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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 21:46

Dimanche dernier était la fête annuelle du patrimoine, dans toute l'Europe. Des millions de personnes se pressaient pour voir des musées gratuitement, ou pour visiter des monuments habituellement fermés. Est-ce une bonne chose? Cela renforce l'intérêt pour le passé, pour l'art, pour l'architecture, pour les grands monuments de notre histoire ou pour des sites industriels prestigieux. Est-ce une mauvaise chose?  Cela justifie que l'on stérilise une partie de notre héritage matériel et de notre environnement, sous le prétexte de le protéger, de le conserver. Malheureusement, ce débat n'aura pas lieu car il y a plus de consensus pour la conservation que pour le changement.

Mais le dimanche d'avant, le 10 septembre, le journal Le Monde publiait en page 28 deux opinions bien intéressantes que je voudrais rapprocher de cet évènement des Journées du Patrimoine. Le premier article, signé  de Mathieu Lefèvre et Brendan Cox, s’intitule "Pour intégrer les migrants, misons sur ce qui nous est commun". Il s'agit de reconnaître et de mettre en avant de qui nous est commun, à nous Européens et aussi ce que nous avons en commun avec ces populations qui arrivent chez nous et suscitent chez un nombre croissant de personnes (et d'électeurs) des réactions de rejet.

Le second article est intitulé "il faut un passeport culturel pour les immigrés". Il est signé par un collectif d'artistes et d'intellectuels et nous invite, du moins ceux d'entre  nous qui fréquentent musées et spectacles, à faciliter l'accès de tous ces arrivants à notre culture, afin de construire avec eux "une société commune".

On ne peut qu'être d'accord avec ces propositions et avec leurs motivations, mais il me semble qu'il manque un volet essentiel, ou plutôt la moitié du dispositif. Certes, le migrant a intérêt à s'adapter au plus vite à la société dans laquelle il va vivre plus ou moins longtemps et cette société a intérêt à faire le maximum pour l'y aider. De même, il est évident que ce ne sont pas seulement des mesures publiques qui peuvent y parvenir, mais bien la relation quotidienne entre les gens eux-mêmes, là où ils vivent. Il reste que ces gens qui viennent chez nous par nécessité, réfugiés  exilés, migrants économiques ou climatiques, n'arrivent pas avec leur seule "valise en carton", mais avec tout un bagage culturel, social, religieux,, patrimonial, qu'ils ne peuvent laisser à la frontière et qu'ils ne vont pas remplacer par ce qu'ils vont trouver là où ils vont s'installer. D'autre part, malgré toute notre bonne volonté, nous avons du mal à les comprendre, au delà même de la langue.

Alors ne faudrait-il pas, de notre côté, reconnaître l'existence, le sens et la valeur de ces "patrimoines" qu'ils apportent avec eux, leur demander de nous les présenter et de nous les expliquer, rechercher les points communs, mais aussi apprécier les différences: les valeurs que nous qualifions d’universelles le sont-elles pour eux aussi ? Il me semble que nos institutions culturelles, nos musées notamment, pourraient faire beaucoup plus pour apprendre aux français "de souche" les racines culturelles de ces nouveaux voisins, les vraies racines, pas seulement quelques chefs d’œuvre choisis par nos experts.  Et surtout chacun d'entre nous ne devrait-il pas s'intéresser réellement à la culture vivante et aux patrimoines, surtout immatériels, de ces gens ?

Autre chose: des millions d'européens voyagent chaque année en professionnels ou en touristes, dans ces mêmes pays d'où sont venus ou bien d'où viennent ces réfugiés et ces migrants.  Nous visitons leurs monuments et leurs musées, mais que retenons-nous de leurs cultures, de leurs valeurs, de leur organisation sociale, de leurs croyances ? Probablement peu de choses, sauf des photos et des impressions. Ne pourrions-nous pas profiter de leur présence chez nous pour apprendre d'eux ce qu'ils jugent important, ce qui leur permet de rester dignes et d'élever leurs enfants dans la fierté de leurs origines. Et, en prime, cela nous aiderait peut-être à mieux profiter de nos vacances.

 

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 17:15
​ (Photo Hélène Prigent, Télégramme de Brest) ​

Il y a quelques années, une tempête détruisait des arbres centenaires de l'airial dans l'écomusée de Marquèze (Landes). Ces trois dernières années, la presse internationale s'est fait l'écho des destructions volontaires par Daech de monuments antiques en Irak et en Syrie. Il y a quelques jours, un individu a volontairement incendié la maison-témoin de l'écomusée de Ouessant (Bretagne occidentales).  Chaque fois, les émotions sont vives, car par définition le patrimoine est irremplaçable..

Mais je crois qu'il faut pousser la réflexion plus loin. Le monde où nous vivons est construit sur les ruines de ce que nos ancêtres ont construit. La presque totalité du passé à disparu sans retour pour laisser place au présent. Nous en connaissons une partie significative grâce aux descriptions, aux images, aux fouilles archéologiques. Et nous en sauvegardons une partie plus petite encore dans les musées et in situ par les politiques locales, nationales et mondiales du patrimoine.

Cette partie, même très minime, est soumise à de nombreux dangers: catastrophes naturelles, risques climatiques, guerres, vols et trafics. Les conventions internationales, les campagnes de mobilisation et de sensibilisation, les réglementations nationales, l'éthique professionnelle des agents culturels, tous les outils développés depuis cinquante ou cent ans ne pourront réussir qu'à limiter les dégâts.

Alors pourquoi ne pas nous référer au vieux principe de subsidiarité: faire gérer le patrimoine par ses premiers responsables, ses véritables propriétaires culturels, historiques et moraux, ses héritiers, les communautés locales elles-mêmes. Certes, cela ne fera pas renaître la vieille ville d'Alep ou repousser les arbres de Marquèze, mais chaque territoire sera conscient de son patrimoine vivant, le protégera ou le transformera, l'enrichira, lui maintiendra sa double nature matérielle et immatérielle, autant qu'il sera humainement possible, et en tout cas en conservera et en transmettra la mémoire.

Si je reprends le cas d'Ouessant, que je ne connais que par la presse et l'image, et notamment par les déclarations de ses responsables, il me semble que le vrai problème n'est pas la perte d'une maison (qui peut être reconstruite à l'identique) et de son mobilier, mais bien celui de la prise en mains du patrimoine vivant de l'île par la communauté des habitants. L'écomusée-institution est une propriété publique placée sous la responsabilité de professionnels et soumise à la réglementation nationale des musées. Ne peut-on saisir cette occasion pour inventer un moyen de mettre dans le coup les habitants, ou du moins le plus grand nombre possible d'entre eux, pour en faire les véritables gardiens, animateurs et gérants de tout le patrimoine non-muséalisé, naturel et culturel, du territoire où ils vivent ?

Il ne s'agit pas ici de donner des leçons, mais de suggérer un type de démarche qui a très bien réussi en Bretagne pour le développement économique, social et culturel local dans les années 60 à 80 du siècle dernier et qui fonctionne encore dans des endroits comme le Mené (Côtes d'Armor).. Une tradition d'initiatives communautaires, qui invente des solutions et crée des coopérations. Pourquoi ne pas l'appliquer au patrimoine, ce capital encore vivant, dont l'importance pour les gens dépasse de loin l'attractivité touristique et la signification purement scientifique ? Je connais des pays où cela marche aussi très bien, dans des communautés moins "administrées" et bien vivantes.

 

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 16:28

L'ICOFOM, Comité international de l'ICOM pour la muséologie, présidé par François Mairesse, organisait, du 9 au 11 juin dernier, à la Sorbonne, à Paris, un colloque international intitulé "Définir le musée du XXIe siècle". Les participants à ce colloque purent bénéficier d'un ouvrage important contenant une documentation très complète sur les différentes définitions actuelles du musée ainsi que l'ensemble des contributions aux débats:

François Mairesse (coordination), Définir le musée du XXIe siècle - Matériaux pour une discussion, Paris, ICOFOM, 2017, 308p.

On peut se demander s'il est raisonnable de vouloir définir à nouveau le musée, surtout pour tous les musées, dans toutes les pays, toutes les cultures et toutes les langues. D'autant plus que le musée est une institution qui peut prendre des formes très différentes à l'intérieur d'un même pays, d'une même ville, d'une même discipline. C'est pourquoi j'ai peur des définitions, car elles ferment et excluent, surtout lorsqu'elles ont  une valeur normative.

Mais l'exercice est intéressant, précisément parce qu'il prouve clairement la fluidité d'un concept qui s'exprime très différemment selon qu'on le regarde d'un point de vue juridique (celui du législateur), professionnel (celui du muséologue, conservateur, curator) ou politique (celui du citoyen.

Je me pose plus particulièrement des questions à propos de deux approches qui font l'objet de points de vue et de commentaires dans ce recueil de textes et qui apparaissaient bien dans certaines des interventions que j'ai pu entendre (je n'ai participé que le premier jour):

 

1. L'entrée en lice du numérique et des technologies de l'information et de la communication (TIC) depuis la fin du XXe siècle a entraîné automatiquement une volonté, de la part des professionnels de musée, d'adapter leurs méthodes et leurs pratiques à ces nouveaux outils. Mais est-il encore nécessaire d'aller au musée et de voir les "choses réelles" qui composent collections, expositions et réserves ? Pourquoi faire la queue aux guichets, se plier aux horaires d'ouverture, cligner les yeux pour lire des cartels sommaires, si l'on peut jouir de toutes les richesses des musées dans son fauteuil et zoomer à loisir ? S'agit-il de la même démarche ? L'utilisation des TIC suffit-elle à faire sortir le musée de ses murs ? à rendre accessibles au plus grand nombre les choix et les commentaires faits par des spécialistes ?

 

2. Il semble bien que, même au XXIe siècle,tout musée doit être organisé autour d'une collection publique, permanente et inaliénable. Ce qui voudrait dire que toutes les formes de musée qui ne comprennent pas de collections répondant à ces trois caractéristiques doivent être exclues de l'appellation musée. Comme le disait Jean Chatelain, directeur des musées de France en 1972 à propos de ce qui allait devenir l'écomusée du Creusot-Montceau, "un musée sans collection n'est pas un musée". Mais alors que sont ces organismes qui font des inventaires participatifs du patrimoine vivant de leurs territoires, qui réalisent des cartes communautaires, qui constituent des collections dites écomuséales à partir du patrimoine commun des gens, qui présentent le patrimoine local au long de parcours balisés et commentés, et qui revendiquent quand même le nom de musée ?

 

Ne serait-il pas plus sage de dire qu'un musée est un projet de gestion patrimoniale parlant le langage des choses réelles au service de la société ? et laisser chaque responsable ou créateur de musée, public ou privé, inventer sa propre formule, ouverte ou fermée, participative ou non, généraliste ou spécialisée, en fonction du contexte local, des moyens disponibles et d'objectifs réfléchis ?

Quant aux collections scientifiques et aux trésors hérités du passé, ne pourrait-on leur donner des appellations et des statuts différents, plus fermés et plus protecteurs, répondant aux besoins des chercheurs et des amateurs éclairés ?

 

NB. Je ne parle évidemment pas ici des grands musées d'art qui doivent acquérir, conserver et présenter des oeuvres exceptionnelles appartenant au patrimoine de l'humanité et qui font partie intégrante du prestige et de l'économie touristique de leurs pays respectifs.

 

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 17:46

C'est un débat très français que celui des atteintes aux paysages dues à l'implantation d'équipements ou de constructions répondant à des besoins actuels. Pour beaucoup, le paysage est sacré, et il ne doit donc pas être modifié. Ce n'est pas nouveau: on s'est battu pour interdire de couper les arbres au bord des routes, on ne compte plus les procès faits à l'Etat ou aux communes contre des changements d'éclairage urbain, des constructions d'autoroutes, la construction de bâtiments publics ou de logements de style contemporain à côté de cathédrales ou dans des sites classés... La loi Malraux a consacré l'inviolabilité de secteurs urbains dits "sauvegardés" (mais aussi la spéculation immobilière qui les accompagne).

Et maintenant, à l'occasion d'une nouvelle "loi patrimoine", le Parlement se divise dans une nouvelle lutte des Anciens et des Modernes, pour savoir si les éoliennes sont des facteurs de destruction du patrimoine et notamment si leur présence à moins de 10 kilomètres d'un monument ou d'un site classé doit être autorisée par un architecte public qui de toute manière jugerait en fonction de son goût personnel, car il n'y a guère de critères objectifs en la matière.

Est-ce que le paysage est une création vivante, évolutive de la société, ou bien est-ce une "valeur" intangible administrée par des experts ? A côté de chez moi, en Bourgogne, dans le paysage auquel je suis habitué, il y a depuis deux ans 16 éoliennes dans un rayon de 10 km où il y a des monuments historiques et de très "beaux" sites. Mais il y a aussi, dans "mon" paysage, et depuis longtemps, deux lignes à très haute tension, des pylônes de communication sur des points culminants, des silos à grain qui cohabitent visuellement avec une collégiale du 12° siècle. Il y a aussi des milliers de frênes qui sont en train de mourir de maladie et qui vont laisser des trous dans la couverture forestière.

Ce sont autant de changements que je n'aurais sans doute pas souhaités, mais auxquels on s'habitue. Et au moins, les éoliennes, elles bougent, elles donnent de la vie au paysage, plus que les lignes à haute tension.

Alors cessons de souffrir du syndrome du patrimoine de l'UNESCO: tous nos paysages, heureusement, ne sont pas soumis à des règles stérilisantes justifiées par la nécessité de plaire aux esthètes et aux touristes. Faisons le maximum pour intégrer au mieux le nouveau dans l'ancien, mais adaptons-nous aux changements qui répondent à des besoins réels: l'énergie, la nourriture, le logement, la communication.

PS. Il y a d'autres arguments que celui du paysage pour s'inquiéter de projets pharaoniques, qu'il s'agisse de nouveaux musées, de méga-centres commerciaux, d'aéroports ou de lignes à grande vitesse... Par exemple l'argument de l'utilité sociale ?

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 16:00

Alors que je me trouvais en réunion de travail avec mes amis des écomusées italiens à Argenta (Emilie-Romagne), j'ai reçu le choc des nouvelles, des photos, des vidéos des attentats de Paris, vendredi 13 novembre. Dans les heures qui ont suivi, j'ai été très ému et impressionné par le nombre et la sincérité des témoignages adressés, à travers ma modeste personne, à tous ceux qui avaient été, et sont encore victimes de ces actes terribles. Les minutes de silence décidées par les élus des villes où nous nous réunissions, les paroles de sympathie, les messages envoyés sur Facebook ou par email ont été très réconfortants.

En repensant à tout cela, je ne peux pas m'empêcher de penser que, dans les six derniers mois, des actes analogues, des actes de guerre, se sont produits, de la part des mêmes organisations (même si leurs noms diffèrent, au Nigeria et dans les pays voisins, en Libye, en Tunisie, au Liban, et aussi bien sûr en Iraq et en Syrie et finalement à Paris, que plusieurs millions de personnes sont en route pour l'exil à cause des mêmes faits.

Quels que soient les commentaires des politiques et des journalistes, je dois bien reconnaître qu'il s'agit d'une nouvelle guerre mondiale, différente des précédentes, qui ne va pas s'arrêter de sitôt. On peut en deviner les causes réelles, très anciennes, au delà des événements très récents. Cette guerre va probablement compromettre par des décisions d'urgence les efforts faits pour combattre la dérive climatique. Elle va devoir être portée par les générations qui arrivent actuellement à l'âge adulte. En Europe, ces générations n'ont jamais connu la guerre dans leurs pays. La guerre est ailleurs, dans des pays lointains,sous des régimes totalitaires, dont on ne connait que les réfugiés, qui déjà font l'objet d'une inquiétude générale et parfois de refus croissants.

Et, comme des correspondants me le disent, ce sont des guerres pour lesquelles nous sommes finalement bien heureux de vendre des armes qui font travailler nos usines, donc qui participent à notre chère croissance.

Il ne faut surtout pas avoir peur, mais il faut se préparer, sans pessimisme et sans aveuglement, à des années qui seront dures, qui éprouveront notre capacité d'adaptation et de résilience. Les récents massacres sont des avertissements. Merci à tous ceux qui ont réagi et qui vont pouvoir continuer à réagir toutes les fois que ce sera nécessaire. Merci.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 09:09

Au moment où, dans le monde entier, il est question de crises, de conflits tellement complexes que le citoyen moyen est incapable de prendre une position personnelle ou d'envisager des solutions, même à long terme, il est heureusement toujours possible d'intervenir sur notre cadre de vie, à notre échelle et avec nos moyens. Plusieurs informations récentes nous le confirment.

  • L'association In Loco (siège à Faro, Portugal) annonce le lancement d'une enquête dans tous ses réseaux, en vue de la définition d'une "stratégie de développement local de base communautaire en Algarve centrale". Sont concernés tous les "stake holders" (parties prenantes) de ce territoire. On leur demande de réfléchir et de fournir leurs propositions sur les "forces, faiblesses, opportunités et menaces" constatées au niveau des unités de voisinages (les freguesias), donc à un échelon inférieur aux municipalités. Voir: https://docs.google.com/forms/d/1UmHK8euajALwROttjcxNTOpkdMdkz22ZksrdDkqECBk/viewform
  • L'association NOPH (Nucleo de Orientação e Pesquisa Historica) et l'Ecomusée de Santa Cruz (un quartier de Rio de Janeiro) tiennent du 2 au 6 février, dans le centre culturel de Santa Cruz, un "Atelier international de Projet Urbain" avec tous les acteurs culturels, sociaux et économiques de ce territoire et la population elle-même. L'atelier est animé techniquement par l'Université fédérale de Rio de Janeiro et l'Université de Columbia de New York. Cette réunion fait suite à plus de vingt ans de travail de mobilisation communautaire dans ce quartier-ville de plus de 200.000 habitants. Contact: Odalice Priosti <owpriosti@gmail.com>
  • La Fédération française des écomusées et musées de société (FEMS) prépare son assemblée générale annuelle à Marseille du 8 au 10 avril prochain, sur le thème de la participation des habitants, ce qui signifie que ces musées locaux veulent de plus en plus associer les habitants à la gestion de leur environnement, de leur patrimoine et de leur cadre de vie, donc de leur développement soutenable. Voir le programme sur http://www.fems.asso.fr/.
  • L'Ecomuseo delle Acque de Gemona (Friuli, Italie) prépare la publication, longtemps attendue, d'un livre sur la remarquable expérience de développement de la filière économique du Pan di Sorc, un pain de maïs traditionnel. Le livre montrera coment il a été possible de sauver et de moderniser tous les métiers de cette filière (de l'agriculteur au supermarché en passant par le meunier et le boulanger), montrant ainsi la voie à d'autres initiatives appuyées sur le patrimoine artisanal ou gastronomique des territoires. Voir http://www.pandisorc.it/
  • L'Ecomuseo del Paesaggio de Parabiago (Lombardie, Italie) annonce les prochaines manifestations du "Mulino Day" (Juin 2015), dans le cadre du Pacte de la Rivière Olona qui unit cinq municipalités et tous les acteurs publics et privés du territoire dans un programme pluri-annuel de gestion collective d'un espace périurbain culturel et naturel intercommunal de 500 hectares, dénommé "Parc des Moulins". Voir http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it/ecomuseo/risorse/mulinoday/mulinoday2015.html.
  • L'Association Portugaise pour la Culture et l'Education Permanente (APCEP), qui vient de se reconstituer pour tenter de remobiliser la société civile sur des pratiques éducatives favorisant le développement des communautés et des territoires, annonce la réunion, à Coimbra, Lousã et Gois, les 28 février et 1° mars, de Journées de l'éducation permanente dans la région Centre du Portugal. Par éducation permanente, il faut comprendre ce que nous français appelons l'éducation populaire. Le programme comprend des témoignages sur de nombreuses initiatives locales contribuant au développement des territoires. Contact: apcep@gmail.com.

On pourrait multiplier les exemples, mais il est remarquable que ceux-ci apparaissent sur quelques jours dans ma seule boîte mail. Le monde va peut-être assez mal, mais il y a des territoires qui s'en sortent !

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 09:15

Les évènements de ces derniers jours en France, qui ont eu un retentissement mondial, ont été marqués par le mot de LIBERTÉ. C'est un grand mot, mais il peut être dangereux de l'employer pour tout et n'importe quoi, surtout si l'on veut qu'elle soit un droit, que ce droit soit absolu, en toutes circonstances, même si cela gêne d'autres et si cela met en danger l'ordre public. C'est une interprétation abusive et dangereuse de l'article 4 de la Déclaration des Droits de l'Homme, selon lequel "la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui".

Prenons la liberté d'expression: peut-on tout dire (et faire rire de tout), sur tous les sujets, même au risque de choquer, ou de blesser une partie de ceux qui nous écoutent ? Je pense par exemple aux attaques contre des religions. C'est ce qu'on entend depuis huit jours. Dans le même temps, on veut interdire à d'autres gens ou médias d'exprimer des idées ou des opinions avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord. Je pense par exemple aux déclarations racistes ou xénophobes.

Ce droit absolu et exclusif est revendiqué par une minorité de professionnels de l'opinion publique: médias, intellectuels, politiques, artistes, qui se veulent des directeurs de conscience, prenant ainsi la place qu'occupait le clergé catholique au XIX° siècle. Ils veulent cette liberté d'expression pour eux-mêmes. Et ils sont aidés, dans des jours comme ceux que nous venons de vivre, par l'émotion de la grande masse de la population, qui réagit avec ses tripes et est prête à adopter des slogans faciles, même s'ils sont contradictoires: par exemple "être Charlie" et "éviter l'amalgame entre terrorisme et Islam".

Le fait est que nous manquons d'outils pour promouvoir des comportements, y compris en matière d'expression, qui soient raisonnés, qui respectent les différences entre les gens et qui soient compréhensibles par le plus grand nombre. J'entends proclamer, depuis des années, que, en France, c'est l'école de la République qui permet l'intégration et l'égalité de tous dans un corps social qui est uni autour des "valeurs" universelles de cette même République. Malheureusement, ça ne fonctionne pas comme ça. Nos enfants ne passent que peu de temps à l'école, au collège, au lycée, à l'université. Certes, ils y sont instruits et y entendent des cours sur les grands principes du "vivre ensemble". Mais, dans tout le reste de leur vie quotidienne, ils sont soumis à une éducation et à des influences dans leur famille et dans la rue. Cette éducation et ces influences sont souvent beaucoup plus convaincantes, radicalement différentes de ce qui est enseigné à l'école et mieux adaptées à des situations évidentes d'oppression, de discrimination, de mépris, de marginalisation. Il y a alors de bonnes chances que l'impact de l'école soit nul pour beaucoup de ces jeunes. Et nous ne parlons même pas ici de l'école de la prison.

Il y avait autrefois quelque chose qui s'appelait l'éducation populaire, portée par d'innombrables militants bénévoles. Ce mouvement a évolué vers la professionnalisation: les bénévoles ont été remplacés par des salariés de plus en plus qualifiés et de moins en moins militants. Les structures dites d'éducation populaire sont maintenant des services publics de statut privé, financés par l'argent de l'Etat et des collectivités territoriales, encadrés de normes et de contrôles.

La laïcité n'a rien arrangé, car ses promoteurs les plus radicaux et sectaires veulent empêcher les religions de jouer leurs rôles de modération et de pacification.

Il y a heureusement de nombreuses initiatives très locales, émanant des territoires et des communautés, très fortes et innovantes, encore parfois militantes et bénévoles, mais elles ont beaucoup de mal à exister sans subventions et sans professionnels et doivent généralement se limiter à la solution de problèmes précis, ponctuels, concrets, qui ne peuvent contribuer à la renaissance d'une véritable éducation populaire qui agirait globalement sur la population française, à la fois à travers les familles (par la mobilisation et la formation des parents) et à travers la vie de la rue (par une participation effective et volontaire des jeunes à la vie sociale).

Le "mouvement du 11 janvier" peut-il faire surgir, dans la société française, des solutions concrètes, des leaders positifs, des méthodes opérationnelles ? Sinon, comment allons-nous mener cette guerre asymétrique, où nous prétendons libérer ou démocratiser par la force d'autres peuples, tandis qu'agissent chez nous des ennemis que nous n'arrivons même pas à identifier à temps ?

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 09:21

Ces jours-ci, sur Facebook, une campagne se développe pour s'inquiéter du risque que courent des institutions culturelles et patrimoniales italiennes à la suite de l'adoption d'une loi (loi Deirio) qui bouleverserait l'organisation du territoire national et modifierait les compétences des divers échelons de décision. On peut comprendre l'inquiétude des professionnels devant ces changements apportés à leurs habitudes et à leurs modes de gestion et de financement traditionnels. Mais il me semble que la culture et le patrimoine ne reçoivent plus, de la part des administrateurs et des politiques la priorité qui était la leur du temps de la croissance économique perpétuelle. Un peu partout, la dette publique, le chômage, l'explosion des dépenses sociales, la fragilité des gouvernements, la complexité des rouages administratifs imposent des reclassements des priorités que l'on croyait acquises dans toutes les "bonnes" démocraties. Réveillons-nous et demandons-nous quelles sont les rapports entre le patrimoine, la culture et l'intérêt général. Quelle est l'utilité sociale de nos institutions ? Qui souffrirait de leur disparition ? Et commençons à nous réformer nous-mêmes en tenant compte de notre environnement, c'est à dire de nos territoires et de nos communautés. Comment produire et consommer la patrimoine et la culture "en circuit court" ?

Je reproduis ci-dessous le petit texte que j'ai publié sur Facebook comme participation un peu provocante au débat italien. Mais je ne suis pas italien et je crois qu'il faut élargir ce débat à toute l'Europe. Ce devrait être une préoccupation majeure et urgente des organisations professionnelles.

________________________

Que fait l'ICOM-Europe ? De nombreux pays européens sont en train d'aller (plus ou moins loin) dans le même sens que l'Italie. Cela fait maintenant plus de cinq ans que l'on discute entre professionnels des différents pays (Italie, France, Portugal, Suède, etc.) de ce qui va se passer, ou de ce qui se passe déjà. Il est évident que le modèle européen du "service public de la culture" est en train de disparaître avec la croissance économique, l'élitisme intellectuel, la domination du tout- tourisme. Il ne sert à rien de protester. Il faut s'organiser, changer de gouvernance, identifier et mobiliser les stake-holders / parties prenantes du patrimoine et de l'action culturelle, valoriser et susciter le volontariat, remplacer les notions administratives (état, régions, provinces, communes) par la notion de territoire et celle de communauté pour une gestion partagée du bien commun. Ce sera long et difficile, c'est pourquoi il faut commencer tout de suite, d'abord au niveau de chaque territoire.

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 15:06

En 1982, Jacques Chazelle, ambassadeur de France au Portugal, me demandait de venir à Lisbonne pour l'aider à construire et à faire revivre le nouveau siège de l'institut français, qui subsistait alors dans un demi-couloir du Lycée Charles Lepierre. Nous avons travaillé ensemble pendant deux ans, pour "inventer" un projet adapté au contexte: le Portugal récemment libéré de 46 ans de dictature, bientôt membre de l'Union européenne, entretenant des relations culturelles, sociales et économiques très étroites avec la France, en particulier à cause de l'importance d'une émigration historique considérable de réfugiés politiques, de réfractaires aux guerres coloniales et de victimes du faible développement des régions de l'intérieur. Cette émigration concernait à l'époque environ 15% de la population portugaise, dont beaucoup étaient rentrés ou allaient rentrer "na sua terra". Le phénomène du va et vient (cá e lá) était et est encore une caractéristique majeure des relations entre France et Portugal.

Nous avons organisé des rencontres avec les principaux acteurs de la vie culturelle du pays, exploré les zones de plus forte émigration, comblé certaines lacunes des relations entre les deux pays (un poste d'assistante sociale, un poste de chargée de mission scientifique, au sein de l'institut), organisé des débats avec les animateurs et les enseignants portugais dans les communautés émigrées en France, créé des cours de portugais-langue étrangère à côté des cours de français, etc. En même temps, deux expériences furent tentées pour constituer auprès de deux groupes de jeunes retournés au Portugal après avoir vécu en France plus de quinze ans, des petits lots de publications et de disques choisis dans les doubles de la médiathèque de l'Institut. Nous avons vu que tout cela correspondait à des besoins réels et qu'il était essentiel de faire de l'Institut un objet unique, sans équivalent parmi les autres centres culturels français.

Pour cela, nous avons voulu que l'institut soit appelé l'Institut Franco-Portugais et que son développement soit accompagné et guidé par un organe consultatif composé de personnalités portugaises représentatives des principaux secteurs d'activités de l'institut. De même, symboliquement, nous avons demandé au grand artiste Manuel Cargaleiro de créer l'habillage des deux façades du nouveau bâtiment de l'Institut, en azulejos.

Malheureusement, à Paris, l'administration des Affaires Etrangères ne voulut rien entendre, car elle ne s'intéressait qu'à la propagande culturelle (artistique) française auprès des élites de Lisbonne. Je donnai ma démission devant le rejet de notre travail. Le nouveau bâtiment fut inauguré en 1984 (tiens ! il y a juste trente ans). Depuis, l'Institut perdit ses postes social et scientifique, fut utilisé pour héberger l'Alliance française et le service culturel de l'ambassade, loua certains locaux à l'ambassade de Roumanie et mena une programmation artistique identique à celle de tous les centres culturels français dans le monde.

Et maintenant, j'apprends par une amie portugaise qui m'envoie un article du journal Público du 23 octobre, que le bâtiment de l'Institut va être vendu et ses activités transférées dans les locaux de l'ambassade.

Je préfère cette solution, qui a le mérite de la franchise: l'action culturelle française à Lisbonne sera l'expression de l'ambassade et reflètera bien les intentions du ministère. C'est plus clair et le Público laisse entendre que la nouvelle action culturelle française se fera "hors les murs" et utilisera les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, ce dont je ne peux que me réjouir, car l'intérieur du pays, où se trouvent des centaines de milliers de francophones, a toujours été défavorisé par l'incapacité de l'Institut d'aller sur le terrain pour rencontrer les gens qui en avaient réellement besoin.

Bonne chance donc au nouvel Institut et toutes mes amitiés à son personnel, notamment à ceux de ses membres que j'ai connus et qui y travaillent encore.

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 15:20

Une nouvelle fois, le statut des intermittents est arrivé sur la place publique. Les invectives pleuvent sur le gouvernement et sur les partenaires sociaux, des revendications incompréhensibles sont affirmées comme s'il s'agissait de droits inaliénables, la culture française serait menacée... Plus concrètement, les festivals de l'été pourraient être, tous ou au moins certains d'entre eux, annulés ou perturbés, au grand désespoir des élus locaux et des commerces touristiques. Depuis plus d'un mois, les arguments s'entrechoquent, mais bien peu d'opinions remettent en cause le statut même d'intermittent, qui est une grande "exception culturelle" française et qui garantit aux professionnels (auto-déclarés) des métiers de l'audio-visuel, du loisir et de certains arts (le spectacle vivant en particulier) des indemnités de chômage relativement favorables, selon des conditions qui sont supposées tenir compte du caractère particulier de ces métiers. Le débat actuel porte essentiellement sur des détails de ces conditions et de leur application.

Mais qu'est-ce qu'un intermittent ? C'est en réalité un travailleur indépendant, rémunéré à la prestation, qui a choisi librement son métier et en général ne veut pas le partager avec des fonctions salariées classiques. Ce statut extrêmement favorable bénéficie de la mutualisation avec l'ensemble du régime chômage des travailleurs salariés, mutualisation sans laquelle il n'aurait aucune chance de survivre. Il a entraîné depuis trente ans une explosion du nombre des professionnels concernés et une quasi disparition des pratiques amateurs.

Grâce à lui, le ministère de la Culture et l'ensemble des financeurs publics ou privés des loisirs et des arts en France n'ont pas besoin de rémunérer correctement artistes et techniciens, ni de faire un choix entre bons et mauvais artistes, bons ou mauvais spectacles. Grâce à lui également, ces mêmes artistes et techniciens auto-déclarés se veulent à la fois des créateurs libres et indépendants, couverts par un régime de salariat qui protège la plupart d'entre eux en leur évitant de devenir de réels salariés soumis en permanence à des patrons ou à Pôle-Emploi.

Je sais bien qu'en France un avantage acquis ne peut pas être remis en cause, mais une situation de fait, créée dans une époque de "vaches grasses", risque d'aboutir dans les circonstances actuelles à une catastrophe sociale, si les différents interlocuteurs ne recherchent pas calmement et sérieusement un autre statut et pas simplement des corrections à la marge de textes réglementaires de plus en plus inapplicables. C'est à mon avis une question de survie pour bon nombre d'activités que nous appelons habituellement "culturelles".

Et qu'on ne nous dise pas que la fin du statut d'intermittent, remplacé par d'autres modalités de pratiques professionnelles, serait la mort de la culture en France. De grands artistes existaient et créaient avant l'invention des indemnités de chômage. Heureusement!

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Published by hugues-interactions - dans Actualité
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