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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 15:05

Nous parlions l'autre jour, entre amis, de l'évaluation de nos projets, des institutions dont nous avons la responsabilité, et en général de l'action publique. C'est un thème à la mode. Tous les cahiers des charges comportent une rubrique "évaluation", demandent de définir des "objectifs", des "indicateurs", insistent sur les notions de qualité (de produit, de service), de satisfaction des usagers, etc.

 

Ce que l'on appelle la "crise" (économique? sociale? culturelle?) rend de plus en plus nécessaire cette évaluation, ne serait-ce que pour justifier le soutien de financeurs publics ou privés à nos projets. Nous devons présenter des dossiers convaincants et montrer que nous avons atteint nos objectifs, et aussi que ces objectifs étaient justifiés. Car il ne suffit plus de fournir des bilans basés sur des statistiques plus ou moins fiables.

 

Mais de quels objectifs parle-t-on ? Qui les a fixés ? S'agit-il de constituer une offre (de produits, de services)  dont nous pensons qu'elle répondra à des besoins constatés par nous-mêmes, par nos commanditaires ou par des études savantes ?

 

Ou bien nos objectifs sont-ils de proposer une réponse à une demande émanant d'une partie au moins de la société, qu'il s'agisse d'une catégorie de population, d'un groupe d'âge, d'une communauté sur un territorie, d'une profession, etc. ? C'est à dire est-ce que nous pouvons affirmer, avec un degré raisonnable de certitude, que notre action est utile socialement. J'ai appris de plusieurs expériences récentes (des rencontres sur les modalités de réalisation des agendas 21 locaux en France, tenues à Rezé (Loire Atlantique) en 2011 et 2013, des réflexions collectives sur la pérennisation des politiques culturelles patrimoniales en Europe, au Japon et au Brésil) que cette recherche de l'utilité sociale nécessitait une démarche beaucoup plus exigeante que l'évaluation telle qu'elle est le plus souvent menée par des cabinets spécialisés ou des équipes universitaires.

 

Pour être capable de mesurer l'utilité sociale d'un projet, d'une action ou d'une institution, il faut au minimum:

- associer les bénéficiaires (ou usagers, ou consommateurs) au diagnostic, sous la forme de consultations collectives directes, c'est à dire à l'exclusion de questionnaires nécessairement biaisés et d'échantillons soi-disant scientifiques,

- définir les objectifs à atteindre (primaires, secondaires, implicites, cachés) et les méthodes à employer (y compris les rythmes, les langages, etc.) avec les intéressés eux-mêmes,

- faire accompagner et observer le déroulement de l'action ou le fonctionnement de l'institution par un groupe significatif de la communauté-cible,

- évaluer les résultats de façon contradictoire et autant que possible publique entre les membres de la communauté et les autres parties prenantes.

 

Comme on peut le constater, les mots-clés sont participation et travail collectif. A ces conditions, il sera possible de démontrer la légitimité de l'action, du projet ou de l'institution à cause de son utilité sociale, et de revendiquer une priorité élevée dans les soutiens demandés.

 

Volontairement, je ne parle pas ici de méthodes ou de techniques d'évaluation. Elles sont, elles-aussi, à débattre et à adopter en collectif. Bien entendu, la participation demande du temps, de la patience, de la volonté politique. Mais on peut aussi dire que ce processus est éducatif, en ce qu'il aide les citoyens à prendre conscience de leurs intérêts et à devenir des acteurs responsables de ce qui les concerne au premier chef.

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Published by hugues-interactions - dans Action communautaire
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