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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 08:54

Une des réalisations les plus remarquables de la créativité brésilienne en matière de gestion et valorisation du patrimoine est le MUF, MUseu de Favela, une initiative communautaire qui est née d'un groupe de militants sociaux, artistiques et culturels des favelas de Cantagalo, Pavão et Pavãozinho, à Rio de Janeiro, en 2008. Voir www.museudefavela.org.

 

L'un des points principaux de ce musée est un circuit de visite d'une "galerie d'art à ciel ouvert", qui va de maison en maison dont les façades ont été peintes par des artistes-graffeurs de la favela. Cette galerie est en particulier utilisée pour attirer des touristes brésiliens ou étrangers dans la favela et pour en changer l'image aux yeux tant des touristes que des habitants. J'aime beaucoup cette idée de mixité sociale, artistique et culturelle.

 

Mais j'ai appris récemment une nouvelle qui m'a troublé: une des peintures qui fait partie du circuit artistique du MUF se serait dégradée (le climat de Rio n'est pas favorable à la conservation des revêtements extérieurs des édifices) et on serait en train de la restaurer, c'est à dire de la traiter comme une oeuvre accrochés dans un musée traditionnel. On passerait là de l'art vivant au concept de chef d'oeuvre à conserver. Pourquoi pas ? mais est-ce encore de l'art vivant ? Ne serait-il pas préférable, dans l'esprit même du musée communautaire, de recouvrir cette peinture et de proposer au même artiste ou à un autre de créer une autre oeuvre à sa place, ou encore de laisser ce mur nu et d'en illustrer un autre ? Ou même de laisser la peinture se dégrader naturellement comme les fresques extérieures sur les chapelles italiennes ?

 

Des artistes consacrés font depuis longtemps de l'art "éphémère", pourquoi la galerie du MUF ne serait-elle pas un exemple d'art éphémère ? Cela fait penser à Jack Lang, Ministre de la Culture en France, qui faisait exposer au Musée des Monuments français au Trocadéro des "oeuvres" de graffeurs des années 80. Ou encore aux spéculateurs qui décollaient les affiches de Mai 68 à Paris pour les revendre dix ans plus tard. Je préférais les fresques politiques peintes autrefois par les étudiants des Beaux-Arts à Santiago du Chili ou à Lisbonne à l'occasion des campagnes électorales et qui restaient pendant des années des témoignages "vivants" à la fois de la ferveur politique et de la créativité artistique.

 

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Published by hugues-interactions - dans Action communautaire
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