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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 17:15
​ (Photo Hélène Prigent, Télégramme de Brest) ​

Il y a quelques années, une tempête détruisait des arbres centenaires de l'airial dans l'écomusée de Marquèze (Landes). Ces trois dernières années, la presse internationale s'est fait l'écho des destructions volontaires par Daech de monuments antiques en Irak et en Syrie. Il y a quelques jours, un individu a volontairement incendié la maison-témoin de l'écomusée de Ouessant (Bretagne occidentales).  Chaque fois, les émotions sont vives, car par définition le patrimoine est irremplaçable..

Mais je crois qu'il faut pousser la réflexion plus loin. Le monde où nous vivons est construit sur les ruines de ce que nos ancêtres ont construit. La presque totalité du passé à disparu sans retour pour laisser place au présent. Nous en connaissons une partie significative grâce aux descriptions, aux images, aux fouilles archéologiques. Et nous en sauvegardons une partie plus petite encore dans les musées et in situ par les politiques locales, nationales et mondiales du patrimoine.

Cette partie, même très minime, est soumise à de nombreux dangers: catastrophes naturelles, risques climatiques, guerres, vols et trafics. Les conventions internationales, les campagnes de mobilisation et de sensibilisation, les réglementations nationales, l'éthique professionnelle des agents culturels, tous les outils développés depuis cinquante ou cent ans ne pourront réussir qu'à limiter les dégâts.

Alors pourquoi ne pas nous référer au vieux principe de subsidiarité: faire gérer le patrimoine par ses premiers responsables, ses véritables propriétaires culturels, historiques et moraux, ses héritiers, les communautés locales elles-mêmes. Certes, cela ne fera pas renaître la vieille ville d'Alep ou repousser les arbres de Marquèze, mais chaque territoire sera conscient de son patrimoine vivant, le protégera ou le transformera, l'enrichira, lui maintiendra sa double nature matérielle et immatérielle, autant qu'il sera humainement possible, et en tout cas en conservera et en transmettra la mémoire.

Si je reprends le cas d'Ouessant, que je ne connais que par la presse et l'image, et notamment par les déclarations de ses responsables, il me semble que le vrai problème n'est pas la perte d'une maison (qui peut être reconstruite à l'identique) et de son mobilier, mais bien celui de la prise en mains du patrimoine vivant de l'île par la communauté des habitants. L'écomusée-institution est une propriété publique placée sous la responsabilité de professionnels et soumise à la réglementation nationale des musées. Ne peut-on saisir cette occasion pour inventer un moyen de mettre dans le coup les habitants, ou du moins le plus grand nombre possible d'entre eux, pour en faire les véritables gardiens, animateurs et gérants de tout le patrimoine non-muséalisé, naturel et culturel, du territoire où ils vivent ?

Il ne s'agit pas ici de donner des leçons, mais de suggérer un type de démarche qui a très bien réussi en Bretagne pour le développement économique, social et culturel local dans les années 60 à 80 du siècle dernier et qui fonctionne encore dans des endroits comme le Mené (Côtes d'Armor).. Une tradition d'initiatives communautaires, qui invente des solutions et crée des coopérations. Pourquoi ne pas l'appliquer au patrimoine, ce capital encore vivant, dont l'importance pour les gens dépasse de loin l'attractivité touristique et la signification purement scientifique ? Je connais des pays où cela marche aussi très bien, dans des communautés moins "administrées" et bien vivantes.

 

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 10:40
Je viens de recevoir d’Etelca Ridolfo, présidente de l’Ecomuseo delle Acque di Gemona (Frioul, Italie) l’annonce d’une rencontre, le 19 décembre, à Gemona, du réseau des producteurs italiens de maïs appartenant à des variétés anciennes et naturellement en risque de disparaître à la suite de la domination des producteurs industriels de semences standard, comme Monsanto. Jusqu’ici la législation européenne interdisait de commercialiser ces semences "non autorisées", assurant ainsi leur disparition à court ou moyen terme. Une loi italienne du 19 novembre dernier sur la bio-diversité (https://www.politicheagricole.it/flex/cm/pages/ServeBLOB.php/L/IT/IDPagina/9458) rend maintenant possible les échanges commerciaux de semences traditionnelles. "C’est une révolution !" dit Etelca. "A Gemona, nous chercherons comment entrer sur le marché sans se laisser prendre dans les mailles du filet des grands semenciers. Nous mettrons à profit l’expérience du Pan di Sorc pour créer de nouvelles opportunités économiques pour nos petits producteurs".
L’écomusée de Gemona est en effet tout à fait légitime pour s’occuper de cette question, avec son partenaire habituel, la grande organisation Slow Food, dont le siège est à Turin mais qui est représentée dans toutes les régions d’Italie. Le programme Pan di Sorc (un pain de maïs traditionnel) (http://www.pandisorc.it) a montré comment un écomusée pouvait réussir, sur son propre territoire et avec ses propres moyens, à créer une véritable filière agricole, artisanale et commerciale viable, qui part d’un maïs de montagne, le cinquantino, développé selon les normes biologiques par de petits agriculteurs, passe par le maintien en activité de moulins et de familles de meuniers, puis par l’engagement de boulangers artisanaux qui produisent de façon traditionnelle le pan di sorc et d’autres aliments à base de ce maïs (comme une polenta spéciale) et enfin par la promotion et la commercialisation locales et régionales.
Il existe bien d’autres exemples de l’efficacité des écomusées pour la sauvegarde d’espèces agricoles et de races animales menacées de disparition, dans des conditions que je qualifie "de filière", c’est à dire qui ne se contentent pas de protéger un élément parce qu’il est traditionnel, mais qui lui rendent une signification économique et le font contribuer au développement du territoire. Seulement pour donner quelques exemples que je connais personnellement (mais chacun pourra ajouter ses propres témoignages), je citerai le verger conservatoire de l’écomusée du Perche (France), le sauvetage de la Pecora nera par l’écomusée de Vale Stura (Piémont, Italie), la renaissance de la poule "coucou" de Rennes par l’écomusée du Pays de Rennes (Bretagne, France). Certes, les mêmes efforts sont faits par d’autres structures, institutions publiques ou associations, mais l’écomusée est mieux armé pour réussir l’intégration économique de ces productions à forte valeur ajoutée écologique, culturelle et sociale. Il peut organiser et contrôler toute la filière, il assure la mobilisation et la participation de la population et des porteurs de la mémoire et des savoirs techniques et pratiques nécessaires, il garantit la qualité à toutes les étapes de la filière. Peut-être aussi sera-t-il à même d’aider à adapter localement ces espèces et ces productions aux conséquences des changements climatiques, aux nouvelles formes d’énergie et aux difficultés croissantes de la ressource en eau.
Bonne chance à la réunion de Gemona, bon courage aux petits agriculteurs italiens qui vont montrer leur volonté de défendre une agriculture différente, à la fois ancienne et moderne.
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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:33

Depuis que des écomusées italiens (et parfois des universités ou d'autres institutions liées au patrimoine de ce pays) me font l'honneur de m'inviter et de m'ouvrir leurs territoires et leurs projets, j'ai découvert l'importance du paysage, comme patrimoine, mais aussi du patrimoine comme paysage.

Comme tout le monde, j'aime regarder un beau paysage, ou bien je suis frappé par un paysage intéressant (industriel ou minier par exemple), ou encore je déplore des changements qui enlaidissent un paysage auquel je suis habitué. C'était donc une attitude au premier degré, d'ordre purement affectif et esthétique.

En Italie, j'ai découvert la "Convention européenne du paysage" (Florence, 2000) qui dit, à son article 1 :

«Paysage» désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations...

Pour moi, le paysage est devenu autre chose, une composante de la culture vivante de la population du territoire et non un point de vue "touristique". Dans un monde où, comme le disait Jean Blanc, l'un des inventeurs des parcs nationaux français, il n'y a pas un mètre carré de sol qui n'ait été transformé directement ou indirectement par l'action humaine, le paysage est nécessairement le résultat de l'interaction entre l'homme et la nature. C'est encore plus évident en ces jours de débats dans la COP21 qui tentent de remédier aux conséquences des comportements humains sur notre planète commune et donc sur nos territoires et nos paysages.

Une première conséquence est de faire du paysage un tout qui englobe la totalité des éléments du patrimoine matériel d'un territoire, du moins dans la mesure où ils sont perçus comme tels par la population (la communauté dans son ensemble).

Cela implique, me semble-t-il, que ces éléments de patrimoine n'ont de sens que solidairement, par leur appartenance à un paysage. Cela va à l'encontre de la notion de protection de monuments ou sites isolés de leur contexte, en raison de facteurs indépendants de la population, du territoire et du reste du patrimoine.

La notion de perception par la population exige aussi que celle-ci ait conscience à la fois du paysage dans sa globalité et de ses composantes dans leurs individualités. Et "conscience" signifie que la population (et chacun ses membres, à titre individuel comme à titre collectif, possède une capacité de regard, un sens critique, une pleine possession de sa culture vivante.

Mais, dans tout cela, que devient le patrimoine dit immatériel ? On ne peut pas toujours le voir, ou le toucher, précisément parce qu'il est intangible. Ne serait-il donc pas inclus dans le paysage ? Je pense que oui, car j'ai toujours dit qu'il n'y avait pas plus de patrimoine purement immatériel que de patrimoine purement matériel. De plus, on sait maintenant que tout paysage tient compte des patrimoine sonores et olfactifs, qui sont des données immatérielles et cependant bien réelles dans notre environnement.

Alors, paysage et patrimoine sont-ils deux mots pour exprimer la même réalité ? Je crois qu'ils sont deux manières de percevoir la même réalité : le paysage est un tout que l'on perçoit comme tel ; le patrimoine est un ensemble composé d'une multitude d'éléments que l'on perçoit isolément ou par associations de proximité, thématiques, spirituelles, affectives, esthétiques, etc. Chacun de nous peut être plus sensible à certaines parties du patrimoine commun qu'à d'autres, tout en partageant avec les autres membres de la communauté la jouissance du paysage.

Mais les italiens ont été plus loin : ils ont suggéré à l'ICOM (Conseil international des musées), qui doit tenir sa prochaine conférence générale trisannuelle à Milan en 2016, de choisir comme thème central de cette rencontre mondiale "Musées et paysages culturels". On voit bien que l'Italie, pour ses habitants et pour beaucoup d'entre nous, est perçue d'abord comme un paysage et que ce paysage est le résultat de siècles d'action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations...

Ce que l'on essaye de nous dire, c'est que le musée, en tant qu'institution patrimoniale, doit élargir son champ d'action et s'ouvrir à tout le paysage auquel il appartient, c'est à dire à son territoire et à la totalité du patrimoine qui l'entoure. L'Italie montre la voie depuis longtemps : ses musées "civiques" sont souvent dédiés en priorité aux artistes et à l'histoire de leur province, elle a inventé le "musée diffus" et de nombreuses régions ont favorisé l'éclosion d'écomusées, dont beaucoup sont appelés "du paysage", mais qui tous se rattachent clairement à la définition de la convention de Florence, au point de célébrer eux-mêmes chaque année une "Journée du Paysage".

On peut se demander si les musées, qui suivent majoritairement une définition et un mode de fonctionnement très classiques, qui sont des espaces de conservation de fragments de patrimoine soigneusement séparés de leur contexte (donc de leur paysage), sont prêts à changer aussi radicalement d'objectifs et de méthodes. Les débats de la conférence de Milan et les comportements ultérieurs des muséologues du monde entier répondront à cette question.

Cela d'autant plus que deux phénomènes peuvent faire obstacle à une telle "prise de pouvoir" du musée sur le patrimoine et sur le paysage de son territoire :

- d'une part la multiplication des musées sur un même territoire, surtout dans les pays de longue tradition muséale, et la multiplicité des mesures et des institutions non-muséologiques de protection du patrimoine et du paysage,

- d'autre part la relation de plus en plus étroite qui lie beaucoup de musées aux politiques et à l'industrie du tourisme, ce qui tend à éloigner le patrimoine de la communauté, donc du paysage au sens de la convention de Florence, puisque c'est la perception de l'étranger, du touriste, qui définit le patrimoine.

Je me souviens qu'en 1964, lorsque fut créé l'ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites), quelques voix s'étaient élevées pour défendre l’idée d'une organisation unique des professionnels du patrimoine. Mais il était déjà trop tard, le patrimoine fut clairement divisé entre conservation des collections et conservation des monuments, entre muséologues et architectes. Et les motivations des uns et des autres n'ont pas changé : il s'agit bien de conserver et non pas de faire vivre le patrimoine tel qu'il est défini par ses meilleurs professionnels.

Alors, revenons à la convention de Florence : pour elle, il est clair que le paysage (donc le patrimoine) et le territoire sont des sujets vivants, évolutifs, qui continuent sans cesse de résulter des interrelations entre l'homme et son environnement, entre le culturel et le naturel.

Au fond, je me retrouve, avec un certain étonnement, en présence d'une logique qui est celle de cette COP21 qui agite tellement nos politiques, nos scientifiques et nos journalistes : soit nous consommons notre héritage fossile ou fossilisé, soit nous privilégions une gestion dynamique et soutenable de notre patrimoine naturel et culturel en création continue. Milan sera le point de rencontre entre conservateurs et développeurs qui devront répondre à une seule question: quel paysage voulons-nous pour nos descendants ?

Les écomusées et les musées communautaires, les musées diffus, qui tentent de répondre à cette question depuis vingt, trente ou quarante ans sur leurs territoires, ont beaucoup à apporter. On ne peut qu'espérer qu'ils soient à la hauteur de ce défi et qu'ils soient écoutés !

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 10:51

Au Brésil se tient actuellement le "Printemps des Musées", qui est l'occasion de nombreuses manifestations. J'ai noté plus particulièrement certaines activités qui se développement dans l'état de Pernambouc (capitale Recife), dont je retrouve des échos dans les nouvelles publiées par Alexandre Gomes sur le groupe Facebook du Rede Cearense de Museus Comunitários, le réseau des musées communautaires des Musées du Ceará, un des meilleurs outils d'information sur l'innovation muséologique au Brésil. Ce que j'ai relevé se rapporte à l'explosion du dynamisme et du nombre des musées indigènes au Brésil, dont j'avais déjà été témoins lors de ma dernière visite dans ce pays.

 

Je me permets donc de traduire et de reproduire ici quelques informations qui peuvent intéresser, au delà du Brésil, tous ceux pour qui le patrimoine des peuples autochtones doit être géré par les autochtones eux-mêmes. (et pardon pour la traduction approximative !)

 

  1. Extraits d'un document introductif à un ensemble de manifestations qui se tiennent du 21 au 25 septembre à l'Université Fédérale de Pernambouc, à Recife, sur "Histoires symboliques de la culture et du travail des indiens en Pernambouc"

     

Le thème Musées et Mémoires indigènes nous incite à une réflexion sur la diversité socio-culturelle des plus de 200 peuples indigènes qui vivent dans notre pays, qui représentent un des principaux patrimoines existant sur le territoire national. [...]

Les composantes majeures de la construction de l'identité nationale que sont les traditions et la cosmogonie des peuples qui habitaient le territoire avant même la création du Brésil, ont été documentés par l'archéologie, l'histoire, l'anthropologie et la linguistique, dont les résultats ont été présentés dans différentes institutions muséologiques de notre pays et à l'extérieur. Pendant de nombreuses années, la manière de les montrer les situait comme appartenant au passé; on n'envisageait pas qu'ils puissent avoir un futur,, en raison du contact toujours plus étroit avec les autres éléments de la société nationale. Pourtant, à l'inverse de cette attente, les indiens sont bien là, présents dans le quotidien du pays, avec leurs savoirs, leurs cultures, langues, mythes, rituels, musiques. Dans leurs constants efforts d'actualisation et d'enrichissement, les musées historiques et ethnographiques se sont vus obligés à renouveler leur regard et leur message concernant ces peuples et leurs patrimoines culturels. Abandonner les conceptions stéréotypées et contribuer à la défense des droits des indigènes figurent maintenant au programme de ces institutions, qui font de la lutte contre les préjugés un axe central de leurs discours.

Dans ce processus de transformation, les institutions muséales en sont venues à incorporer des représentants indigènes dans dans leurs programmes de travail, de manière à les faire intervenir dans la construction de leur propre image. [...]

Bien plus, de nombreuses ethnies, au Brésil, construisent aujourd'hui, ou se préparent à construire leurs propres musées, comme un moyen de s'approprier le discours sur soi-même. Cet effort est appuyé par le Ministère de la culture, l'Institut brésilien des musées, le Musée de l'Indien (Fondation nationale de l'Indien), des services culturels des états et des municipalités, et des organisations non-gouvernementales. Nous pouvons citer, comme exemples d'institutions qui contribuent à redéfinir le concept même de musée et à mettre en évidence l'importance de la diversité socio-culturelle et de la promotion du dialogue interculturel: le musée Maguta des Ticunas, à Benjamin Constant, le musée Kuahi des Palikur, Karipuna, Galibi et Galibi Marworno à Oiapoque, le musée des Kanindé en Aratuba, entre autres. Plus qu'un lieu de préservation de la mémoire et de la formation de chercheurs indigènes, ces musées apparaissent comme faisant partie d'une stratégie efficace d'insertion de leurs populations dans le monde contemporain.

Le partenariat établi avec les indigènes est une des plus importantes initiatives pour la construction d'une société inclusive et démocratique. La préservation, l'exposition et l'étude de ce riche patrimoine culturel, qui aident à déconstruire les préjugés, sont aujourd'hui des thèmes présents dans les demandes de diverses ethnies, à côté de sujets comme la santé, l'éducation et la protection de l'environnement et des territoires. Et, dans ce contexte, les musées peuvent et doivent être des alliés de grande valeur. [...]

Museu do Índio/ Fundação Nacional do Índio et Instituto Brasileiro de Museus

 

  1. Une première rencontre de formation en muséologie pour les peuples indigènes s'est tenue à Pernambouc, en juin 2015, avec une cinquantaine de participants

 

  1. Le Réseau indigène de mémoire et de muséologie sociale au Brésil est très présent sur Facebook. Il dispose de délégations dans les différents états.

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 10:47

Je viens de rentrer d'un bref séjour de travail à Cervia, ville du sel et grande cité balnéaire, près de Ravenne, sur l'Adriatique. Je l'avais déjà visité deux fois, mais toujours "en passant" et je n'avais pas vraiment approfondi ma connaissance de la ville et surtout de ses habitants et de son patrimoine qui est fait certes de sel et de plages, mais aussi de bien d'autres choses: une ville idéale (la Città Nuova) conçue et construite à la fin du 17° siècle par un technocrate pontifical pour les ouvriers de la saline, une cité jardin (Milano Marittima) conçue et lancée au début du siècle dernier par un artiste milanais pour la bourgeoisie de cette ville, un réseau de canaux, des quartiers nouveaux planifiés par des urbanistes après la 2° guerre mondiale, un ensemble de colonies de vacances issues de la politique sociale du Fascisme et des services sociaux des villes italiennes des années 50, etc. Et bien sûr la saline et les installations qui en dépendent, et 9 km de plages aménagées pour les 4 millions de touristes qui viennent chaque année à Cervia.

Pour la première fois je rencontrais un écomusée dans une ville à la fois industrielle (le sel) et touristique (la plage): l'Ecomuseo del Sale e del Mare di Cervia. Je ne raconterai pas ici tout ce que j'y ai découvert, mais seulement trois expériences qui méritent d'être partagées, même si deux d'entre elles ne sont qu'éphémères.

Un groupe de facilitatori (facilitateurs) - des citoyens volontaires, majoritairement des femmes, d'origines très diverses et de tous âges, qui se mettent au service de l'écomusée de Cervia, pour être des médiateurs entre lui et la population. Motivés, enthousiastes, ils ont été formés au cours de sept sessions entre décembre 2014 et mai 2015, en particulier par des écomuséo-logues venus d'autres régions d'Italie et par quelques universitaires. Le vendredi 29 mai ils ont reçu leur certificat de qualification. Le Maire de Cervia, en les leur remettant, leur a donné une lettre par laquelle il leur demande de lui soumettre en septembre prochain des propositions de parcours de valorisation du patrimoine et d'implication de la communauté. L'écomusée dispose ainsi d'une force de mobilisation et d'animation qui devrait faire d'une institution municipale une véritable émanation de la communauté des habitants. Il sera intéressant de suivre son évolution dans le temps.

Ti racconto una cosa (Je te raconte une chose) - 80 habitants ont apporté dans une salle des grands entrepôts de la saline, des objets de leur vie quotidienne qui leurs paraissaient importants pour eux et avoir un rapport avec leur ville, son présent et son passé: bicyclettes, coquillages, sièges, photos, coupures de presse, poêle à frire, etc. etc., chaque objet étant accompagné d'une courte histoire et de l'explication du choix. Au centre, un arbre en carton est recouvert de fleurs en papier portant des mots ou des phrases évoquant la ville, de la part d'habitants, les mêmes ou d'autres. Un catalogue comprend les photos des objets et le texte des fiches qui les accompagnent. L'exposition ne dure que deux semaines (15 mai-2 juin) et les objets seront rendus à leurs propriétaires.

Le paysage vu et inventé par les enfants - dans la salle voisine, est présenté un programme pédagogique mené pendant toute l'année dernière avec des enfants de trois niveaux d'âge, maternelle, primaire et début de secondaire de nombreuses écoles de la ville. Ils avaient travaillé sur la notion de paysage, à partir de photos (même des enfants de 3 ans avaient été munis d'appareils) et de la collecte d'objets, surtout naturels, sable, pierres, coquillages, morceaux de bois, herbes ou fleurs, avec lesquels ils réalisaient des micro-paysages imaginaires, en réalité de véritables œuvres d'art reflétant leur sensibilité à l'environnement et à la nature.

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 17:05

Sur la télé française (France 2), j'ai vu il y a quelques jours une courte séquence, très belle sur le site birman de Pagan (ou Bagan), un des plus grands ensembles de sanctuaires de l'histoire de l'humanité. Je ne les connaissais que par mes études d’histoire de l'art, mais je sais (et l'émission était très claire à ce sujet) que ces temples, ou du moins certains d'entre eux, sont encore vivants et représentent pour la population birmane un lieu de culte et de pèlerinage très important.

Or, on nous dit que "enfin", le gouvernement a accepté de faire inscrire le site au patrimoine mondial de l'Unesco, ce qui va permettre de développer "enfin" un tourisme de masse, indispensable au développement économique du pays.

Malheureusement, nous savons ce qui va arriver, avec la bénédiction de l'Unesco: le site sera "aménagé" pour l'accueil des touristes, ce qui implique des infrastructures de transport, d'hôtellerie, d'accessibilité, l'implantation de commerces, etc. Ce qui s'est passé à Borobudur (Indonésie) et dans bien d'autres sites de cette importance va se reproduire: les paysans seront chassés hors du périmètre visitable, ou transformés en serveurs de restaurant , femmes de chambres d'hôtels, vendeurs de boutiques de souvenirs, éventuellement mendiants, et tout l'environnement sera nettoyé, sécurisé, pour le plus grand profit des tour-opérateurs du monde entier.

J'espère me tromper, mais il y a trop d'exemples de ces catastrophes. Il faut cesser d'afficher le discours sur le tourisme culturel. Laissons les gens vivre et évoluer à leur rythme, sans leur imposer des changements aussi violents et si éloignés de leurs pratiques et de leur culture vivante.

Alors n'allez pas à Pagan, regardez les photos.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 09:53

C'est un problème de plus en plus répandu et urgent. Après l'explosion muséologique de la fin du 20° siècle, arrive la crise des petits musées. Les collectivités n'ont plus d'argent pour financer les musées locaux qui ont souvent été créés par l'initiative privée de personnes ou de groupes poussés par la passion du patrimoine. De nombreux musées ferment ou vont fermer. Mais ils ont accumulé des collections, souvent importantes, quantitativement et qualitativement.  Que peut-on en faire ? Fermer la porte et donner la clef au maire ? vendre tout dans une brocante ou aux enchères ? transférer la collection dans le musée régional le plus proche ? distribuer les objets à la population ? sélectionner les pièces les plus importantes pour les mettre à l'abri dans un lieu public, mais sur quels critères (esthétique, scientifique, de rareté, sentimentaux...) ?

 

Deux muséologues bien connus se sont emparés du problème et ont voulu lui apporter un début de solution, ou du moins proposer un processus participatif de décision. Il s'agit de la fondation créée par Peter Van Mensch et Léontine Meijer-Van Mensch. Peter est un des professeurs éminents de muséologie de la Reinwardt Academie d'Amsterdam, dont le master donne un enseignement innovant et créatif à des étudiants du monde entier.

 

Je publie si-dessous un court texte en anglais que je reprends du site web créé par par Peter et Léontine pour leur Stichting Onterfd Goed (SOG). Le site lui-même est en néerlandais, mais il est toujours possible de contacter ses responsables en anglais. Je donne également l'adresse du Blog de Claudia Porto qui fournit plus d'explications en portugais.



http://www.onterfdgoed.nl/?page_id=1916
http://www.menschmuseology.com/wordpress/wp-content/uploads/2013/06/SOG.pdf 

http://claudiaporto.wordpress.com/2014/02/23/holanda-cria-solucao-para-bens-de-museus-fechados/

Stichting Onterfd Goed (SOG) = Foundation of Disinherited Goods
The SOG was established in 2012 by three entrepreneurs who see an opportunity to use ‘orphaned’ museum collections (objects left to abandonment at the sudden closure of a museum) to generate public and governmental awareness about the consequences  heavy budget cuts have on sectors such as cultural heritage. Specifically, the SOG wishes to better communicate the value of heritage in society by hosting public debates and other activities which may draw the attention of the media.
In addition to creating awareness, the SOG also promotes the practice of re-examining collection policies of institutions to ensure they are in accordance with current museological practices. Especially now, in times of economic crisis, these policies and standards are put under pressure raising arduous questions, such as: “Who will continue to govern and finance the museum sector? Museums, the government, the public…?”
Thus, as a core function, the SOG specializes in the dismantling of museum collections following the directives and/or recommendations of the Dutch LAMO Guidelines for the Deaccessioning of Museum Objects and the ICOM International Code of Ethics, when applicable. This procedure encompasses thorough research and collaborative work with external experts to determine which, if any, objects are of significant to Dutch heritage. If such items are found, they are preserved in heritage institutions, when possible. However, the remaining items will be put up for public adoption or recycled by artist, students and researchers.     
In sum, the SOG wishes to de-collect these orphaned collections in a responsible and professional manner and provide support to heritage institutions facing rapid closure due to lack of finances. They also wish to provide proactive support to those trying to avoid such a fate by acting as advisors on de-accessioning and disposal matters and developing (a series of) publications with instructive proposals.
Léontine Meijer-van Mensch/Peter van Mensch

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 09:15

Depuis de nombreuses années, et suite à ce que j'ai appris il y a quarante ans de la politique de l'Inde en matière de "cottage industries, j'ai défendu l'idée que l'artisanat traditionnel ne pouvait survivre que s'il se confrontait aux besoins et aux goûts contemporains, et aussi aux techniques et aux matériaux nouveaux. J'avoue ne pas avoir eu beaucoup de succès, surtout quand j'ai essayé de promouvoir la commercialisation en France de productions artisanales portugaises dans les années 80.

 

Mais je viens de regrouper trois expériences, dont je connais réellement seulement deux, qui confirment cette opinion. Voci ces trois textes que je laisse dans leur formulation originale, deux en français, un en portugais, avec une petite introduction de moi (en italique), pour la replacer dans son contexte.

 

_________________________

 

J'ai trouvé cette information dans le dernier numéro de la Lettre de Mairie-Conseils, un organisme français d'aide aux communes rurales pour leur développement. Le territoire concerné, relativement isolé dans la montagne du Jura, possède un patrimoine essentiellement immatériel. Les productions locales sont largement inadaptées aux besoins de la société de consommation.

 

2014 -  Stimuler l'artisanat d'art : une intercommunalité s'implique
 
Animé par la communauté de communes Haut-Jura - Saint-Claude (28 communes, 24459 habitants), le dispositif «Design-moi un artisan», propose à un groupe d'artisans de travailler avec un designer pour créer des objets innovants qui seront commercialisés.
La démarche «Design-moi un artisan» a été suggérée par quelques artisans. Réunis dans l'Atelier des savoir-faire, une régie autonome de la communauté de communes Haut-Jura Saint-Claude, ils ont fait appel à des designers et autres professionnels pour les aider à concevoir un prototype innovant et commercialisable. Des formations de deux à trois jours sur une période de dix mois ont été organisées. L'opération est financée par la communauté de communes, les régions Franche-Comté et Rhône-Alpes, par l'intermédiaire du Parc naturel régional du Haut-Jura et la chambre de métiers et de l'artisanat de Franche-Comté.
La première session a eu lieu en 2010, la seconde s'est achevée en 2013, avec le soutien des élus et des artisans impliqués dans l'Atelier des savoir-faire. Un appel à candidatures a été transmis aux réseaux locaux et régionaux du grand Est de l'artisanat d'art, pour sélectionner dix artisans de divers domaines (ferronnier, fileuse de laine, chapelière, styliste, coutelier...]. Ce groupe, réuni à l'Atelier des savoir-faire, a travaillé au cours de séances mêlant théorie et pratique, sous la houlette de trois experts qui avaient pris soin de réfléchir à la complémentarité de leurs approches. Six jours ont été consacrés au design, cinq au marketing et quatre à la créativité. La dynamique de groupe, très stimulante et créative, a été particulièrement appréciée. À la fin du programme, le prototype de chaque artisan est exposé à l'Atelier des savoir-faire, d'octobre 2013 à juin 2014. Suite à la première édition, huit des onze artisans accompagnés ont commercialisé leurs créations, réalisant ainsi jusqu'à 15 à 20% de leur chiffre d'affaires. Certains artisans ont sous-traité une partie de leur production à des entreprises locales. Ils se transmettent encore aujourd'hui des informations et des contacts utiles et sont repartis avec une réserve d'idées à développer. Avant d'envisager une troisième édition, il conviendra d'évaluer l'impact économique de l'opération.
D'après l'article de Lucile Vilboux, Village-L'Acteur Rural, pour la rubrique Expériences du site www.mairieconseils.net
 www.atelierdessavoirfaire.fr 

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La société Itaipu Bi-nacional qui gère le barrage d'Itaipu, à la frontière du Brésil, du Paraguay et de l'Argentine, a lancé des projets de développement écologique et culturel à l'intention des populations des territoires impactés par le barrage et par les rivières Iguaçu et Parana.  Prmi ses initiatives, le projet Ñandeva, un atelier-école qui vise à la promotion des artisans, à leur formation et à la commercialisation de leurs créations. J'ai visité Ñandeva il y a trois ans et ai été impressionné par l'originalité et l'efficacité de ce programme. Ici j'ai retiré du site web d'Itaipu Binacinal la description d'une action particulière: l'intervention d'un designer italien destinée à changer le regard et les pratiques créatives des artisans traditionneles du territoire.

2006 - Estilista da Ferrari apresenta desenhos que retratam as Três Fronteiras

Um dos designers responsáveis pela criação da coleção de produtos para motociclismo da Ferrari, Giulio Vinaccia, apresenta nesta segunda-feira (04), às 18 horas, no Parque Tecnológico Itaipu (PTI) a primeira parte dos 450 desenhos estilizados que produziu para retratar a região das Três Fronteiras (Brasil, Paraguai e Argentina) a pedido do PTI. Os trabalhos serão mostrados durante a realização da 1ª Oficina de Iconografia do Programa Trinacional  de Desenho Artesanal Ñandeva, que será realizada de 4 a 9 de dezembro, na sede do PTI.
 Promovida com o apoio da Finep e Sebrae/PR, a Oficina de Iconografia reunirá cerca de 60 artesãos e 10 designers do Brasil, Paraguai e Argentina. Durante uma semana eles vão conhecer e aprender como aplicar os símbolos criados por Vinaccia especialmente para a região trinacional. A proposta é produzir, durante a oficina, os primeiros protótipos da coleção Ñandeva de artesanato que, a partir de abril de 2007, será comercializada no Centro do Artesanato de Foz do Iguaçu.
 Para a coleção Ñandeva, Vinaccia criou símbolos que valorizam a identidade cultural da região. “A tendência é que os produtos artesanais representem a cultura da região. As peças têm que contar a história do local onde ela foi fabricada”, explicou o desenhista.
 Além dos participantes da oficina, a pesquisa com os símbolos da região estará disponível para utilização de outros artesãos e da sociedade em geral. A idéia é difundir as imagens para que elas se tornem um referencial da região. Para isso, serão confeccionados manuais com informações sobre a aplicação da iconografia em produtos artesanais e outros materiais. As peças que se adequarem aos critérios estabelecidos poderão, inclusive, integrar a coleção Ñandeva.

www.nandeva.org/pt-br


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Ceci est la présentation d'un programme canadien auquel j'ai participé il y a une dizaine d'années, piloté par le département de design de  l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), en coopération avec plusieurs communautés autochtones. Des sessions de formation étaient organisées dans les communautés pour amener des artisans volontaires à abandonner progressivement leurs productions touristiques répétitives au profit de créations originales mettant en valeur leurs traditions culturelles, les matérieux naturels disponibles, leurs savoir-faire et la créativité propre de chacun.

 

2003-2008 - ARUC Design et cultures matérielles - Développement communautaire et cultures autochtones

La situation dramatique qui a actuellement cours dans nombreuses communautés autochtones oblige à chercher des moyens de remédier à ce désastre et à prendre actions, dans les plus brefs délais. Il suffit de mentionner les taux de chômage et de suicide anormalement élevés dans ces sociétés, phénomène morbide atteignant particulièrement les jeunes dans des proportions alarmantes. De même, les événements récents entourant les revendications territoriales et les négociations d'ententes au niveau politique se heurtent à la méconnaissance et, par là, l'incompréhension des réalités qui sont en cause. L'ensemble des acquisitions, des partages de connaissances et les actions concrètes que nous proposons visent à favoriser, par le biais de la culture, une meilleure appréciation mutuelle.
Ce projet ARUC concerne les peuples autochtones, le développement durable, la culture et l'identité, et les relations interculturelles. Il poursuit des objectifs généraux qui seront autant de retombées positives pour les partenaires communautaires, pour le développement des connaissances scientifiques et la société en général. À savoir :
• la valorisation des cultures autochtones auprès des Euro-Québécois et ce en favorisant une meilleure compréhension de ces cultures;
• la valorisation des jeunes autochtones aux prises avec des problèmes d'identité par le biais de la transmission de la connaissance en regard de leur culture matérielle traditionnelle; et, par le biais de la création, l'utilisation de la création en design comme vecteur de connaissances des cultures autochtones;
• la génération de connaissances pour l'enseignement et la pratique du design contemporain, puisées dans la philosophie des pratiques de design des sociétés autochtones traditionnelles, desquelles nous avons beaucoup à apprendre; 
• l'élargissement des connaissances en regard des pratiques de design des peuples nomades, par le biais du développement d'un modèle théorique, construit à même les particularités de leur culture matérielle;
• et enfin, la poursuite de la recherche appliquée dans le but de produire des moyens concrets de promouvoir les rencontres, car elles seules permettent d'abolir les préjugés.
Nous allons aborder ces questions dans une perspective sociale globale, tout en concentrant nos actions sur les communautés locales et, par le biais d'actions culturelles, contribuer au développement communautaire dans le contexte propre aux Premières Nations du Canada.
elisabeth_kaine@uqac.ca

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 12:26

Je trouve dans le Monde un article tout à fait troublant. Il s'agit de la momie particulièrement bien conservée d'une petite fille de 9 ans et demi, d'époque pré-colombienne, découvert en Colombie à une date imprécise, dans une grotte, sans autre renseignement, et qui se trouve dans les collections du Museum d'histoire naturelle de Toulouse. Le médecin légiste qui l'a examinée a été si bouleversé par cette expérience qu'il en a rendu compte dans cet article. Je reproduis ci-dessous la fin de son texte, qui me semble d'autant plus intéressant qu'il vient d'un non-spécialiste du patrimoine.

 

Extrait de "Réflexions anthropologiques...  au détour d'une rencontre", par le Dr Fabrice Dedouit, médecin légiste au service de médecine légale de l'hopital de Rangueil à Toulouse et chercheur à l'Université Paul Sabatier. Le Monde, supplément Sciences et médecine, 9 octobre 2013.

"...Et maintenant, que faut-il faire ? Faut-il la rendre à la Colombie? Ce pays a-t-il maintenant les ressources humaines, financières et techniques pour permettre de conserver au mieux cette enfant qui a quitté son pays depuis si longtemps ? Personnellement, je pense que cette question, qui rejoint l'éthique de l'archéologie et des fouilles, est primordiale. Si elle l'est pour les éléments inertes que sont les objets décoratifs, les tableaux, les parements, les parures, les bijoux... elle l'est encore plus, me semble-t-il, pour des restes humains.
Le fait que cette enfant ait respiré, parlé, ri, pensé, appris, joué me donne encore plus l'impression qu'elle a droit au respect. Il est clair que la préservation exceptionnelle de son intégrité physique si troublante est à l'origine de ces questionnements. Dans tous les cas, cette question pose débat au sein de la communauté scientifique, et, bien au-delà, au sein de la communauté politique.
Cette communauté politique n'est pas celle d'un pays isolé, mais celle de tous les pays qui ont, à un moment de leur histoire, été colonisés par des individus souvent convaincus d'avoir tout compris ou presque, et dont certains ont dépouillé des civilisations entières. Ces pays prennent conscience de l'hémorragie dont ils ont été victimes à une époque plus ou moins lointaine. Beaucoup sont maintenant aptes à retrouver ces fragments d'histoire et de culture perdus pour eux-mêmes, mais la plupart du temps pas pour le grand public, qui aura pu entre temps admirer les pièces et les individus dans les grands musées, pour la plupart occidentaux.
Ce problème est réellement complexe. Personne n'a la ou les bonnes réponses. Le plus important à mon sens étant déjà, avant d'aller plus loin, de poser les bonnes questions..."

 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 15:44

Je trouve dans le dernier numéro de la Lettre "En direct" de Mairie-Conseils, un petit article qui me semble de nature à intéresser tous ceux qui s'intéressent à l'inventaire du patrimoine local et à l'utilisation des techniques d'information. En effet, jusqu'à présent, les gens des écomusées organisent leurs propres inventaires participatifs et certains utilisent des sites et des méthodes de type Wikipedia pour permettre aux citoyens de contribuer en ligne à l'inventaire de leur territoire. Ici, dans le cas de Brocas, il s'agit d'un programme global de la municipalité qui intègre le patrimoie des gens dans l'ensemble des données accessibles librement sur un site communal. Voici ce texte:

 

Engagée dans une démarche d'ouverture de ses données depuis 2011, la commune de Brocas a mobilisé ses habitants pour produire et exploiter toutes sortes d'informations locales.
Jean-Christophe Élineau est conseiller municipal en charge de la communication et de l'innovation numérique de la commune de Brocas (800 habitants). Il est également un informaticien actif dans la communauté du logiciel libre. Lorsqu'il propose au maire d'entreprendre une démarche d'ouverture des données, celui-ci y voit l'occasion d'offrir un libre accès à la documentation patrimoniale liée au riche passé industriel du territoire et aux éléments clés de la vie communale. En 2011, le conseiller municipal expérimente des solutions techniques et crée une plate-forme de partage de données pour publier les documents immédiatement disponibles : comptes-rendus des conseils municipaux, images d'événements. Par la suite, la commune optera pour une publication de ses données sur le portail du département voisin de la Gironde, qui offre des services plus poussés pour la standardisation des formats. L'élu a ensuite travaillé avec les services municipaux pour accroître le type d'informations mises à disposition : financières, touristiques, scolaires, forestières...
Redécouverte du patrimoine communal par les habitants
L'initiative consistant à faire participer les habitants est née de la rencontre avec l'association LiberTic qui cherchait un territoire pilote en milieu rural pour modéliser une opération participative d'ouverture des données. Ainsi est organisée « l'Opération Libre » en avril 2013, les habitants de Brocas sont invités à découvrir pendant trois jours les principes de l'open data, proposer les contenus, partager leurs archives,
participer à des collectes de données et de prises de vues, analyser les données disponibles et enfin se former aux outils (Wikimedia commons, Openstreetmap, Wikipedia...].Une cinquantaine d'habitants y participent, alimentant la description de la commune grâce à des ateliers animés par l'association. L'organisation d'une «cartopartie» permet de cartographier le territoire communal dans l'outil Openstreetmap. Latelier Flore fait décou¬vrir la richesse de la biodiversité locale en identifiant et géolocalisant une centaine d'espèces botaniques. La photothèque s'enrichit de 150 vues aériennes réalisées en paramoteur avec l'autorisation de la base voisine.


D'après l'article de Sophie Daguin, L'œil à la page, pour la rubrique Expériences du site www.mairieconseils.net 


Contact : Commune de Brocas (Landes) - Tél. 05 58 51 40 68 - jean-christophe.elineau@brocas.fr


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