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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 10:06

Cela fait un an que la pandémie nous donne, où que nous soyons, beaucoup de difficultés, d'angoisses, de deuils. Mais, l'humanité étant résiliente et éminemment adaptable et évolutive, cette crise aura produit des effets positifs, en suscitant nombre d'inventions, notamment dans le domaine tant des institutions que de la vie quotidienne. J'ai déjà ici dit mon émerveillement devant la créativité des acteurs du développement local et en particulier de la gestion du patrimoine vivant. L’utilisation, imprévue mais très rapidement adoptée avec enthousiasme, des technologies de communication par internet, visioconférences, webinaires, Whatsapp et autres, a permis à des professionnels et à des militants, isolés sur leurs territoires et débordés de tâches, de partager leurs expériences concrètes et leurs idées utopiques ou politiques, en fonction de leurs situations réelles, mais aussi en s'ouvrant à des dialogues ou à des débats avec des interlocuteurs éloignés, parlant d'autres langues, dans d'autres contextes.

L'année 2020 a vu ainsi le succès des rencontres virtuelles du programme EU-LAC sur les musées communautaires en Amérique Latine, dans les Caraïbes et en Europe, la mise en œuvre d'un programme pluriannuel d'échanges entre les écomusées italiens et brésiliens, de très nombreux débats et confrontations de pratiques  lancés par des groupes locaux, mais largement diffusés par les réseaux sociaux et sur Youtube et aussi, dans notre domaine, par la plateforme DROPS, touchant ainsi des personnes éloignées, parfois inconnues des réseaux organisés et peu habituées aux réunions internationales.

Curieusement, alors que les organisations professionnelles nationales et internationales se bornaient à des discussions plus ou moins théoriques sur l'évolution et la modernisation de leurs pratiques traditionnelles, les acteurs du terrain s'éloignaient de plus en plus de ces pratiques et cherchaient à trouver ensemble des réponses aux problèmes posés par la vie quotidienne des communautés, des territoires et des patrimoines, sans a priori.

On aurait pu penser que les restrictions qui touchaient les déplacements et les relations sociales mèneraient rapidement à un certain découragement et que le flux des initiatives se tarirait. Il n'en a rien été, bien au contraire. Même si je suis, par mon âge et mon éloignement du terrain, moins touché par l'information, moins actif sur les réseaux sociaux et moins impliqué dans ces initiatives, je suis impressionné par la poursuite de ce mouvement spontané qui va probablement se poursuivre après la fin espérée de la pandémie, car les liens qui se sont créés ne se détendront pas.

C'est ainsi que la rencontre de deux chercheuses, l'une plus orientée vers le patrimoine et l'institution muséale - Manuelina Duarte, Université de Liège (Belgique) et Université fédérale de Goias (Brésil) -, l'autre qui considère le patrimoine à partir d'un point de vue de développement territorial - Giusy Pappalardo, Université de Catane (Sicile, Italie), appuyées par leurs universités respectives, a abouti au lancement d'un vaste programme de réflexion et d'échanges sur le thème général "Gens de musée en dialogue" et sous le titre "La Tour de Babel". Le but de cette série de onze webinaires qui se dérouleront en français, italien et anglais entre le 12 février et le 26 avril "est de creuser les intersections entre paysage et patrimoine, ouvrant la discussion vers divers échanges transnationaux et transdisciplinaires. L'idée du titre est liée à l'opportunité d'explorer différentes langues, domaines et jargons impliqués dans le domaine des musées, leurs relations avec les gens, leurs territoires, le développement local et la muséologie. La grande question derrière ce voyage est de savoir comment les gens s'identifient aux signes tangibles et intangibles de leur passé, afin de planifier un avenir plus juste et inclusif, en période de transition écologique et de changements sociétaux."

Tous les sujets proposés sont passionnants et liés à des problématiques sociales, économiques et politiques. Leur examen en commun devrait aboutir, non pas à des spéculations philosophiques, mais à la révélation de situations nouvelles et à des réalisations concrètes sur le terrain, que l'on peut espérer se développer à partir de coopérations et de collaborations entre des acteurs locaux de différents pays et leurs institutions

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Pour les détails d'organisation, voir  http://web.philo.ulg.ac.be/museologie/agenda/

Contacts:

babeltowerwebinars@gmail.combabeltowerwebinars@gmail.combabeltowerwebinars@gmail.com

Manuelina Duarte: mmduartecandido@uliege.be

Giusy Pappalardo: giusy.pappalardo@unict.it

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 11:36

Il y a quelques jours, la Fédération (française) des écomusées et musées de société (FEMS) a publié un communiqué de presse en solidarité avec les musées de France, pour réclamer la réouverture des musées, actuellement fermés pour cause de pandémie. On peut comprendre une telle démarche, surtout de la part des musées de société qui partagent avec les plus grands musées des soucis de collections, de manifestations (expositions), de publics. Mais on peut regretter que ce n'ait pas été l'occasion de rappeler que les écomusées, selon les principes actuellement agrou verontdmis dans la plupart des pays, portent sur des territoires, des populations et des patrimoines: les collections sont secondaires, les visiteurs extérieurs s'ajoutent seulement aux habitants qui sont les premiers acteurs du musée et le territoire comme le patrimoine qui s'y trouve sont en permanence accessibles et ne dépendent pas d'horaires d'ouverture.

Par conséquent, on ne voit pas pourquoi un écomusée serait "fermé", alors que son patrimoine reste vivant et disponible. La FEMS avait d'ailleurs, pendant le premier confinement, en mars-avril dernier, diffusé une liste très riche et très variée d'initiatives prises par ses membres pour démontrer comment leurs activités pouvaient continuer. Dans de nombreux pays il en a été de même ; on a même pu constater une créativité exceptionnelle et la naissance de réseaux de coopération.

On peut aussi penser que les habitants des territoires qui ont la chance de pouvoir disposer d'un écomusée, ou d'un musée communautaire, peuvent trouver dans l'offre de participation à la gestion et à la mise en valeur du patrimoine vivant qui leur est commun une manière de lutter contre la morosité, l'inactivité, le déficit de relations sociales qui résultent du confinement et des autres mesures de sécurité sanitaire.

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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 11:14

Que dire à mes amis, collègues et lecteurs pour la nouvelle année ? Qu’elle soit bonne et heureuse, naturellement. Qu’elle soit meilleure que la précédente, évidemment. Mais tout ça est bien banal et convenu, et ça ne sert pas à grand-chose.

Je préfère cette fois faire autrement, et vous inviter, tous et chacun, à deux démarches, d’abord rechercher dans l’année passée ce qu’elle a de positif ; ensuite prévoir de maintenir et de développer ces acquis constructifs.

 

Qu’ai-je noté de positif et de constructif dans cette année 2020 qui a été difficile, ou même dramatique pour beaucoup ?

- j’ai eu du temps et j’ai pris le temps pour faire des choses qui paraissaient impossibles auparavant : ranger et mettre en ordre, apprendre et plus ou moins maîtriser de nouvelles techniques, réfléchir à de nouvelles manières d’exprimer mes idées. Peut-être en avez-vous fait autant, pour être prêts à créer un nouveau désordre créatif en 2021 ?

- la stabilité des périodes de confinement, la réduction de mon périmètre d’activité m’ont obligé à regarder mieux et plus en détail mon cadre de vie et mes relations avec les autres ; mon territoire est plus petit, mais je peux le connaître mieux. Avez-vous en la même impression de calme et d’approfondissement, de redécouverte de la lenteur ?

- ma consommation, comme celle de bien d’autres, à changé, en quantité comme en qualité : un équilibre a commencé à s’établir entre une mondialisation souvent indispensable et porteuse de progrès, et une attention aux ressources et aux potentiels du voisinage, de l’échange. Les témoignages sur ces nouveaux comportements se multiplient et laissent espérer une contagion imaginative et créative.

- la permanence et la densité de l’information sous toutes ses formes, ses manifestations les plus douteuses et ses conséquences sur le moral et sur les réactions des gens ont aiguisé mon esprit critique et m’ont obligé à faire des choix dans les opinions émises et reçues, pour acquérir une certaine patience et un sens de la futilité du court terme. Manifestement, les abus constatés et leurs conséquences souvent dramatiques sont en train de faire comprendre les limites de la liberté d’expression.

- de très nombreux projets « hors les murs », utilisant soit l’espace libre dans les villes comme dans les campagnes ou dans la nature, soit des moyens techniques et ludiques de communication, à partir d’institutions telles que les musées, surtout ceux de type communautaire ; ces projets pouvaient être culturels, éducatifs, solidaires, sportifs… On retrouve la dynamique de l’initiative locale, surtout collective, comme réponse à la nécessité.

- la rencontre, certes virtuelle mais très vivante, de tant de gens passionnants et passionnés appartenant à mon environnement professionnel que je n’aurais jamais pu rencontrer dans le monde d’hier, parce que les moyens de voyager et de se rencontrer physiquement étaient si limités, pour eux comme pour moi.

Ce dernier point est certainement, à mon avis, le plus important pour beaucoup. Je me souviens du temps où je devais, par obligation professionnelle, organiser de nombreuses réunions chaque année, et participer à des quantités de rencontres organisées par d’autres, au plan national ou international. Toutes ces réunions étaient formelles et réservées à des privilégiés qui avaient le droit et les moyens de participer. L’année dernière, brusquement, les obstacles ont été levés, par d’innombrables initiatives spontanées, informelles ou formelles, ouvertes sur le grand large, qui attiraient et faisaient s’exprimer des personnes qui autrefois seraient restées isolées sur leur lieu de travail.

Je pense que nous pouvons tous, en fonction de notre situation et de la manière dont nous avons vécu ces mois imprévus et compliqués, faire cet inventaire de ce que nous avons gagné, intellectuellement, pratiquement, dans notre vie personnelle et professionnelle, et que nous aimerions conserver pour l’avenir.

 

Car il va falloir maintenant travailler pour que ces acquis soient durables, et même soutenables, qu’ils deviennent des facteurs de mieux-être et de mieux-faire. Il ne faudra pas essayer de revenir à des pratiques anciennes sous prétexte que « c’était mieux avant ». Il faudra aussi résister à la croissance à tout prix.

Et cela, je crois, de deux manières :

- faire reconnaître et généraliser non seulement les nouvelles méthodes et les actions innovantes, mais surtout les faire passer du provisoire et de l’expérimental au définitif, pour les amener progressivement à se substituer aux anciennes pratiques ;

- aider et accompagner tous ceux, individus, groupes ou institutions, qui auront souffert des changements professionnels, économiques et sociaux qu’ils n’auront pu maîtriser et auxquels ils n’auront pu s’adapter. Même si des milliards ont été dépensés, à juste titre et dans tous les pays, pour compenser autant que possible les pertes matérielles et morales subies du fait de la pandémie et de ses conséquences directes et indirectes, rien de remplacera jamais le rôle que chacun d’entre nous peut avoir pour aider nos semblables à vivre et à accepter les transformations qui s’imposent à nous tous.


En tout cas, très bonne année 2021 !

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 12:12

Le réseau des écomusées italiens et l'Association Brésilienne des Écomusées et musées communautaires (ABREMC), avec le soutien de la Plateforme internationale DROPS (https://sites.google.com/view/drops-platform), ont pris l'initiative de tenir, ces trois derniers mois, deux visio-conférences dans le but de formuler et d'adopter un programme commun de coopération entre les écomusées des deux pays. La rédaction d'une charte de principes et de valeurs communes et aussi propres à chaque réseau a donné une base à un plan d'actions décennal d'échanges d'informations et de personnes, de rencontres et de formations à distance, de projets de travail en commun. C'est la première fois, je crois que des responsables de musées de deux pays, en dehors de toute incitation ou de tout soutien de la part d'une institution publique, s'entendent sur une longue durée pour avancer ensemble dans l'expérimentation sociale et culturelle.

Voir: https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfwX-H2eUkuhgVqJCwIVawioLSKlCJhO-RgWlss2YpDrTUsmA/viewform

Cela a été rendu possible par plusieurs années d'échanges ponctuels qui ont créé des occasions de reconnaissance mutuelle, de communication au delà des différences linguistiques, de sympathies partagées. La visite de plusieurs membres de l'ABREMC à quelques écomusées italiens en 2011, la participation italienne au IV EIEMC de Belém en 2012, la venue d'une délégation brésilienne au Forum des écomusées et musées communautaires à Milan en 2016, un stage Erasmus d'une doctorante brésilienne dans les écomusées piémontais et d'autres participations croisées, tout cela a fait naître le désir d'étendre les relations à un nombre croissant d'écomusées et surtout de responsables de ces écomusées.

L'arrivée de la pandémie COVID 19 en cette année 2020, et la découverte des énormes possibilités offertes par les échanges visuels à distance, à travers Skype, Zoom, Meet, et autres, dont l’apprentissage était possible pour un minimum de connaissance technique, de temps et de coûts, a été le déclencheur d'un mouvement qui vient de se concrétiser par une charte et un programme d'action concertée.

On dépasse maintenant les classiques coopérations entre deux musées ou structures patrimoniales appartenant à des pays si possible parlant la même langue. Car brésiliens et italiens, même s'ils parlent deux langues d'origine latine, doivent quand même faire des efforts pour se comprendre, mais manifestement ils y arrivent, et il font cela dans la diversité des intérêts et des situations locales.

Je crois que ce n'est qu'un début et que d'autres inter-réseaux comme celui-ci vont voir le jour, même sans l'aide d'une pandémie. Une initiative analogue avait été lancée en 2016, entre les réseaux de musées autochtones ou indigènes du Brésil, du Mexique et du Québec; on peut espérer qu'elle reprendra et se développera, notamment avec l'aide des moyens de communication à distance que l'on maîtrise maintenant.  Je note aussi qu'en cette année 2020, un colloque international initié par deux institutions, le Museum National d'Histoire Naturelle de Paris et le Musée de l’Éducation de Santiago, a rassemblé un grand nombre de responsables de musées communautaires ou de militants de la muséologie sociale, dans le souvenir et pour l'actualisation de l'esprit de la Table ronde de Santiago de 1972. Les actes vont en être très vite publiés et il y aura peut-être des suites. Le fait que la pandémie ait empêché de tenir ce colloque "physiquement" avait obligé à le réaliser virtuellement, ce qui a permis à des dizaines de personnes intéressées, qui n'auraient pas pu aller à Santiago, d'y participer.

Il faut suivre tout cela car c'est sans doute là que réside un peu de l'avenir de nos institutions patrimoniales.

 

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27 novembre 2020 5 27 /11 /novembre /2020 11:20

Depuis neuf mois, le monde des musées "communautaires" (écomusées, musées autochtones, musées de territoires, de minorités...) a connu un bouleversement considérable. Individuellement, chacun de ces musées s'est organisé pour servir sa communauté en tenant compte de la situation locale et des ressources offertes par le territoire, la population, le patrimoine, pour répondre aux besoins quotidiens, à l'éducation, aux loisirs, et pour mettre en mouvement, à travers confinements et dé-confinements, les savoirs, les initiatives, les solidarités.  Collectivement, l'utilisation intelligente et systématique des réseaux sociaux et des plateformes de communication a vu se créer des occasions de travail en commun, sans tenir compte du coût des voyages, du temps ou du décalage horaire. Des colloques nationaux ou internationaux, qui se seraient en temps normal tenus entre privilégiés et institutionnels, ont attiré, ont fait s'exprimer et se rencontrer visuellement des centaines de participants. Même les difficultés linguistiques de communication ont trouvé parfois des solutions inattendues.

Pendant ce temps, les musées traditionnels rencontraient eux aussi un bouleversement considérable. Ils connaissaient les mêmes difficultés que toutes les entreprises publiques ou privées soumises au marché et aux décisions de santé publique: fermeture administrative, mise au chômage du personnel, même scientifique, absence de tout ou partie du public et des ressources propres, interruption ou report des activités, maintien des frais de fonctionnement et parfois même baisse des subventions publiques et du mécénat. Certes des efforts ont été faits pour une valorisation numérique des collections et pour la création de nouveaux "produits", mais dans la dépendance de mesures de sécurité sanitaire peu adaptées à leur mode habituel de fonctionnement. Des musées vont même jusqu'à fermer définitivement leurs portes, tandis que d'autres, pour survivre, vendent des objets de leurs collections ou même licenciaient leur personnel de médiation ! Et cela dans le monde entier.

Comment en est-on arrivé à une telle différence de pratiques entre des musées qui collectent, conservent et présentent les trésors du patrimoine naturel et culturel des provinces, des pays et finalement de l'humanité, et des musées modestes, locaux, qui assurent la relation quotidienne des habitants avec leur patrimoine vivant? C'est probablement le résultat d'une longue évolution, dont j'avais perçu les premiers symptômes lors de la Conférence générale de l'ICOM en 1992, à Québec. A l'époque, on distinguait nettement le début d'une rupture entre les grands musées de collections, artistiques et scientifiques, dépendant de plus en plus de leurs publics et de leurs mécènes, et les petits musées enracinés dans des territoires dont ils voulaient servir le développement et les populations. Ce fossé s'est encore élargi et la situation actuelle le rend encore plus visible.

Les premiers, qui sont parfois des monstres institutionnels, dépendent entièrement de politiques publiques et de ressources de type commercial (billetterie, produits dérivés), tandis que les seconds, qui relèvent de la créativité locale, reposent essentiellement sur leur utilité sociale qui est reconnue par la population et par ses représentants-élus locaux (sinon ils n'existeraient plus). Les premiers doivent financer collections, bâtiments et expositions, les seconds utilisent le patrimoine local et en font la promotion, organisent des actions de proximité avec les moyens humains ou matériels disponibles. Les premiers sont perdus quand le tourisme de masse disparaît, les seconds inventent facilement de nouveaux moyens de communiquer entre voisins et peuvent s'endormir quelque temps, pour se réveiller dès que les gens recommencent à bouger.

Les petits musées communautaires des terroirs et des quartiers n'ont pas de leçons à donner aux musées métropolitains: ils ne sont pas de la même échelle et n'ont pas les mêmes responsabilités. Ils n'ont pas non plus de leçons à en recevoir. Mais un dialogue constructif pourrait s'engager, en ces temps de pandémie, pour faire circuler les idées entre ces deux mondes qui s'ignorent, au plan national comme au plan international. Le débat interne qui s'est engagé à l'ICOM sur la définition du musée est complètement dépassé: le musée idéal n'existe pas et les musées ne peuvent pas se couler dans un moule imposé par une organisation internationale ou des législations nationales. Par contre, chaque musée doit, ou devrait, définir ses propres objectifs, ses missions et ses moyens, en fonction des demandes de ses "propriétaires" et des besoins de ses "usagers".

L'exemple italien a montré qu'il était possible de distinguer, y compris législativement, les musées classiques de collections, appartenant aux villes, aux régions ou à l’État, des écomusées d'intérêt territorial, reconnus par les régions ou les provinces , remplissant des missions spécifiques et jouissant de modes de gouvernance également spécifiques. En Amérique Latine, les musées communautaires donnent à la culture et au patrimoine vivants des communautés une mission de conscientisation et de prise de responsabilité publique. Ailleurs ces musées d'un type particulier restent trop souvent marginaux, on pourrait même dire hérétiques, puisqu'ils n'obéissent pas strictement aux règles enseignées par les formations universitaires et par les groupements corporatistes.

En partie grâce à la pandémie, ils vont émerger dans leur spécificité, montrer non seulement leur résilience, mais surtout leur capacité d'inventer sans cesse des formules de gestion patrimoniale au service des territoires et des communautés. Ils ont montré leur capacité de fonctionner collaborativement en réseaux, en utilisant toutes les techniques et toutes les méthodes offertes par le monde moderne qui les entoure. Même s'ils ne sont pas reconnus publiquement, ils se reconnaîtront entre eux et progresseront ensemble.

 

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 10:46

Je reçois le dernier livre de Oscar Navajas Corral:

Nueva museologia y museologia social - Una historia narrada desde la experiencia española

Ediciones Trea, Gijon, 2020, 339 pages

Cet ouvrage met l'Espagne sur l'atlas mondial des musées communautaires et écomusées, avec un regard critique aiguisé par des années de recherches, mais aussi de participation à des projets de terrain.

Le 2 août dernier, le XX° atelier du MINOM se tenait à Lugo, en Galice et adoptait la déclaration de Lugo, que l'on peut trouver à:

http://www.minom-icom.net/files/declaracion_lugo-lisboa_gal_es_pt.pdf

Le même jour était créée la branche espagnole du MINOM, non seulement composée des principaux écomusées du pays, mais aussi de quelques uns des plus grands musées espagnols, ce qui marque l'intérêt et, espère-t-on l'engagement, de ces musées traditionnels dans le mouvement de la nouvelle muséologie. qui marque l'intérêt et, espère-t-on l'engagement, de ces musées traditionnels dans le mouvement de la nouvelle muséologie.

 

 

 

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 12:10

Les professionnels de la culture, des arts et des spectacles s'inquiètent, non seulement pour leurs programmes de cette année (concerts, festivals, expositions, etc.) et surtout pour leur propre situation, actuellement et dans l'avenir. C'est vrai en France et sans doute dans tous les pays. Les médias relayent quotidiennement analyses et déclarations.Brouillons J'ai moi-même, dans ma famille, des artistes qui se sentent à juste titre menacés dans leur carrière et dans leurs perspectives économiques à plus ou moins court terme.

Cette situation est intéressante, au delà du confinement du printemps 2020 et des risques que courent encore bien des activités artistiques "vivantes" et les institutions du patrimoine. On dit aussi que cette pandémie peut être considérée comme une première expérience, qui devrait nous préparer à ce qui nous attend inexorablement avec le réchauffement climatique, puisque, à l'évidence, nous ne parviendrons pas à réaliser une "transition climatique" volontaire et organisée dont tout le monde parle mais qui reste de l'ordre du discours.

Il faut donc peut-être se convaincre d'une réalité, que l'on soupçonnait déjà lors de la crise financière de 2008: la Culture, au sens des ministères de la culture, des professionnels des arts, du patrimoine et des spectacles, et des penseurs disciples de Malraux et bien d'autres, ne fait pas partie des activités essentielles à l'immense majorité des hommes et des femmes de notre temps. Qu'il s'agisse de financements, de priorités politiques ou d'informations, la culture vient après la santé, l'emploi, l'éducation. Cela ne veut pas dite qu'elle n'a pas d'importance, mais qu'elle ne vient pas en tête de nos préoccupations, surtout en cas de crise, quand les choses vont mal.

Les activités dites culturelles font partie des loisirs, de l'occupation des temps libres, des programmes de visites touristiques, et encore à la condition qu'elles soient fortement subventionnées sur crédits publics ou par le grand mécénat, pour qu'elles ne coûtent pas trop cher au consommateur. Les gens cultivés eux-mêmes ne sont pas prêts à payer le coût réel des spectacles, des expositions, de l'entretien du patrimoine, ou plutôt nous le payons en grande partie à travers nos impôts, qui sont payés par tous, même par ceux qui n'ont pas envie d'en profiter, et qui sont les plus nombreux (le non-public).

Or la situation est sérieuse: depuis soixante ans, du moins en France, les institutions culturelles se sont multipliées, au point de doter la France de ce statut d' "exception culturelle" qui est si souvent brandi comme faisant partie d'un certain modèle français. Plus grave encore, depuis plus de quarante ans, la culture s'est tellement professionnalisée que ce sont des centaines de milliers d'emplois salariés (et pas seulement d'artistes) qui ont été créés dans les différentes disciplines artistiques et culturelles et dans les métiers techniques qui leur sont indispensables. Et cela au prix de la disparition de beaucoup de pratiques amateurs de qualité, gratuites et ancrées dans les territoires dont elles assuraient l'animation au quotidien.

Le statut français des intermittents du spectacle, unique au monde, socialement généreux et économiquement absurde, est le fruit hybride des politiques d'aides à l'emploi face au chômage de masse et du refus des commanditaires et des usagers de payer le vrai prix de leurs consommations culturelles. Si tous les vrais professionnels du monde culturel étaient des entrepreneurs et des salariés de droit commun, qui facturaient leurs prestations à leur vrai prix, on aurait une vraie image de ces professions et de la réalité de leurs publics. D'autre part, les professionnels limiteraient peut-être leurs exigences toujours plus grandes et coûteuses en termes de techniques de construction, de mise en scène, d'exposition.

Mais est-il possible de changer ce volet culturel de l’État Providence ? Non pas de revenir à une état ancien supposé meilleur, mais de travailler avec chaque secteur, au niveau des territoires et surtout avec les collectivités responsables de la vie de ces territoires, pour définir des politiques culturelles soutenables, distinguant et associant les besoins et les demandes de la population au sens large (cultures et patrimoines vivants), des professionnels et des milieux de l'éducation, de la recherche, de la création et des pratiques exigeantes (haute culture) et de l'industrie du tourisme et des loisirs (économie de la culture), pour leur apporter des réponses différenciées et viables.

Cela supposerait de passer d'une politique de l'offre dite culturelle, en réalité missionnaire dans son vocabulaire comme dans ses pratiques au nom des croyances d'un petit milieu proche des cercles du pouvoir, à une politique de la demande, étroitement liée aux pratiques et à la créativité des gens, à tous les niveaux de la société et de tous les âges.

Il faudrait sans doute, dans cette hypothèse, supprimer le ministère de la culture, ou bien en limiter la responsabilité à la gestion de quelques institutions nationales qui ne pourraient relever d'aucune collectivité de niveau inférieur, essentiellement des institutions du patrimoine matériel et immatériel, comme le Louvre, Versailles, la Comédie Française et l'Opéra de Paris. Pour tout le reste, ce serait la subsidiarité qui serait la règle et une participation active et responsable des publics de la culture et des milieux intéressés qui assureraient eux-mêmes cette soutenabilité des arts et du patrimoine en France. Tout ceci est hérétique et provocant, mais le temps que nous vivons n'est-il pas favorable pour remettre en cause des certitudes qui n'ont pourtant qu'une soixantaine d'années et qui reposent sur des affirmations d'arbitres du goût et de spécialistes auto-proclamés qui défendent les points de vue d'une minorité de privilégiés.

 

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31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 16:06

Tout le monde - le gouvernement, les experts, les médias - a l'air d'être certain que les mois et peut-être les années qui viennent vont voir "exploser" le chômage, en France, en Europe et dans beaucoup de pays du monde. C'est à dire que toute une génération active (20-60 ans) et une génération de jeunes arrivant sur le marché du travail vont connaître d'énormes difficultés d'emploi, à tous les niveaux de qualification et de compétence.

Dans le même temps, la démographie va continuer à multiplier le nombre de retraités qui, pour ceux qui sont encore raisonnablement en bonne santé, ou du moins capables d'une activité, ne pourront, pour beaucoup, contribuer à l'avenir du pays que par la consommation de biens et de services. Il leur restera évidemment aussi les services intra-familiaux, qui seront très importants, même si le caractère "fragile" de cette catégorie de population a tendance à les "confiner" plus ou moins strictement selon les moments.

Devant ce constat qui n'a rien d'original, je me pose une question que je voudrais débattre avec d'autres, non pas au plan théorique, mais de façon concrète et appliquée, à partir de nos situations réelles et du lieu même où nous vivons:

 

Que puis-je faire, en tant que vieux encore relativement actif, pour soutenir, accompagner, aider les victimes de cette vague du chômage de masse qui arrive ?

 

Puis-je m'organiser avec d'autres vieux actifs pour mettre en commun nos moyens, intellectuels et matériels, nos compétences et nos réseaux et les rendre collectivement disponibles et utiles pour les chômeurs qui vont vivre à côté de nous, sur nos territoires ?

 

Peut-on commencer à rassembler des exemples de cas récents ou actuels qui pourraient nous inspirer ?

Des ONG françaises existent qui sont sans doute déjà capables de répondre à ces questions: Solidarités nouvelles face au chômage, OLD'UP, OR GRIS, d'autres encore sans doute. Peuvent-elles lancer une campagne de réflexion, de communication et de mobilisation nationales ? Peuvent-elles demander à l'Europe de relayer au plan européen cette idée ? Il ne s'agit pas d'argent, mais de bien commun. Nous devons tous vivre ENSEMBLE, aussi bien que possible, les mois et les années qui viennent.

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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 16:35

On parle beaucoup, ces jours-ci, entre professionnels, dans les journaux, à la télévision ou sur facebook, de l'impact de la pandémie, du confinement et des conditions mises au dé-confinement sur nos grandes institutions patrimoniales et même sur de plus modestes : leurs missions scientifiques et culturelles, leurs programmes d'activités, leurs projets d'investissements sont en panne, leur existence même serait menacée. En effet, un musée d'art ou d'histoire, un monument prestigieux, un site remarquable sont d'abord et avant-tout des espaces de divertissement (éducatif) et de loisir (intelligent). La majorité de leurs visiteurs, ou plutôt de leurs consommateurs, sont des touristes, nationaux et surtout étrangers, dont il faut sans cesse accroître le nombre, pour satisfaire les "tutelles" politiques et administratives. La pandémie est ainsi, partout dans le monde, une catastrophe pour l'économie du patrimoine dans la mesure où elle fait d'abord fermer au public musées, monuments et sites, puis elle les soumet pour une durée indéterminée à des règles de sécurité sanitaire qui rendent la visite plus difficile et moins attrayante. Simultanément, au niveau national et surtout international, le tourisme de masse est menacé à la fois par la baisse de pouvoir d'achat des consommateurs, par les difficultés de franchissement des frontières et par une offre de transport moindre et plus chère.

Les chiffres donnés récemment  pour les musées par l'enquête NEMO sur le plan européen et nord-américain sont particulièrement inquiétants, et cela à très court terme. Si de très grandes institutions, financées par l’État et facteurs de prestige pour lui, ne sont pas vraiment menacées de disparition, d'autres, plus modestes ou possédant des collections moins exceptionnelles, risqueraient-elles de fermer ou de devenir de simples armoires aux trésors, ceux-ci étant conservés pour quelques privilégiés à l'abri du réchauffement climatique et des aléas politiques ?

Une petite musique est en train de naître, me semble-t-il, suite à quelques rumeurs et à quelques conversations: des responsables de musées et de sites naturels ou monumentaux, privés d'une grande partie de leur fréquentation touristique, se tourneraient vers leur population voisine, vers les gens qui habitent le même territoire et qui, dans leur immense majorité, n'ont pas l'habitude de visiter le patrimoine local (même s'ils avaient coutume de visiter d'autres musées et d'autres sites lors de voyages touristiques à l'étranger). Cela voudrait-il dire que ces institutions patrimoniales chercheraient à intéresser, non seulement une élite "cultivée", des groupes de personnes âgées et des scolaires en sorties de classe qui sont le fond de leur public non-touristique, mais aussi ce "peuple" qui jusqu'ici était traité par les commentateurs de "non-public" ou de "public empêché" ?

Ce serait une révolution culturelle qui nécessiterait, cette fois pour de bon, une redéfinition, non pas du musée, mais de ses missions, de ses pratiques, de ses langages, des fonctions mêmes de ses professionnels, qui seraient obligés de se mettre à l'écoute et au service de la population, de la communauté des habitants, quitte à regarder d'un autre œil leurs collections, l'aménagement de leurs salles, le style de leurs publications, le choix de leur "offre" scientifique, culturelle, éducative qui devrait progressivement répondre d'abord à des besoins réels, puis à des attentes une fois que cette population du territoire aurait compris que le musée était fait pour eux et exprimeraient une demande à son égard.

On avait rêvé de quelque chose comme cela dans les années 1970 du siècle dernier. Il y a  eu depuis, dans quelques lieux du monde, des essais et aussi des réussites, surtout sur des territoires particuliers et à partir de patrimoines heureusement ignorés du tourisme de masse. Les méthodes sont connues et les exemples existent, mais il n'y a pas de théories ou de modèles, parce que toute innovation est une invention qui se fait dans un contexte donné, sur un patrimoine vivant et sur une communauté vivante. Il faut donc tout inventer ou réinventer. Peut-on confier au coronavirus le soin de rendre possible une telle révolution ?

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 14:47

Ce n'est pas tous les jours que le Conseil International des Musées (ICOM) se penche sur la place et le rôle des musées dans le développement local. Depuis près de cinquante ans, les praticiens des musées évoluent progressivement du soin exclusif de leurs collections à une prise en compte plus franche de la société et du monde d'aujourd'hui. On assiste aussi à une confrontation entre une vision universaliste de la culture où le patrimoine et le musée s'adressent à un public essentiellement scolaire et touristique, et une volonté de privilégier le service au territoire le plus proche, en lui rendant et en interprétant à son intention son patrimoine vivant.

Depuis près de cinq ans, un programme européen de recherche et d'expérimentation (EU-LAC Museums) s'est intéressé aux musées d'initiative ou d'animation communautaire en Europe, en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Cela a amené un groupe de muséologues et d'universitaires à regarder de près de nombreux musées locaux, leurs relations aux populations environnantes, leurs pratiques environnementales, culturelles, sociales, économiques, et naturellement leur impact sur le développement de leurs territoires. Voir sur ce programme https://eulacmuseums.net.

Dans le même temps, l'ICOM, en partenariat avec le programme LEED de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique, composée de 36 pays membres industrialisés), mettait au point et publiait en édition numérique, en 2019, un ouvrage intitulé Culture and Local Development - Maximizing the Impact, sous titré "Guide for local Governments, Communities and Museums". Il existe actuellement en anglais, en espagnol et en italien. Des versions française et japonaise sont annoncées. Pour en savoir plus sur le projet, en langue française, voir http://www.oecd.org/cfe/leed/OECD-ICOM-Guide-Flyer-FR.pdf.

Enfin, la revue Museum International vient de publier son dernier numéro (Vol. 71, 283-284, 2019) sur Museums & Local Development - An Introduction to Museums, Sustainability and Well-being, sous la responsabilité de Karen Brown (University of St Andrews, Scotland), qui est également la co-coordinatrice du programme EU-LAC. Ce numéro de Museum International contient un grand nombre d'exemples concrets, finement analysés, tirés de pays très divers, Grèce, Pologne, Italie, Pérou, Canada, Finlande, Nigeria, Colombie, Grande Bretagne, Croatie, Pakistan, où les musées ont choisi de mettre en œuvre des méthodes et des actions qui contribuent au développement local. Ce numéro (en anglais seulement) est téléchargeable sur https://www.tandfonline.com/toc/rmil20/current, ou par le site de l'ICOM (https://icom.museum).

Je recommande particulièrement ce numéro, très riche en idées et en expériences, et agréable à lire ou à consulter. Comme on le constatera, il n'est pas nécessaire de débattre à perte de vue sur des définitions plus ou moins ambitieuses du musée, mais il suffit d'aller voir, sur le terrain, comment des gens de musée lucides et courageux adaptent leurs pratiques à leur environnement et au temps présent, sans s'embarrasser de théories.

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