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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 10:34

Cela fait longtemps que je n’ai rien mis sur ce blog. Mais depuis quelques mois j’ai accumulé des documents et des rencontres sur un même thème qui a deux entrées complémentaires : comment des gens divers construisent-ils une communauté et son cadre de vie sur un territoire ? et comment ces mêmes gens peuvent-ils intervenir sur les décisions politiques, administratives et techniques qui changent leur territoire, donc leur cadre de vie ?

Sur le premier point, je viens de visiter une exposition à l’écomusée du Val de Bièvre, à Fresnes, intitulée « Habitants et bâtisseurs de banlieue – 1955-1975 », fruit d’une coopération de trois ans entre la population de Fresnes, l’association des Amis de l’écomusée qui émane de cette population et l’équipe professionnelle de ce même écomusée qui est au service de la ville et de ses habitants. On y apprend comment des résidents venus de toute la France, d’Europe et de nombreux autres pays du monde ont, en vingt ans, transformé par leur présence, leurs activités, leur capacité d’adaptation aux changements du monde environnant, un village agricole d’Île-de-France en ville de banlieue de la métropole parisienne.

Cela m’a rappelé ce que j’ai vu au Brésil, dans les quartiers d’auto-construction à Brasilia, Rio, Porto Alegre ou Fortaleza, dans lesquels des “envahisseurs” venus des régions les plus pauvres avaient su construire leur ville et continuaient de la faire évoluer à partir de la force d’initiative d’habitants devenus urbains, qui n’attendent pas que les pouvoirs publics les aident ou les contrôlent, pour trouver eux-mêmes, collectivement ou coopérativement, des solutions à leurs besoins, ce qui est ma définition de la culture vivante.

Ou bien la petite région de Gemona dans le Frioul italien, où la population a joué un rôle déterminant dans la reconstruction de villes et de territoires ravagés par les séismes de 1976.

Cela me fait penser aussi au guide touristique du territoire de Plaine Commune, au nord de Paris, réalisé par Jacques Grossard et l’Association Mémoire de la Plaine : « Huit villes à découvrir en Île-de-France : Plaine Commune », où l’on voit à chaque page le rôle que les habitants, de toutes origines, ont joué depuis la préhistoire et jusqu’à aujourd’hui dans la création et l’évolution d’un ensemble urbain capable de survivre aux crises industrielles et politiques, comme aux changements technologiques imposés de l’extérieur.

Sur le deuxième point, c’est encore à Fresnes que j’ai écouté le 21 février une conférence et un débat sur l’utilisation de l’Inventaire général du patrimoine dans la planification et la décision sur l’aménagement urbain. Dans le même temps, je participe à une réflexion, dans la Communauté urbaine Le Creusot-Montceau sur l’opportunité de mobiliser la population et les associations sur les éléments de patrimoine à prendre en compte dans la préparation et l’adoption du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI). Car il ne suffit pas de protéger quelques monuments remarquables ou caractéristiques, mais il faut considérer tout le paysage et les diverses composantes du cadre de vie qui peuvent être regardés comme importantes par les habitants eux-mêmes.

C’est là qu’il faut faire intervenir l’éducation patrimoniale, telle que les Brésiliens l’ont conçue et la pratiquent : les habitants doivent prendre l’habitude de se sentir responsables de leur environnement paysager et construit et aussi de la maîtrise des changements que des facteurs extérieurs ou des autorités publiques leur imposent pour des raisons d’intérêt général. Il ne s’agit pas de conserver, mais de construire du nouveau sur de l’ancien, ce qui ne peut se faire sans la participation effective et consciente de tous.

Cette éducation patrimoniale passe, entre autres, par des méthodes telles que cette brochure que je viens de recevoir : “Tracce”, un guide produit par l’Ecomuseo del Paesaggio di Parabiago (Lombardie, Italie) pour faire connaître le territoire sous un grand nombre d’aspects anciens et modernes, selon une démarche 3.0, utilisant QR codes et internet, mais aussi les yeux et les pieds, et tous les sens des habitants. C’est le même principe que le « Descubre Murcia al Azar », qui fait de la même manière découvrir la ville de Murcie en Espagne, à l’initiative d’un architecte passionné de sa ville et de son territoire.

J’ajouterai seulement qu’il faut que les responsables du patrimoine, qu’ils soient professionnels ou militants associatifs, dans des musées, des écomusées, des institutions gestionnaires de monuments ou des militants associatifs, s’informent et se forment sur les politiques et les procédures de planification, d’aménagement du territoire, d’urbanisme, pour en connaître les vocabulaires et les principes, les acteurs et les calendriers, afin d’être à même d’agir et d’intervenir à bon escient, au bon moment, et efficacement, tant auprès de la population qu’auprès des collectivités publiques et des techniciens.

Les contacts :

www.ecomusee.agglo-valdebievre.fr

www.plaine-memoirevivante.fr

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it

www.murciaalazar.com

 

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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 15:25
Le Cortejo do Linho, 6 septembre 2015
Le Cortejo do Linho, 6 septembre 2015

Je reviens de Fermentões, une petite ville de la banlieue de Guimarães, qui fut la première capitale du Portugal et en 2012 la capitale européenne de la culture. A Fermentões (7000 habitants environ), chaque année, on fête le premier week-end de septembre le Dia do Agricultor, avec défilés de bœufs et de tracteurs, un "cortège du lin", des concours de danse traditionnelle entre groupes de diverses villes du pays, etc. Cette année, on mettait en relief le Musée de l'agriculture, fondé il y a plus de trente ans par des habitants de la ville, emmenés par un artisan génial, Jerónimo Ferreira. Jerónimo est mort en février dernier, mais son œuvre et celle de ses amis continue, avec un nombre impressionnant de volontaires, de tous âges et de toutes professions. C'est un véritable musée communautaire, voulu, créé et animé par la population.

D'ailleurs, les défilés du Dia do Agricultor se faisaient avec des équipements et des objets prêtés par le musée: imagine-t-on un musée traditionnel faisant sortir ses plus précieux objets de ses vitrines pour aller défiler sur des kilomètres par 35° à l'ombre ?. On pouvait dire que ces journées de fêtes étaient un "musée sur roues", ou un musée dans la rue.

Le musée est installé dans une ancienne école, acquise par la ville lorsqu'une nouvelle école plus moderne fut construite il y a près de 40 ans. Il fait partie, pour sa gestion et son administration de la Casa do Povo, la Maison du Peuple, une institution sociale et socio-culturelle qui sert tous les âges et toutes les familles de Fermentões.

Scientifiquement, le musée est dirigé, à titre bénévole, par Maria João Vasconcelos, la directrice du grand Musée national Soares dos Reis, à Porto. Un comité directeur assure le suivi quotidien; il est animé par un frère de Jerónimo, Manuel Ferreira, ancien maire de Guimarães et ancien responsable de l'aménagement et du développement de la région environnante du Vale do Ave.

Si j'ai tenu à parler ici du Musée d'agriculture de Fermentões, c'est parce qu'il représente pour moi un exemple presque parfait de ce qu'est un musée local d'initiative et d'essence communautaire: un outil d'adaptation de la population au changement culturel, social et environnemental. Nous avons ici, sur un hectare environ, au centre d'un territoire à la fois rural et urbain, trois institutions totalement complémentaires:

- la Casa do Povo, qui est au service de tous et dont les professionnels sont souvent eux-mêmes des membres de la communauté,

- l'Ecole publique, qui enseigne les savoirs essentiels à la vie future et à l'avenir professionnel des enfants,

- le Musée qui enseigne l'héritage commun et la culture vivante, non seulement des anciens, mais aussi des habitants actuels, et qui est témoin actif des changements apportés au paysage, aux modes de vie.

Que le musée soit installé lui-même dans une ancienne école est plus que symbolique: il est une école pour tous, jeunes et adultes, enfants et vieillards, ruraux et urbains.

Cela fait trente ans que je suis l'évolution de ce musée, depuis ses premières années. J'ai vu la manière dont Jerónimo et ses amis ont rassemblé sa collection, l'ont présentée, ont associé de plus en plus de voisins et d'amis à tel ou tel aspect, à telle ou telle section. L'histoire du lin, de la plante à la commercialisation des produits, a été réalisée sous la forme de scènes montrant des poupées miniatures exécutant les gestes et utilisant les outils, ce qui est reproduit chaque année dans le cortège du lin, en vraie grandeur, sur la route et dans les rues.

Le musée va maintenant poursuivre son évolution. J'espère qu'il restera l'objet et l'outil de la communauté, que sa présentation même un peu modernisée, restera compréhensible et modeste, que l'important patrimoine en maisons, vignes, jardins, champs, si caractéristiques du paysage du Sud-Minho, sera de plus en plus reconnu et valorisé, comme Jerónimo avait commencé à le faire. J'espère aussi que des moyens seront trouvés pour refléter la composante industrielle de l'activité du territoire et la dimension de plus en plus urbaine de la vie quotidienne des gens.

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 10:21
Une école populaire de tourisme communautaire

J'ai trouvé sur Facebook (merci João Paulo Vieira) l'annonce de cette formation qui me paraît un exemple d'initiative de "capacitation" de la ressource humaine des territoires, à partir du thème de tourisme de base communautaire. J'en ai fait une traduction sommaire pour en faciliter la diffusion.

Le projet "Réseau Tucum – Travail, Jeunesse et Territoire" est une initiative de l'Institut Terramar qui vise à renforcer le réseau Tucum (Rede Cearense de Turismo Comunitário) par une technologie sociale et productive stratégique pour la défense du territoire et des modes de vie et de travail, et pour l'exercice des droits des communautés traditionnelles de la côte, utilisant le potentiel de la pêche artisanale et de la diversité économique locale, et l'implication de la jeunesse

Contact : www.institutoterramar.com

Le 26 juin, c'est à dire demain, commence la seconde session de l'Ecole populaire de tourisme communautaire. Cette réunion se tiendra dans la communauté de Caetanos de Cima, commune de Amontada, sur le littoral ouest du Ceará. On y dialoguera directement avec la réalité de la communauté, qui est déjà membre du réseau Cearense de tourisme communautaire (Réseau Tucum). L'école est une initiative de formation de l'Institut Terramar, agréée au titre de l'éducation populaire, destinée aux jeunes des communautés de la zone côtière du Ceará.

Avec une participation prévue de 45 personnes de plusieurs municipalités de la zone côtière, les débats de cette session se concentreront sur les enjeux de communication et de gestion dans le cadre du tourisme communautaire. La journée de samedi est réservée pour une formation à la démocratisation de la communication, suivie d'un atelier de communication populaire, les deux étant modérés par la journaliste Camila Garcia.

Le débat sur la soutenabilité et les enjeux de la gestion du tourisme communautaire se déroulera le dimanche et sera animé par Aécio Oliveira, professeur d'économie à l'Université fédérale du Ceará, et par Rosa Martins, coordinatrice de l'Institut Terramar,. Il est également prévu, dimanche soir, une intervention des jeunes du 5° Centre culturel, qui présenteront des manifestations culturelles de la communauté.

L'Ecole populaire de tourisme communautaire veut qualifier la participation des jeunes aux processus productifs, organisationnels, culturels, sociaux et politiques des communautés, par une incitation à l'auto-organisation et par la capacitation de la jeunesse dans le domaine du tourisme communautaire et des activités qui lui sont liées. Pour cela on associe la formation politique et la formation technique, des innovations technologiques et des activités traditionnelles, la théorie et la pratique, dans un système d'alternance et de dialogue entre les générations.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 09:09

Au moment où, dans le monde entier, il est question de crises, de conflits tellement complexes que le citoyen moyen est incapable de prendre une position personnelle ou d'envisager des solutions, même à long terme, il est heureusement toujours possible d'intervenir sur notre cadre de vie, à notre échelle et avec nos moyens. Plusieurs informations récentes nous le confirment.

  • L'association In Loco (siège à Faro, Portugal) annonce le lancement d'une enquête dans tous ses réseaux, en vue de la définition d'une "stratégie de développement local de base communautaire en Algarve centrale". Sont concernés tous les "stake holders" (parties prenantes) de ce territoire. On leur demande de réfléchir et de fournir leurs propositions sur les "forces, faiblesses, opportunités et menaces" constatées au niveau des unités de voisinages (les freguesias), donc à un échelon inférieur aux municipalités. Voir: https://docs.google.com/forms/d/1UmHK8euajALwROttjcxNTOpkdMdkz22ZksrdDkqECBk/viewform
  • L'association NOPH (Nucleo de Orientação e Pesquisa Historica) et l'Ecomusée de Santa Cruz (un quartier de Rio de Janeiro) tiennent du 2 au 6 février, dans le centre culturel de Santa Cruz, un "Atelier international de Projet Urbain" avec tous les acteurs culturels, sociaux et économiques de ce territoire et la population elle-même. L'atelier est animé techniquement par l'Université fédérale de Rio de Janeiro et l'Université de Columbia de New York. Cette réunion fait suite à plus de vingt ans de travail de mobilisation communautaire dans ce quartier-ville de plus de 200.000 habitants. Contact: Odalice Priosti <owpriosti@gmail.com>
  • La Fédération française des écomusées et musées de société (FEMS) prépare son assemblée générale annuelle à Marseille du 8 au 10 avril prochain, sur le thème de la participation des habitants, ce qui signifie que ces musées locaux veulent de plus en plus associer les habitants à la gestion de leur environnement, de leur patrimoine et de leur cadre de vie, donc de leur développement soutenable. Voir le programme sur http://www.fems.asso.fr/.
  • L'Ecomuseo delle Acque de Gemona (Friuli, Italie) prépare la publication, longtemps attendue, d'un livre sur la remarquable expérience de développement de la filière économique du Pan di Sorc, un pain de maïs traditionnel. Le livre montrera coment il a été possible de sauver et de moderniser tous les métiers de cette filière (de l'agriculteur au supermarché en passant par le meunier et le boulanger), montrant ainsi la voie à d'autres initiatives appuyées sur le patrimoine artisanal ou gastronomique des territoires. Voir http://www.pandisorc.it/
  • L'Ecomuseo del Paesaggio de Parabiago (Lombardie, Italie) annonce les prochaines manifestations du "Mulino Day" (Juin 2015), dans le cadre du Pacte de la Rivière Olona qui unit cinq municipalités et tous les acteurs publics et privés du territoire dans un programme pluri-annuel de gestion collective d'un espace périurbain culturel et naturel intercommunal de 500 hectares, dénommé "Parc des Moulins". Voir http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it/ecomuseo/risorse/mulinoday/mulinoday2015.html.
  • L'Association Portugaise pour la Culture et l'Education Permanente (APCEP), qui vient de se reconstituer pour tenter de remobiliser la société civile sur des pratiques éducatives favorisant le développement des communautés et des territoires, annonce la réunion, à Coimbra, Lousã et Gois, les 28 février et 1° mars, de Journées de l'éducation permanente dans la région Centre du Portugal. Par éducation permanente, il faut comprendre ce que nous français appelons l'éducation populaire. Le programme comprend des témoignages sur de nombreuses initiatives locales contribuant au développement des territoires. Contact: apcep@gmail.com.

On pourrait multiplier les exemples, mais il est remarquable que ceux-ci apparaissent sur quelques jours dans ma seule boîte mail. Le monde va peut-être assez mal, mais il y a des territoires qui s'en sortent !

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 14:07

Une correspondance récente avec Raul Dal Santo, coordonnateur de l'Ecomuseo del Paesaggio de Parabiago (Lombardie), m'a donné l'idée de faire connaître la remarquable expérience de développement local dont j'avais pu voir certains aspects l'an dernier sur place. Voici donc une courte mise en contexte suivie d'un article qui devrait donner envie d'aller voir la réalité sur place (la traduction est de moi)..

L'expérience de l'Agenda 21 local et de l'Ecomusée du Paysage de Parabiago a permis d'expérimenter des méthodes de programmation et d'action participative qui ont mis au centre de l'attention le patrimoine communautaire comme élément-clé du développement local.

Le Parc des Moulins, qui comprend environ 500 hectares d'aires fluviales sur le territoire de 5 communes, est géré par la commune de Parabiago, cette même collectivité qui gère également l'Agenda 21 local et l'Ecomusée de Parabiago. Compte tenu des bons résultats obtenus, le Parc a adopté un processus de participation permanente selon les mêmes modalités que celles qui avaient été adoptées auparavant par l'Ecomusée de Parabiago.

L'écomusée a donc assumé le rôle de partenaire technique du Parc et se charge d'en divulguer les résultats sur son propre site (en italien, anglais et espagnol):

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it/ecomuseo/dallamappaallereti.html

Subsidiarité et patrimoine communautaire

dans la gestion du bassin de la rivière Olona

Raul Dal Santo (Parco dei Mulini) et Lucia Vignati (Ecomuseo del Paesaggio di Parabiago)

Résumé

Le Parc des Moulins, par un processus de participation permanente, a facilité la création d'un réseau d'acteurs institutionnels, économiques et du secteur non-lucratif qui a recensé le patrimoine communautaire à valoriser, a élaboré le Pacte de l'Olona et a mis en œuvre ce pacte selon le principe de subsidiarité, par l'utilisation de ressources humaines et financières importantes.

Introduction

La crise actuelle, qui entraîne un appauvrissement général, oblige à reconnaître et à valoriser les biens communs en vue du développement social, environnemental et économique des communautés locales. Toutefois le plus souvent, d'une part la communauté ne reconnaît pas ces biens comme faisant partie de son patrimoine, d'autre part, le modèle obsolète de gouvernance qui repose sur une logique de relation bipolaire administrateur-administré ne permet pas à la communauté elle-même de mobiliser ses propres ressources pour participer à la solution de problèmes qui souvent, en raison de leur complexité, ne peuvent être résolus par les seules institutions.

Le Parc Local d'intérêt intercommunal des Moulins, situé dans la plaine au nord de Milan, sur une partie du bassin de la rivière Olona, se caractérise par une incapacité diffuse de ses habitants de percevoir la valeur des lieux, de reconnaître dans le territoire non seulement un espace qui est à leur disposition pour construire, produire et se déplacer, mais aussi un patrimoine à préserver et à améliorer. Il en est résulté de profondes atteintes au paysage, telles qu'une perte de diversité biologique et culturelle, le déplacement et la séparation physique de l'habitat humain par rapport à l'habitat naturel de graves ruptures dans les paysages. La rivière Olona, polluée, incapable de résorber les crues et de maintenir une communauté biologique complexe, est emblématique de ce paysage dégradé.

Actions et méthodes

Dès 2010, le Parc des Moulins a lancé un processus de participation permanente, visant à la réalisation de l'inventaire du patrimoine naturel et culturel, à l'adoption d'un programme pluriannuel d'intervention, à la réalisation concertée d'études de faisabilité pour la requalification paysagère de l'espace périfluvial et à l'élargissement du réseau partenarial qui collabore avec le Parc. Aux organismes politiques et techniques du Parc se sont ajoutés un forum de participation ouvert à tous et un groupe de projet, constitué des propriétaires des abords de la rivière (communes, gestionnaires des stations d'épuration, quelques propriétaires individuels, une entreprise privée) et d'autres partenaires du projet. Font partie de ces dernières structures quelques associations environnementales et culturelles, telles que le District Agricole de l'Olona et le Consortium de l'Olona.

Ces différents acteurs ont interagi par la réalisation en commun d'une carte (sur le modèle des parish maps anglaises) qui repère et signale le patrimoine communautaire à valoriser et d'un plan comportant à la fois les actions programmées et leur impact sur la rivière et ses abords.

Le Parc a créé, favorisé et coordonné une alliance entre le public et le privé dans le but d'atteindre ensemble des objectifs, concertés lors du processus participatif, selon le principe de la subsidiarité horizontale. Enfin, le Parc a activement collaboré et interagi avec de nombreuses institutions, selon le principe de la subsidiarité verticale, dans le cadre des instances officielles promues par la Région Lombardie, telles que le Contrat de bassin, le Pacte pour le développement de la trame verte du Canal Villoresi (voir bibliographie ci-dessous), le Groupe technique pour les travaux de contrôle des crues sur l'Olona et enfin l'Observatoire régional pour l'Expo 2015.

Résultats

De 2010 à 2014, on a tenu 35 rencontres participatives sur des projets. En 2011, la carte du patrimoine communautaire du Parc a été diffusée. En juin 2013, les 5 municipalités du Parc, 18 partenaires du programme, 7 propriétaires de terrains et de nombreux citoyens ont signé le Pacte de l'Olona qui fixe les objectifs à atteindre pour tout le Parc des Moulins, et qui prévoit 10 études de faisabilité pour la requalification d'environ 45 hectares de paysage péri-fluvial, correspondant à environ 10% de la superficie du territoire de projet.

Parallèlement aux activités de cartographie et de planification/programmation participantes, le réseau des partenaires a organisé, entre 2010 et 2014, 71 événements/actions, parmi lesquels il faut citer le nettoyage et la réutilisation à des fins écologiques d'une rigole d'irrigation d'origine médiévale (le Riale de Parabiago), deux interventions de ré-empoissonnement de l'Olona, le nettoyage de ses berges et l'ouverture d'accès pour l'observation et la pêche, la remise en état de la dernière zone humide naturelle du territoire (la Foppa de San Vittore Olona) et les nombreuses initiatives culturelles destinées à mobiliser les riverains et les voisins de l'Olona (les événements de printemps et d'automne "Mulino Day" et "Giri d'Acqua", les activités éducatives "attention aux nids"). Tout cela est fait avec des ressources financière extrêmement limitées. Le Parc a réussi à réunir et à coordonner les importantes ressources humaines, les compétences et les connaissances propres des 65 partenaires qui ont collaboré librement et en pleine connaissance de cause.

Néanmoins, de 2013 à 2014, le Parc a réussi à trouver les ressources financières nécessaires pour la réalisation des travaux prévus par le Pacte de l'Olona, au niveau de 3 millions d'euros: 1,5 M€ pour la construction de la voie cyclable longeant l'Olona, entièrement financé par la Région Lombardie, et 1,5 M€ pour les interventions écologiques et les travaux sur la rivière elle-même, ainsi répartis: 350.000 de l'Expo 2015, 124.000 du Contrat de rivière, 350.000 de la fondation Cariplo, 30.000 de CAP Hording (gestionnaire de la station d'épuration), 371.000 de AIPO (Agence interrégionale du fleuve Po) et, pour le reste du Parc lui-même et des municipalités riveraines.

Le processus d'implication du Parc et de ses partenaires dans les travaux de l'instance technique de programmation a rendu possible une modification des plans des travaux de contrôle des crues qui ont comporté, dans la phase d'exécution, une forte composante environnementale. Ils intéressent en effet 35 hectares, soit 7% de la superficie du Parc et prévoient 2 zones d'expansion et 3 digues: tout cela touche des aspects hydrauliques, écologiques, de cultures fruitières et d'agriculture.

Conclusions

Pendant ces cinq dernières années, le Parc des moulins, à travers les processus de participation permanente, la valorisation des compétences, des savoirs et des ressources du territoire, le recours systématique aux principes de subsidiarité et de co-responsabilité, a assumé le rôle de facilitateur d'un réseau complexe d'acteurs qui a permis de capter d'importantes ressources humaines et financières provenant d’institutions publiques et privées.

Ainsi s'est créé un modèle de gouvernance du territoire, respectueux de la logique de l'administration partagée et du principe constitutionnel de subsidiarité, et un "projet de territoire" capable de traiter et d'intégrer des éléments physiques, des méthodes de gestion et des procédures, ainsi que d'assurer la co-existence de l'intérêt général et des intérêts privés.

C'est un projet qui, par la redécouverte et la valorisation du patrimoine commun, a permis de progresser vers une situation où l'Olona, la rivière "invisible", deviendra cette rivière civilisée, culturelle et naturelle, qui pendant des millénaires a été l'axe du développement de ce territoire, recréant au long de son cours une nouvelle cité plus habitable.

___________________

Bibliographie et ressources Web

AA.VV. “Dalla mappa del parco alla realizzazione delle reti. Qualificare il paesaggio periurbano lungo il medio corso del fiume Olona”, les e-book de l'Ecomuseo di Parabiago, 2013

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it/ link “Mappa di comunità” e “Dalla mappa alla costruzione delle reti”.

http://www.contrattidifiume.it/1721,News.html

http:// www. Patto per lo sviluppo del Sistema Verde V'Arco Villoresi

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 11:28

J'ai reçu une longue lettre de José Itaqui, un ami de 25 ans qui est à l'origine et actuellement au pilotage du développement de la Quarta Colônia, un territoire de 9 municipalités de colonisation italienne (années 1870) au centre de l'Etat brésilien de Rio Grande do Sul, près de la ville de Santa Maria.

L'histoire du projet de développement de ce territoire remonte à la fin des années 1980, quand Itaqui, sa femme Angelica et des amis (re)découvrent le patrimoine matériel et immatériel de la communauté de Silveira Martins, puis des communes voisines. Après de nombreuses péripéties, un programme appelé "Projeto Identidade" a mobilisé les écoles, les enfants et leurs parents, et finalement toutes ces communautés, autour de l'idée et de la pratique d'un développement culturel, social et économique appuyé sur les ressources patrimoniales communes.

Itaqui, de son côté, menait une action collective militante autour du théâtre et de la production de spectacles en dialecte Veneto qui est encore parlé dans la Quarta Colônia par les descendants des immigés italiens du 19° siècle, sur des thèmes liés à la mémoire des premiers immigrés.

Puis, un grand programme de développement économique et social a été mené par Itaqui, sur l'ensemble de la Quarta Colônia, appelé CONDESUS, Consórcio de Desentvolvimento Sustentável, soutenu par des fonds nationaux et internationaux.

Finalement, une découverte a été faite, celle d'un gisement paléontologique considérable, de valeur scientifique internationale. Pour l'exploiter à la fois pour la recherche, pour l'éducation et pour le tourisme, un centre moderne vient d'être construit, appelé CAPPA (Centre de Apoio à Pesquisa Paleontológica).

Ce que Itaqui vient de m'écrire est particulièrement intéressant: la découverte et la mise en valeur de ce gisement paléontologique a suscité une mobilisation des universitaires intéressés par le sujet et, à l'université fédérale de Santa Maria, la création prévue d'une chaire de paléontologie, tenue par le prof. Sergio Dias da Silva, un homme de terrain qui peut utiliser le CAPPA comme lieu de recherche et d'enseignement. Avec son aide comme rédacteur, un "Programme d'appui à la recherche paléontologique de la Quarta Colônia" a été élaboré par  les représentants de 6 universités du Rio Grande do Sul et par le CONDESUS.

Cette histoire, qui devrait faire l'objet d'une analyse et d'un traité méthodologique, montre bien plusieurs principes, sur lesquels je pense que mon ami Itaqui serait d'accord:

- le patrimoine, sous toutes ses formes, est l'une des principales ressources pour un développement soutenable d'un territoire,

- ce développement doit être mené par des personnes issues du territoire, motivées et indépendantes des systèmes politiques traditionnels,

- l'éducation au patrimoine concerne les enfants comme les adultes; elle est indispensable pour rendre les citoyens capables de participer à leur propre développement,

- la lenteur est une dimension indispensable du travail de développement, pour en assurer la solidité et la continuité,

- tout processus de développement doit s'appuyer sur les opportunités et les saisir au moment où elles se présentent, sans idées préconçues.

 

Cela dit, si vous passez par Santa Maria, allez voir les gisements paléontologiques de la Quarta Colônia et José Itaqui, mais il est très occupé !!!

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 09:58

Je lis en ce moment le livre très riche de Alberto Melo: "Passagens Revoltas - 1970-2012", éditions de l'Associação In Loco (diffusion Sitio do Livro, Ltda, Largo Machado de Assis, porta C, 1700-116 Lisboa, Portugal. Alberto y a rassemblé des articles et des éditoriaux écrits par lui pendant 40 ans.  Ils concernent principalement l'éducation (et en particulier l'éducation des adultes) et le développement local.

 

J'y ai trouvé pages 169 à 186, un texte de 1998 intitulé "O desenvolvmento local como processo educativo" (Le développement local comme processus éducatif). C'est à mes yeux un document essentiel pour la compréhension des processus qui fondent le développement local sur la participation consciente des habitants, individuellement et collectivement. Je ne veux pas le paraphraser ici, car il faut le lire en entier.  Son grand intérêt est qu'il se base à la fois sur la compétence du chercheur (à l'époque, Alberto enseignait à l'Ecole supérieure d'Education de l'Institut Polytechnique de Faro, en Algarve), sur le cheminement du philosophe qui a réfléchi en profondeur sur ces questions, et sur l'expérience du praticien de terrain. Car Alerto Melo est d'un des fondateurs, concepteurs et animateurs, avec Priscila Soares, du projet de développement soutenable et endogène de la Serra d'Algarve, porté par l'association In Loco, depuis les années 80 du siècle dernier.

 

J'ai personnellement beaucoup appris de Alberto et de l'observation (trop rare et insuffisante) de ce qui se passait sur le terrain de la Serra d'Algarve. Et j'ai toujours vérifié dans de nombreuses actions de terrain la vérité et l'exactitude de ce principe: tout développement local est un processus éducatif par lequel une population devient acteur conscient (conscientisation) et compétent (capacitation) de son propre avenir et de l'utilisation efficace et prudente de ses ressources propes, mais aussi des apports extérieurs qui enrichissent le territoire.

 

Je rapproche cette pratique de celle qui m'a occupé ces dernières années, dans l'application comme dans la théorie, l'inventaire participatif et la gestion partagée du patrimoine d'un territoire. Si l'on considère le patrimoine, naturel et culturel, matériel et immatériel, comme le capital social, culturel et économique du territoire, qui appartient à la population de ce territorie et doit être utilisé par elle de façon soutenable, alors il est indispensable de lancer un processus éducatif collectif, qui s'appuie sur la (re)connaissance et l'étude de ce capital. L'inventaire, comme démarche permanente, confiée aux citoyens eux-mêmes, aidés (mais non exploités) par des spécialistes et des techniciens, est cet exercice fondateur de la conscience de leur identité, de leur valeur, de leur capacité d'initiative, de confiance et de coopération.

 

La 4° rencontre internationale des écomusées et musées communautaires, à Belém (Para, Brésil) en juin 2012, a donné toute sa valeur à ces idées et à ces pratiques, en discutant de nombreuses expériences de capacitation, ou empowerment,  faites dans le cadre d'écomusées dans divers pays. J'en ai rendu compte en son temps dans ce blog.  Le colloque de Gemona del Friuli en juin 2013, dont j'ai également rendu compte ici, a débattu de l'inventaire participatif et en particulier de son rôle dans la valorisation du patrimoine.  Tout cela revient finalement à reconnaître la valeur du patrimoine et de sa gestion partagée dans l'éducation du citoyen et dans sa participation consciente au développement de son territoire.

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 15:32

Vendredi dernier, j'ai pu visiter la nouvelle "Maison du développement durable" (MDD) de la ville de Rezé (Loire Atlantique). Cette ville de 40 000 habitants, située au sud de l'agglomération nantaise, a adopté depuis longtemps une attitude résolue dans deux domaines qui font d'elle une collectivité innovante où les politiques et les services municipaux collaborent de façon efficace en associant autant que possible la population:

- la démocratie locale, avec notamment des comités de quartier et un conseil économique et social municipal,

- le développement durable (ou soutenable, terme que je préfère), avec deux "agendas 21 locaux" successifs.

 

La dernière initiative, inaugurée au mois de septembre, est donc la Maison du développement durable, qui remplace une "Maison des projets", structure intéressante mais qui n'a pas eu le succès escompté. La MDD, située en plein centre de la ville, dans le quartier du Château (labellisé Politique de la ville) est mitoyenne de la bibliothèque municipale, dans un bâtiment d'architecture résolument contemporaine.

On y trouve des expositions, des salles d'activités, un espace d'accueil avec bar et mobilier sympathique, une salle polyvalente. Un animateur permanent accueille les visiteurs, organise et guide les visites. Le tout est coloré, très vivant, change souvent de thème. Une programmation très riche s'adresse aussi bien à des groupes scolaires ou à des familles, qu'à des visiteurs individuels. Des activités "hors les murs" sont également proposées, pour toucher les rezéens au plus près de chez eux.

 

La gestion de la MDD est assurée par l'équipe de l'Agenda 21 au sein des services municipaux, mais l'animation et la réalisation du programme d'activités sont confiées à des groupes et associations: sièges et tables sont faits par des artistes-artisans qui recyclent des éléments issus de déchetteries; le comptoir du bar est fabriqué par une entreprise d'insertion; une exposition de photos d'insectes est produite par un photographe qui vend ses photos, une exposition interactive sur l'énergie destinée aux enfants et à leurs parents a été entièrement réalisée par une association.

 

J'ai particulièrement apprécié que l'animateur permanent / agent d'accueil soit un ancien plombier-chauffagiste des services techniques de la ville qui devait abandonner son poste à la suite d'un accident. Il s'est entièrement consacré à ses nouvelles tâches, apprend son métier avec passion et fait preuve d'initiative. C'est un exemple de recyclage réussi d'une ressource humaine que l'on aimerait voir reproduire plus souvent.

 

Pour plus de détails et des  images, voir: link

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 14:43

Je reçois cette invitation pour une rencontre nationale des agents du développement local au Portugal, les 9 et 10 mai prochain à Lisbonne. Promue par plusieurs mouvements de développement local très expérimentés, notamment l'association In Loco, qui agit depuis trente ans dans la Serra d'Algarve, c'est une initiative d'un très grand intérêt.  Le mouvement du développement local, au Portugal, a pris une très grande ampleur lors de la reconstruction du pays après la Révolution des Oeillets (25 avril 1974). D'origine souvent privée et lié aux territoires, ce mouvement a permis à de nombreuses collectivités locales de créer les conditions d'un aménagement du territoire et d'une exploitation concertés des ressources endogènes, avec les populations. L'aide de l'Europe a souvent été importante sur le plan matériel, mais la qualité des personnes a toujours été déterminante.

 

Pardon pour le texte en portugais, mais, s'agissant d'une langue latine, je suis sûtr que vous pourrez comprendre l'essentiel, et même aller sur les sites web mentionnés.

 

As Associações In Loco, Terras Dentro, Terras do Baixo Guadiana e Roçamundo estão a organizar o Encontro Nacional "Desenvolvimento Local em Portugal - Abordagens, Actores e Resultados", que terá lugar nos próximos dias 9 e 10 de Maio de 2013, no Centro Ismaili (Fundação Aga Khan), em Lisboa.

O Encontro Nacional Desenvolvimento Local em Portugal (ENDLPT) pretende ser um espaço de debate entre actores que trabalham no desenvolvimento dos seus territórios.
Nos últimos 20 anos, em Portugal, foram testadas várias abordagens para promover o desenvolvimento das comunidades locais, como é o caso do LEADER, da EQUAL, das Redes Sociais municipais, entre outras.
Com este Encontro Nacional pretende-se compreender o que distingue cada uma destas abordagens, bem como os produtos e os resultados alcançados. É igualmente importante entender os cruzamento e as articulações possíveis entre cada uma delas.
Esta é uma matéria essencial no preciso momento em Portugal está a definir o futuro período de programação financeira da União Europeia para o país.

As inscrições são gratuitas mas limitadas ao número de lugares disponíveis.
Para inscrições e mais informações: http://www.in-loco.pt/pt/agenda/20130305/encontro-nacional-desenvolvimento-local-em-portugal-abordagens-actores-e-result/ 
https://www.facebook.com/ENDLPT

Gratos pela atenção.
Associação In Loco
Avenida da Liberdade, 101
8150-101 São Brás de Alportel
Portugal
Tel. (+351) 289 840 860
Fax. (+351) 289 840 879
http://www.in-loco.pt

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 12:19

 

Dans le cadre de ses efforts pour redresser l'économie et pour assainir le budget du pays, le gouvernement portugais vient de décider de supprimer son aide à différentes fondations d'intérêt public qui avaient été créées avec une participation plus ou moins forte de crédits publics. C'est le cas de la Fondation du Museu do Douro, qui fait l'objet actuellement d'une pétition pour obtenir le retrait de cette décision.

Le Museu do Douro a été créé par une loi (c'est un cas unique au Portugal). Il est destiné à gérer le patrimoine exceptionnel de la vallée et des vignobles du fleuve Douro, qui fournissent non seulement un excellent vin, mais aussi le raisin qui fournira le porto, après traitement dans les chais de Vilanova de Gaia, en face de la ville de Porto. Il s'agit de défendre les paysages, les modes de culture, les populations, l'architecture des sièges d'exploitation, de promouvoir un tourisme respectueux, de maîtriser le changement technique et social, de développer des activités économiques autour de la vigne et du vin, mais aussi dans d'autres secteurs d'activité pour éviter une mono-culture. C'est un musée de territoire, un des plus grands, qui doit fédérer de très nombreux acteurs autour d'un projet commun.

Comme il fallait, pour réaliser ce projet, mobiliser à la fois les collectivités territoriales (les municipalités de la vallée) et les acteurs économiques, principalement les grandes exploitations viticoles et les producteurs de porto, il fut décidé de créer une fondation dont le but était d'accompagner et de soutenir le musée en y impliquant toutes ces parties prenantes. Un dispositif très intéressant et novateur. C'est cette fondation qui vient d'être considérée par l'Etat comme pouvant être abandonnée.

La disparition de la fondation signifierait un affaiblissement du musée et de ses moyens d'action. Et l'on voit là l'effet d'un malentendu fondamental, entretenu inconsciemment par le vocabulaire culturel courant : la défense du Museu do Douro insiste sur le « projet culturel », puisque c'est un musée, alors qu'il s'agit en réalité d'un projet de développement global soutenable, voué à la valorisation d'un patrimoine aussi bien naturel que culturel et économique, dans l'intérêt du territoire et de toutes ses parties prenantes. Malheureusement, il porte le nom de musée, ce qui automatiquement lui donne une image culturelle. Dans la situation économique du pays, il est trop facile de décider de faire des économies sur ce qui apparaît comme moins utile.

L'idéal serait maintenant que ces parties prenantes qui sont associées dans le capital de la fondation décident de prendre le relais de l'Etat et de plus et mieux s'engager, y compris financièrement, dans ce qui devrait apparaître clairement comme « leur » musée, ou plutôt comme un instrument de développement à leur service.

 

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