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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 10:51

Je reviens du Portugal, où se tenait une rencontre sur le patrimoine industriel. Comme toujours en pareil cas, les spécialistes ont décrit les ravages causés à ce patrimoine par la désindustrialisation, le manque de moyens pour la conservation, la nécessité de prendre des mesures d'urgence, de résoudre des problèmes très complexes liés aux matériaux, aux volumes en cause, etc.
En filigrane dans ces débats, et parce qu'on était au Portugal où la situation économique et sociale est dramatique, il y avait la "crise", dont personne ne sait si elle se terminera un jour. Il est même de plus en plus évoqué dans les conversations que la décroissance serait durable et couvrirait progressivement toute l'Europe.
Or cette Europe est le continent où la révolution industrielle est née, où le patrimoine industriel est le plus important, en nombre et en volume, mais aussi où la place de l'industrie et des mines dans les économies nationales a le plus diminué depuis cinquante ans.
Je crois que l'on peut dire que le patrimoine industriel est aussi important, qualitativement et quantitativement, que le patrimoine artistique et culturel, même s'il l'est peut-être moins que le patrimoine naturel, la bio-diversité, l'écologie humaine. On ne peut rien comprendre à l'homme européen d'aujourd'hui sans tenir compte des deux siècles d'activité industrielle.
Mais, en termes de patrimoine, il s'agit de milliers de sites et d'édifices, de millions d'objets, de machines, d'archives, de la mémoire de millions également d'ouvriers, d'ingénieurs, et de leurs familles. Il n'est ni raisonnablement ni techniquement possible de tout étudier, conserver, mettre en valeur.
Or on ne parle pratiquement jamais de la nécessité de faire des choix, de laisser disparaître la plus grande partie de cet héritage, pour parvenir à conserver dans de bonnes conditions des spécimens réellement essentiels pour la connaissance, pour l'éducation et pour la mémoire. Comme en sciences naturelles, il faut sélectionner des "unica" et des "typica", soutenir les seuls musées qui ont des chances d'être réellement pérennisés, et laisser le reste disparaître avec les générations qui auront attaché de l'importance au maintien d'un lien affectif avec des formes de travail et des histoires de vie qui se perdent inévitablement dans le cours de l'histoire.
Ayons le courage de perdre beaucoup, pour réussir à garder un minimum vital : c'est un enjeu de la soutenabilité de notre développement humain et culturel.

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Published by hugues-interactions - dans Patrimoine et communautés
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