférence générale de l'UNESCO, ou lors de la création de l'ONG ICOMOS, Conseil International des Monuments et des Sites. Le tourisme culturel allait permettre à la fois de sauver les plus grands monuments de ce que ce même UNESCO appellerait dix ans plus tard le Patrimoine de l'Humanité, et de promouvoir par l'échange culturel et le partage des richesses de ce patrimoine la compréhension entre les peuples.

Dans les années 60 du siècle dernier, on commençait à connaître la croissance rapide des flux touristiques, vers des pays et des sites qui, justement, se trouvaient être aussi riches en patrimoines monumentaux ou ethnographiques. Les classes moyennes des pays industrialisés avaient de plus en plus les moyens de voyager et en même temps une voracité de plus en plus grande pour l'exotisme et la consommation directe des cultures prestigieuses du passé. De plus, ces pays attrayants étaient pauvres, donc les séjours y étaient peu coûteux.

On sait ce qu'il est advenu de ce mouvement: le tourisme de masse a explosé, est devenu une industrie, indispensable pour les consommateurs des pays dits "émetteurs" avides de voyages et de vacances, et pour les pays dits "de destination", où le tourisme est toujours une source importante d'emplois et de devises, parfois même la première.

Depuis cinquante ans, des centaines de millions, sinon des milliards de touristes ont ainsi profité de loisirs dits "culturels", puisque consommateurs de patrimoines. Qu'en ont-ils retenu, à part des photos, des vidéos et des objets gardés en souvenir ?  Où en est la compréhension interculturelle ? Dans notre Europe riche et fière de sa culture et de ses valeurs, dont les habitants ont eu le privilège de visiter tant de pays et de villes, tant de musées, tant de monuments et de sites, comment se traduit cette compréhension entre les peuples annoncée par l'UNESCO il y a cinquante ans ?

En particulier, comment nos citoyens accueillent-ils les réfugiés et les migrants venus de ces mêmes pays visités il y a deux, quinze ou trente ans ?  qu'ont-ils appris de l'Islam et de ses coutumes ? Ont-ils vu les cultures vivantes des gens derrière les édifices prestigieux et ls paysages sublimes ? Comment expliquer que ce qui aurait dû être une expérience positive des autres et de leurs cultures se traduise en racisme quotidien, en protectionnisme, en demande de fermeture des frontières ?

Bien sûr, des Etats (la Suède, l'Allemagne, l'Italie au premier plan) font des efforts considérables d'accueil et d'intégration, bien sûr des ONG, des associations locales, des volontaires innombrables se dévouent ici et là-bas pour résoudre des urgences. Mais chaque campagne électorale, chaque incident ou attentat fait repartir un débat scandaleux, dans lequel la volonté de protéger notre petit confort de riches se cache derrière un discours de défense ethnique et culturelle.

Je suis heureux de constater qu'un nombre croissant de nos musées et institutions culturelles adoptent une position forte et réactive sur ces questions, pour le plus grand profit de leurs publics. Mais font-ils assez pour aller au devant des citoyens ordinaires, des "nouveaux habitants" qui sont souvent des immigrés, des futurs touristes avant leur départ, pour leur apporter des éléments de connaissance et de réflexion sur la diversité culturelle que nous rencontrons chez nous et ailleurs ? Et les musées des pays visités font-ils assez pour éduquer leurs visiteurs étrangers et les amener à apprécier les valeurs et les richesses de la culture vivante, au delà de la contemplation de choses du passé, si remarquables soient-elles ?

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Published by hugues-interactions - dans Réflexions sur l'actualité
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