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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:48

Deux hypothèses, au choix

 

Depuis le début du monde, et en tout cas depuis que je suis l'actualité, toutes les fois qu'un groupe humain rencontre une difficulté, il l'appelle une crise : qu'il s'agisse d'une guerre, d'une inondation, d'une chute des cours en bourse, de l'apparition d'une nouvelle maladie, de conflits au sein d'une famille, c'est le même mot qui est employé.

Dans mon modeste domaine d'activité, en liaison avec le développement des territoires, des politiques locales du patrimoine, des institutions culturelles, on va de crise en crise : les changements d'élus,de fonctionnaires, de législation sont ressentis comme des crises. Le vieillissement des institutions et des leaders locaux, le changement des habitudes de consommation, le fléchissement des flux touristiques, la fermeture d'une usine, même un été pourri ou caniculaire sont prétextes à discours sur "la crise de...".

Or il me semble que l'humanité progresse, malgré les crises, ou peut-être grâce à ces épisodes plus ou moins difficiles à traverser, que l'on nomme crises. En réalité, le monde est en transformation constante et chaque changement, qui inquiète évidemment des populations habituées à un état de choses connu, donc rassurant.

Actuellement, constatons que la vie continue, que malgré la crise les gouvernements gouvernent, bien ou mal, les consommateurs consomment, les riches gagnent de l'argent, les classes moyennes prennent des vacances, les voitures et les camions circulent, les pauvres sont de plus en plus pauvres. Ce qui nous effraye, et que nous appelons crise, c'est que la croissance ne repart pas, que l’État voudrait cesser de s'endetter, que le prix des légumes ou du pain augmente, et tant d'autres choses qui nous semblent aggraver notre situation et compromettre l'avenir. De même le réchauffement climatique, dont chacun de nous est responsable individuellement et collectivement, serait source de crise, sinon pour aujourd'hui, du moins pour après-demain.

Tout cela me paraît normal, même si l'accélération des changements et souvent leur brutalité s'opposent à une jouissance tranquille de petits bonheurs quotidiens. Ou bien même nous privent de ce que nous avions tendance à considérer comme des "droits acquis", certaines libertés, l'ascenseur social garanti à tous, un travail à vie et un code du travail toujours plus protecteur, l'assurance généralisée à tous les accidents de la vie...

Et si, en réalité, il ne s'agissait que d'une capacité culturelle – et peut-être mentale – d'adaptation au changement. Parler de crise est une manière de reporter sur d'autres (les gouvernements, l'Europe, la mondialisation...) sur lesquels nous n'avons aucune prise la responsabilité des difficultés que nous ressentons. Je prétends que l'important est de travailler à s'adapter et à adapter notre environnement – à tous les niveaux, de l'individu à l’État – aux changements qui nous concernent.

Nous devons agir en créateurs de solutions plus qu'en militants revendicatifs, d'autant que nous sommes bien souvent plus ou moins responsables de ce qui nous arrive, ne serait-ce que par nos votes ou par nos comportements. Cela signifie changer nos propres attitudes pour mettre nos modes de vie et nos consommations à la hauteur de ce qui est possible, dans le respect de la vie en société. Cela signifie participer à toute initiative, structure, mouvement collectifs qui visent à imaginer, mettre au point, expérimenter et le cas échéant appliquer des méthodes et des actions qui améliorent cette vie en société. Cela signifie exiger des institutions publiques et privées qu'elles nous aident à nous adapter aux changements qui nous sont imposés d'en haut. Cela signifie aussi utiliser tous les moyens et toutes les occasions qui nous sont données de participer à la décision, et pas seulement par des votes périodiques, qui ne sont que des délégations aveugles de pouvoirs.

Depuis bien des années, je m'occupe de développement local et je tente de promouvoir le principe de la participation des citoyens à la vie culturelle, sociale et politique de leurs territoires. Et je crois, même je sais par expérience, qu'il est possible à chacun d'entre nous, dans un cadre collectif, de la famille, du village ou du quartier, du bureau ou de l'atelier, de l'école ou de l'association, de s'adapter positivement à tous les changements qui semblent le dépasser.


*

Nous pouvons imaginer une autre hypothèse: et si ce que nous appelons crise n'était que le commencement du renversement du sens de ce que nous avons pris l'habitude d’appeler développement, c'est à dire croissance ? Et si nos économies développées, industrialisées, avaient cessé de croître et commencé à décroître, pour longtemps sinon pour toujours ? La crise suppose qu'après un point bas tout remonte plus ou moins vite pour retrouver le sens du parcours d'avant-crise, vers le haut. Je crois qu'il y a une bonne chance (???) pour que ce ne soit plus le cas et nous ayons définitivement abandonné le dernier point haut atteint, pour commencer une descente qui permettra dans le même temps aux pays émergents et à leurs économies de croître, pour finalement nous rejoindre quelque part entre notre plus haut et leur plus bas.

Pourquoi pleurer puisque ces pays dont nous disons depuis longtemps qu'il faut les aider à se développer ne pourront de toute manière jamais rattraper notre niveau de vie actuel, sous peine de faire exploser les ressources de notre planète ?

Alors, que devons-nous faire ? essentiellement préparer nos descendants à la nécessité de s'adapter aux changements qu'ils subiront. Et surtout ne pas les laisser croire à la croissance éternelle. C'est un devoir des familles, des enseignants et des médias, même si les politiques, pour des raisons électoralistes continueront à nous mentir en nous faisant des promesses intenables.

Et aussi, dans l'immédiat, et pendant que nous en sommes encore capables, utiliser les moyens qui nous restent pour agir localement et transformer autant que possible les plans et programmes de développement économique en plans et programmes de développement social, de formation à la survie en milieu hostile, de valorisation de toutes les ressources non encore utilisées: inventer des recettes de topinambour pour les introduire dans les menus des cantines scolaires ne serait pas une mauvaise idée... Le topinambour est bio, pas cher, ne nécessite aucun soin, se reproduit tout seul.

Je ne propose pas ici de "vouloir la décroissance" comme certains idéologues le voudraient. Ce n'est pas sérieux car aucune société n'accepterait d'abandonner de gaîté de cœur ce qu'elle a péniblement gagné. Je voudrais seulement que l'on envisage d'y être contraint par des forces extérieures, donc s'y préparer autant que possible. Rien de plus, rien de moins.

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Published by hugues-interactions - dans Réflexions sur l'actualité
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