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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 14:53

En 1986, Kjell Engstrom organisait à Jokkmokk, dans l'arctique suédois, la première réunion internationale des musées de minorité: de Hawaï au Kazakhstan, de la Tasmanie au pays Sami (Laponie), plusieurs dizaines de représentants de musées autochtones, indigènes, aborigènes discutèrent pendant plusieurs jours de leurs patrimoines, de leurs mémoires "nationales", de leurs musées. Une jeune chercheuse de Tasmanie raconta en pleurant que les ossements de son aïeul étaient entreposés dans un tiroir du British Museum: ils avaient été rapportés au XIX° siècle par un explorateur britannique qui croyait trouver là le chaînon manquant entre l'Homme et le Singe.

Au début des années 2000, j'ai eu la chance de participer à un programme de recherche et d'expérimentation dit "Université-Communautés", au Québec, plus particulièrement auprès de plusieurs communautés de la nation Ilnu. J'y appris des choses essentielles: trop de musées et d'activités culturelles avaient été plus ou moins conçus par des "experts" venus des centres urbains et universitaires, pour les autochtones. Quelques communautés s'efforçaient de construire leurs propres solutions, pour des musées qui soient plus à leur service qu'à la disposition des touristes. On me dit maintenant qu'une réunion se tiendra en mai pour faire travailler ensemble les responsables du patrimoine de plusieurs nations amérindiennes.

Depuis quelques années, je suis en contact avec des jeunes africains qui cherchent à inventorier leurs patrimoines sans passer par des méthodes et des normes internationales inspirées de la muséologie telle qu'elle est enseignée dans les cours de muséologie de référence.

En juin dernier, une Rencontre de formation en muséologie pour les peuples indigènes s'est tenue à Pernambouc au Brésil, avec un grand succès. Elle accompagnait un mouvement, très puissant au Brésil, de création de musées et de lieux de mémoire par les communautés elles-mêmes, sur leurs territoires et dans le langage de leurs cultures respectives. J'avais moi-même, en 2012, visité l'un de ces musées, celui de la communauté Jenipapo-Kanindé, dans le Ceará et j'avais été frappé de l'indépendance muséologique et muséographique de ces gens. qui vivaient leur patrimoine, pour eux-mêmes et pour leurs enfants, et qui n'avaient pas peur d'appeler cela "musée".

Je crois que le moment est venu de reconnaître le droit, pour chaque nation indigène, autochtone ou aborigène, d'inventer sa propre muséologie, de la mettre en action, et de faire de ses musées des outils de développement: c'est dans le musée que l'on doit trouver les arguments et les documents spirituels, historiques, culturels qui peuvent fonder des revendications territoriales, des démarches éducatives, des stratégies de valorisation des ressources économiques des territoires..

Ce serait l'honneur des organisations internationales, UNESCO, ICOM, de célébrer le trentième anniversaire de la rencontre de Jokkmokk, en rassemblant le plus grand nombre possible de ces inventeurs locaux pour qu'ils témoignent de leurs découvertes et de leurs solutions. Ou au moins en lançant, lors de la Conférence de l'ICOM à Milan en juillet prochain, l'idée d'une telle rencontre. La Suède, qui a tant fait pour soutenir les initiatives des musées africains, ne pourrait-elle soutenir cette proposition, en souvenir de Jokkmokk 1986 ?

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Published by hugues-interactions - dans Communautés
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