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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 15:39

Lors de diverses conversations récentes, en France et à l'étranger (Italie, Portugal, Belgique) ou dans des échanges de messages, une idée intéressante me semble apparaître, à la lumière de ce contexte international et national actuel, que l'on appelle crise et que je crois être simplement la fin de la domination des pays du "premier monde", que l'on appelle souvent "les Occidentaux".

 

En matière d'institutions culturelles, et ici je pense surtout aux musées de toutes sortes, mais cela pourrait s'appliquer aussi bien aux théâtres, aux écoles d'art ou aux bibliothèques, on a pris l'habitude, depuis la création des ministères de la Culture, de considérer qu'elles sont nécessaires, indispensables tant à la conservation du patrimoine qu'à la création artistique, et aussi naturellement aux loisirs et au tourisme. Leur création, leur entretien, leur expansion continue justifient des financements publics (Europe) ou privés (USA), ainsi que des corporations professionnelles en expansion. Il s'agit peut-être d'une idée reçue, qu'il faudrait regarder avec un minimum d'esprit critique.

 

Car qui définit la "nécessité" de ces institutions ? Jusqu'à présent, sauf erreur, ce sont uniquement les administrations et professionnels qui en ont la charge, ainsi que les porte-parole des publics qui les fréquentent, c'est à dire les personnes qui en vivent et celles qui en profitent sans pour autant en payer le coût réel.

 

A partir du moment où des contraintes extérieures à ce petit monde circulaire risquent d'obliger les décideurs budgétaires à regarder de près la question des priorités, donc du nécessaire par rapport au superflu, de nouvelles questions vont sans doute se poser, dont les principales pourraient être les suivantes:

 

Qui est conscient de la nécessité, pour soi-même et pour sa communauté, de chaque institution culturelle, de chaque musée ? Qui est prêt à en payer le coût, que ce soit par une contribution personnelle ou en tant que contribuable ?

 

Jusqu'à présent, les institutions n'ont pas à apporter la preuve de leur utilité (sauf par des bilans statistiques sans signification réelle), puisqu'elles coûtent de toute manière plus cher en investissement et en fonctionnement que ce qu'elles rapportent. C'est caractéristique d'une société riche, en croissance, qui peut se permettre de satisfaire les goûts personnels de ses membres les plus influents.

 

Mais si cette société s'appauvrit, que va-t-il se passer ? Les institutions les plus attractives (grands musées d'art, festivals, par exemple) passeront sans doute dans l'orbite du tourisme qui les financera. Les institutions scientifiques de renom devront être prises en charge par les universités et les centres de recherche spécialisés. Toutes les autres devront choisir entre deux voies:

  • faire payer à leurs usagers le coût réel de leur fréquentation, ce qui entraînera leur privatisation, ne serait-ce que dans le cadre de l'économie sociale;
  • changer leurs orientations, leurs programmations, leurs pratiques, pour apparaître comme rendant un service réel à la société dans son ensemble, et pas seulement à une frange cultivée de celle-ci ou à des publics captifs.

 

Car ce sera alors la demande sociale qui influera sur le politique et qui dira si l'offre lui convient.

 

Quelle devrait en être la conséquence, dès maintenant pour les responsables d'institutions ? A mon sens, ils devraient commencer à réfléchir, de façon participative, sur leurs territoires respectifs, à ce qu'ils peuvent faire pour amener la société qui les entoure à les considérer comme nécessaires, et non plus comme les missionnaires d'une culture supposée supérieure. C'est après tout ce qui fondait la déclaration du séminaire des musées latino-américains, à Santiago du Chili, en mai 1972, il y a bientôt quarante ans.

 

 

 

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Published by hugues-interactions - dans Réflexions sur l'actualité
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