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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 12:10

Les professionnels de la culture, des arts et des spectacles s'inquiètent, non seulement pour leurs programmes de cette année (concerts, festivals, expositions, etc.) et surtout pour leur propre situation, actuellement et dans l'avenir. C'est vrai en France et sans doute dans tous les pays. Les médias relayent quotidiennement analyses et déclarations.Brouillons J'ai moi-même, dans ma famille, des artistes qui se sentent à juste titre menacés dans leur carrière et dans leurs perspectives économiques à plus ou moins court terme.

Cette situation est intéressante, au delà du confinement du printemps 2020 et des risques que courent encore bien des activités artistiques "vivantes" et les institutions du patrimoine. On dit aussi que cette pandémie peut être considérée comme une première expérience, qui devrait nous préparer à ce qui nous attend inexorablement avec le réchauffement climatique, puisque, à l'évidence, nous ne parviendrons pas à réaliser une "transition climatique" volontaire et organisée dont tout le monde parle mais qui reste de l'ordre du discours.

Il faut donc peut-être se convaincre d'une réalité, que l'on soupçonnait déjà lors de la crise financière de 2008: la Culture, au sens des ministères de la culture, des professionnels des arts, du patrimoine et des spectacles, et des penseurs disciples de Malraux et bien d'autres, ne fait pas partie des activités essentielles à l'immense majorité des hommes et des femmes de notre temps. Qu'il s'agisse de financements, de priorités politiques ou d'informations, la culture vient après la santé, l'emploi, l'éducation. Cela ne veut pas dite qu'elle n'a pas d'importance, mais qu'elle ne vient pas en tête de nos préoccupations, surtout en cas de crise, quand les choses vont mal.

Les activités dites culturelles font partie des loisirs, de l'occupation des temps libres, des programmes de visites touristiques, et encore à la condition qu'elles soient fortement subventionnées sur crédits publics ou par le grand mécénat, pour qu'elles ne coûtent pas trop cher au consommateur. Les gens cultivés eux-mêmes ne sont pas prêts à payer le coût réel des spectacles, des expositions, de l'entretien du patrimoine, ou plutôt nous le payons en grande partie à travers nos impôts, qui sont payés par tous, même par ceux qui n'ont pas envie d'en profiter, et qui sont les plus nombreux (le non-public).

Or la situation est sérieuse: depuis soixante ans, du moins en France, les institutions culturelles se sont multipliées, au point de doter la France de ce statut d' "exception culturelle" qui est si souvent brandi comme faisant partie d'un certain modèle français. Plus grave encore, depuis plus de quarante ans, la culture s'est tellement professionnalisée que ce sont des centaines de milliers d'emplois salariés (et pas seulement d'artistes) qui ont été créés dans les différentes disciplines artistiques et culturelles et dans les métiers techniques qui leur sont indispensables. Et cela au prix de la disparition de beaucoup de pratiques amateurs de qualité, gratuites et ancrées dans les territoires dont elles assuraient l'animation au quotidien.

Le statut français des intermittents du spectacle, unique au monde, socialement généreux et économiquement absurde, est le fruit hybride des politiques d'aides à l'emploi face au chômage de masse et du refus des commanditaires et des usagers de payer le vrai prix de leurs consommations culturelles. Si tous les vrais professionnels du monde culturel étaient des entrepreneurs et des salariés de droit commun, qui facturaient leurs prestations à leur vrai prix, on aurait une vraie image de ces professions et de la réalité de leurs publics. D'autre part, les professionnels limiteraient peut-être leurs exigences toujours plus grandes et coûteuses en termes de techniques de construction, de mise en scène, d'exposition.

Mais est-il possible de changer ce volet culturel de l’État Providence ? Non pas de revenir à une état ancien supposé meilleur, mais de travailler avec chaque secteur, au niveau des territoires et surtout avec les collectivités responsables de la vie de ces territoires, pour définir des politiques culturelles soutenables, distinguant et associant les besoins et les demandes de la population au sens large (cultures et patrimoines vivants), des professionnels et des milieux de l'éducation, de la recherche, de la création et des pratiques exigeantes (haute culture) et de l'industrie du tourisme et des loisirs (économie de la culture), pour leur apporter des réponses différenciées et viables.

Cela supposerait de passer d'une politique de l'offre dite culturelle, en réalité missionnaire dans son vocabulaire comme dans ses pratiques au nom des croyances d'un petit milieu proche des cercles du pouvoir, à une politique de la demande, étroitement liée aux pratiques et à la créativité des gens, à tous les niveaux de la société et de tous les âges.

Il faudrait sans doute, dans cette hypothèse, supprimer le ministère de la culture, ou bien en limiter la responsabilité à la gestion de quelques institutions nationales qui ne pourraient relever d'aucune collectivité de niveau inférieur, essentiellement des institutions du patrimoine matériel et immatériel, comme le Louvre, Versailles, la Comédie Française et l'Opéra de Paris. Pour tout le reste, ce serait la subsidiarité qui serait la règle et une participation active et responsable des publics de la culture et des milieux intéressés qui assureraient eux-mêmes cette soutenabilité des arts et du patrimoine en France. Tout ceci est hérétique et provocant, mais le temps que nous vivons n'est-il pas favorable pour remettre en cause des certitudes qui n'ont pourtant qu'une soixantaine d'années et qui reposent sur des affirmations d'arbitres du goût et de spécialistes auto-proclamés qui défendent les points de vue d'une minorité de privilégiés.

 

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 11:38

Il n'était pas possible de passer à côté du Grand Débat lancé par le gouvernement français, comme une réponse à la crise dite "des gilets jaunes" que nous connaissons depuis maintenant plus de deux mois. Dans un pays comme la France où l'action communautaire est presque inconnue, où la participation des habitants est plus un slogan facile qu'une réalité quotidienne, devant un mouvement populaire essentiellement composé d'individus aux revendications adressées au sommet de l’État faute de pouvoir agir sur la vie quotidienne, ce débat potentiellement collectif, nécessairement identifié à des territoires, est une chance d'inventer de nouvelles manières de faire de la politique. Encore faudrait-il que ce temps de réflexion collective ne reste pas unique et sans suites pour les communautés et les territoires. Il ne suffira pas de répondre d'en haut à des revendications individuelles ou collectives. Il faut que cela devienne une habitude et que les citoyens soient capables de participer à la vie publique, au delà des périodes électorales. Mais comment faire ?

Comme j'avais le droit, comme tout citoyen, d'apporter ma contribution au débat et que je n'avais pas encore trouvé dans mon environnement, de débat local auquel je puisse prendre part, j'ai mis en ligne un petit texte pour proposer quelque chose, à partir de mes expériences professionnelles et personnelles. Comme il y aura sans doute plus de 50.000 contributions, la mienne n'a aucune chance d'apparaître autrement que comme une donnée statistique. Aussi, mon narcissisme me pousse à publier ici ce petit texte, pour en garder une trace. Il n'a rien d'extraordinaire et ne pourrait que servir à une discussion collective avec des gens qui seraient intéressés à aller plus loin et plus profond. En tout cas, le voici.

 

*

 

Que faudrait-il faire aujourd'hui pour mieux associer les citoyens aux grandes orientations et à la décision publique ? Comment mettre en place une démocratie plus participative ?

(Question posée par la plateforme officielle du Grand Débat)

 

C'est le but principal de ma contribution, qui s'inspire de l'expérience des actuels conseils de développement pour les transformer. Depuis les années 1990, des conseils de développement représentent la société civile dans les grandes agglomérations et dans certains "Pays" au sens des lois Pasqua-Voynet. Même si leur valeur et leur efficacité sont inégales, c'est un dispositif intéressant que l'on pourrait reprendre en le généralisant et en en faisant un outil de participation démocratique. Chaque EPCI ou collectivité territoriale, à partir du niveau Communauté de communes, serait doté obligatoirement d'un Conseil de développement de la démocratie participative (CDDP), composé d'un nombre limité de citoyens volontaires représentant les forces vives du territoire et mandatés par elles (associations, institutions publiques et établissements privés, partenaires sociaux).

 

Ce conseil aurait pour fonction de mobiliser, entre deux élections, la participation active des citoyens et des corps intermédiaires :

1. sur les sujets d'intérêt local figurant dans le programme de mandat et surtout sur ceux qui se présentent en cours de mandat (imprévus ou exogènes), pour dégager des avis collectifs, des propositions d'amendements ou de nouvelles décisions, voire des rejets motivés; le CDDP les fera remonter aux élus du territoire et aux administrations compétentes;

2. sur des sujets d'intérêt général issus des niveaux supérieurs de proposition et de décision, dont l'impact se fait sentir sur les habitants du territoire, pour faire émerger des réactions, des opinions, des critiques ou des propositions que le Conseil fera ensuite remonter au niveau pertinent.

 

Au delà de cette fonction, le Conseil aurait la tâche permanente

a. de susciter, par différentes méthodes, issues notamment de l'éducation permanente et de la culture populaire, la capacité de prise collective de responsabilité par les citoyens;

b. d'amener progressivement les instances politiques et administratives du territoire à associer les citoyens ainsi responsabilisés à participer aux affaires publiques, par l'information, la consultation, la concertation et autant que possible par la co-décision.

 

Le Conseil aurait ainsi un rôle global de médiation. Il pourrait être promoteur de référendums d'initiative locale. Les conseils de quartier, en milieu urbain, recevraient le même rôle, en plus de leurs missions actuelles qui sont plus restreintes mais proches dans l'esprit. Je suis évidemment prêt à approfondir cette esquisse, en collectif, avec des personnes qui s'y intéresseraient.

 

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 09:19

J'ai assisté hier, à Paris, à une réunion qui faisait suite aux travaux d'une commission du Ministère français de la Culture sur le musée du XXI° siècle. Car, en France comme dans de nombreux pays, on continue de se demander, entre spécialistes, ce que les musées doivent, ou devraient, faire pour s'adapter aux changements culturels qui marquent ou ne manqueront pas de marquer ce nouveau siècle, déjà bien entamé et dont nul ne sait comment il va évoluer. C'est un exercice assez fascinant.

On sait depuis les années 1970 que le musée, tel qu'il a été hérité du XIX° siècle, s'éloigne de plus en plus de son environnement social, pour se concentrer sur la conservation de ses collections et sur l'accueil de publics cultivés, scolaires et touristiques que l'on veut aussi nombreux que possible. Malgré tous les efforts et quelques exceptons remarquables, l'immense majorité des habitants des territoires qui entourent ces musées ne semblent pas concernés. Ils ne le sont d'ailleurs pas plus par les autres grandes institutions de la haute culture. La démocratisation culturelle vantée par Malraux et tant d'autres apôtres et missionnaires de la culture, ne fonctionne pas. La culture vivante des gens prend d'autres formes, privilégie d'autres pratiques, musicales, vacancières, sportives, et maintenant multimédia et numériques.

Ici, en France, les autorités ont fini par découvrir qu'il était important d'écouter, les consommateurs, les "usagers", voire même de faire participer la population. Le mot "participation" est à la mode, mais à quoi faut-il participer ? A la gestion du musée ? A celle du patrimoine ? Mais de quel patrimoine ? Celui des listes de l'UNESCO ou des inventaires officiels de monuments historiques ? Et jusqu'où ira la participation ? seulement l'écoute, ou bien la consultation, ou encore la co-décision avec les autorités et les professionnels ?

On sait qu'il existe des expériences, certaines très réussies de reconnaissance et de mise en valeur des patrimoines locaux, par, avec et pour la population locale. Elles prennent parfois le nom d'écomusées, ou bien sont relativement informelles, associatives, ou encore sont dues à des initiatives personnelles de tel conservateur de musée motivé et créatif. Du coup, on étudie ces expériences, on fait intervenir leurs auteurs, on veut en extraire des principes généraux, pour des textes fondamentaux ou pour des directives, toujours nationales.

Car on continue à vouloir adapter "le" Musée à "notre" époque, comme si un musée était autre chose qu'un outil que chacun devrait pouvoir adapter à une situation, à un contexte, à un environnement humain.

Lors de cette réunion d'hier, il m'est apparu comme une évidence aveuglante qu'il était totalement illusoire de vouloir changer l'institution-musée par une réflexion de spécialistes qui ne pourrait aboutir qu'à des changements marginaux dans la réglementation qui, du moins en France, ne sera jamais que nationale, centralisée et contrôlée.

Alors, j'ai essayé de regarder différemment la question de l'avenir d'un musée quelconque, et non pas du Musée idéal. J'ai commencé par éliminer de cette réflexion les écomusées ou assimilés qui ont une démarche propre et qu'il  faudrait, comme en Italie, détacher du monde des musées. Ils sont une sorte de tribu expérimentale, fragile, hérétique parfois, qui a sa propre logique et qui pourrait apprendre beaucoup aux musées s'ils les écoutaient,  Puis je me suis dit que tout musée, quelle que soit sa dimension, sa spécialité, son statut, ses moyens financiers, le nombre de ses visiteurs, possède trois caractéristiques:

- un lieu d'implantation situé sur un territoire plus ou moins vaste, aux caractéristiques, géographiques, démographiques, administratives que l'on peut délimiter, éventuellement selon des périmètres concentriques;

- une équipe plus ou moins qualifiée et un responsable (conservateur, curateur, directeur, etc.), qui a la responsabilité, souvent pour le compte d'une collectivité territoriale, du musée et de son activité;

- une collection, plus ou moins importante, qui est souvent le fruit d'une longue histoire et est faite d’œuvres, d'objets, de spécimens vivants ou morts; cette collection, qu'elle soit exposée ou non, suppose des mesures de classement, de conservation, d'étude dont on ne peut s'affranchir.

Une fois cette base établie, il faut bien admettre qu'il n'y a pas deux musées semblables et que l'on ne peut conseiller, encore moins imposer à tous les musées les mêmes règles et les mêmes pratiques. En effet, si le musée est d'abord un service public, son environnement immédiat, les conceptions et les choix professionnels de ses responsables, et enfin les possibilités offertes par ses collections orienteront (ou devraient orienter) les services qu'il rendra au public. Or le public ici n'est pas la somme des visiteurs effectifs ou souhaités du musée, c'est la totalité de la population du territoire qui entoure le musée, qu'elle le fréquente ou non, qu'elle soit consciente de son existence ou non.

Dans la réalité et pour aller un peu plus loin, je crois que l'on peut distinguer trois types de situation muséale en fonction des caractéristiques  ci-dessus et de leur application à la réalité du terrain:

- le musée a une collection, mais n'est pas identifié à un territoire et à son patrimoine. Il peut alors devenir une attraction touristique, ou un centre de recherches scientifiques, ou un instrument pédagogique, ou simplement le "terrain de jeux" d'une petite minorité de passionnés. Un tel musée peut être un facteur d'image à l'extérieur, de prestige pour un élu, de retour économique sur investissement.

- le musée a une collection et est totalement ou partiellement identifié à un territoire et à son patrimoine. Le problème est ici double: accessibilité réelle à la collection de la part de tous les habitants du territoire, puis relation entre le musée et sa collection d'une part et le reste du patrimoine du territoire d'autre part.

- il y a un territoire et un patrimoine, mais il n'y a pas (ou pas encore) de musée, ou bien il y a un musée qui n'a pas encore de collection significative concernant le territoire. Il s'agit dans ce cas d'inventer une institution ou une politique capables de gérer le patrimoine du territoire dans l'intérêt des habitants et avec leur participation.

Dans tous les cas, et si le service de l'intérêt du territoire et de sa population (non pas "au XXI° siècle", mais aujourd'hui, demain et peut-être encore après-demain) est au cœur de la politique du patrimoine et du musée de ce territoire, il serait utile, sinon indispensable, de procéder dès que possible à un diagnostic (ou bilan, ou audit) patrimonial du territoire, avec la collaboration de la population et de ses structures publiques et privées, sociales et culturelles. On disposerait ainsi des éléments nécessaires à l'élaboration de plans et de programmes, où le musée trouverait naturellement sa place d'outil de gestion patrimoniale et de contribution au développement social, culturel, économique et environnemental du territoire.

Certes on est loin ici du PSC réglementaire et des récolements périodiques: on ne part d'une analyse d'un bâtiment, d'une collection, d'une institution et de publics existants, mais bien d'un espace physique, de sa population dans sa diversité et d'un patrimoine global dont la collection du musée, si elle existe, n'est qu'un élément précieux mais enfermé et physiquement stérilisé. Et on fait cela avec la population elle-même.

Si on suppose que ce processus a été suivi, on aboutit à un concept de musée issu du territoire, associé totalement ou partiellement au patrimoine vivant de ce même territoire. On peut alors reformuler les différentes missions traditionnelles du musée. Dans une première approche, cela pourrait donner ceci:

- l'acquisition d'objets à conserver dans les collections permanentes serait exceptionnelle et n'interviendrait qu'en cas d'absolue nécessité et d'absence d’autre solution..On s'attacherait plutôt à un inventaire partagé du patrimoine local et à la prise de responsabilité des habitants sur ce patrimoine qui resterait vivant et soumis aux aléas de la vie collective;

- la conservation s'appliquerait aux biens considérés par la population, aidée des spécialistes du musée, comme d'une particulière signification pour elle et pour le territoire; elle accompagnerait la vie du bien culturel ou naturel et ses éventuelles transformations d'usage; les biens immatériels seraient également protégés mais aussi susceptibles d'usages nouveaux et de transformations liées à la vie et à la créativité de la communauté.

- la recherche sur le patrimoine (et les collections qui en font partie) serait menée conjointement par des spécialistes des disciplines scientifiques et techniques concernées et par des habitants porteurs de mémoires, de savoirs et de compétences d'usage. Les résultats en seraient restitués à l'ensemble de la population.

- l'action éducative et culturelle s'adresserait à l'ensemble de la population et porterait surtout sur le patrimoine vivant du territoire, la collection propre du musée servant de matériau disponible en permanence pour des actions pédagogiques, ludiques, interactives, ou pour des manifestations (expositions par exemple, reproductions en 2 ou 3D) destinées à la population ou à des visiteurs extérieurs.

- la notion de public, ou d'usagers, ne s'appliquerait plus aux seuls visiteurs de l'espace physique du musée ou de ses activités même lorsqu'elles sont réalisées à l'extérieur de ses murs. En tant qu'institution publique, le musée s'adresserait à la population dans son ensemble, qu'elle soit intéressée ou pas, et à des visiteurs venus d’ailleurs (touristes, chercheurs). Il serait reconnu en particulier que chaque habitant, qu'il en soit conscient ou non, est à la fois un propriétaire (moral et culturel) et un usager de son patrimoine comme de son territoire.

Reste à discuter de la gouvernance du patrimoine et du musée. Je ne crois pas qu'il soit possible de donner une réponse unique à cette question, qui doit être résolue en fonction des particularités de chaque territoire, de son contexte politique et social, du caractère du professionnel responsable, de la mobilisation de la population et de ses corps intermédiaires, etc. On cherchera seulement à mettre le plus possible la population en situation de responsabilité effective dans les programmes de gestion et d'animation du patrimoine, donc du musée.

Le professionnel de musée (et du patrimoine en général) est au service de la population, il est un facilitateur de l'implication effective des citoyens dans la gestion de leur patrimoine. Il n'est pas au service d'une collection, si prestigieuse soit-elle ou d'une idée générale comme la Science, la Connaissance ou la Culture. L'alternative existe, il faut le dire car elle n'est pas critiquable en soi: c'est le musée comme lieu dédié au tourisme, sous toutes ses formes. Mais c'est une toute autre démarche. Je crois vraiment que ce qui est le plus important pour notre génération et les générations à venir est d'inventer chaque musée sur son territoire, avec la population qui doit en être à la fois acteur et bénéficiaire

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 16:00

Les gens de musée, les professionnels du patrimoine, les fonctionnaires des ministères de la culture continuent à se poser sous diverses formes le problème à la mode: comment les musées et en général les institutions responsables du patrimoine doivent-ils s'adapter aux nouveaux enjeux, aux besoins et aux attentes des sociétés en transformation, à l'ère du numérique, etc.La presse et les médias ne cessent d'en parler. Des colloques abordent le problème sous divers angles, par exemple:

  • colloque de l'ICOFOM à Paris sur "Définir le musée du XXIe siècle" (9-11 juin 2017),
  • rencontre de l'ICOM à Lisbonne sur "Éducation et Accessibilité dans les musées et le patrimoine" (2-5 octobre 2017),
  • colloque à l'Université du Pays Basque à San Sebastian sur "Le patrimoine culturel dans les sociétés liquides : quels biens culturels conserver à l'heure actuelle ?" (19-20 octobre 2017),
  • rencontre de l'ICOM à Bologne sur le rôle des musées régionaux et locaux dans la construction d'une Europe des peuples (13-14 novembre 2017).

Déjà l'an dernier, la Conférence générale de l'ICOM à Milan réfléchissait au musée comme "paysage culturel" dans un effort de modernisation du concept. Toujours en 2016, le Ministère français de la Culture faisait travailler une commission d'experts sur le musée du XXIe siècle.

J'ai personnellement été associé ces dernières années à diverses réunions formelles ou informelles - en France, au Portugal, en Italie notamment - sur l'avenir des musées face à des politiques nationales et locales aux budgets de plus en plus limités et donc de plus en plus exigeantes en matière d'utilité sociale. J'ai écrit avec Graça Filipe un long texte sur les risques et les tendances que vont rencontrer les petits musées locaux dans les années qui viennent ("Quel avenir pour les écomusées?" publié en français sur mon site www.hugues-devarine.eu).

Et je suis très loin de savoir tout ce qui se passe dans tous les pays et dans toutes les organisations professionnelles de musées  Mais il me semble qu'il n'est pas inutile de réfléchir à quelques questions préliminaires qui permettraient de clarifier le débat, par exemple:

 

De quels musées parlons-nous ? Je crois que la référence implicite est le musée d'art possédant des collections prestigieuses et situé dans une grande ville dont il constitue une attraction touristique et culturelle majeure. Cette référence est-elle utile pour les 99% de musées moyens et petits qui ne sont guère visités ?

On veut rendre les musées accessibles à tous, en pensant surtout aux publics "empêchés", c'est à dire tous ceux qui ne viennent pas au musée et en particulier les visiteurs âgés ou souffrant de handicaps. Mais se pose-t-on la question de savoir si ce que proposent les musées est accessible, c'est-à-dire simplement compréhensible pour l'immense majorité des populations locales qui n'en possèdent ni le langage ni les codes ?

La génération des 20-40 ans (les millennials ?) qui prend et prendra de plus en plus les pouvoirs politiques et économiques, qui crée et créera les modèles de comportement, les choix culturels de demain, cette génération est-elle et sera-t-elle encore intéressée par les musées-institutions et par les musées-collections, puisqu'elle peut déjà et pourra de plus en plus les voir en 3D et en "réalité augmentée" (sic) sur smartphone ou tablette, à supposer qu'elle en ait encore envie ?

Est-il normal de convoquer pour cette réflexion seulement des gens de musée et leurs alliés universitaires ou critiques, qui utilisent des statistiques de publics (c'est-à-dire de visiteurs), et qui partent du principe que le musée est utile, voire nécessaire, que la collection est son cœur et la conservation son objectif ultime, puisqu'ils en sont convaincus et qu'il savent ce qui est bon pour le peuple ?

Le patrimoine, dans une société "liquide", ne serait-il pas surtout tout ce qui vit autour de nous, qui se transforme, dont la valeur d'usage n'est pas nécessairement une valeur monétaire, et qui fait le plaisir de tous nos sens là où nous vivons, où nous travaillons, où nous voyageons, en plus de servir souvent à quelque chose de vraiment utile ? Faut-il l'acquérir et l'enfermer, le confier à des spécialistes, le réserver à des hordes de touristes et aux "happy few" ?

Alors, que faire des musées ? ne devrait-on pas les rattacher soit aux universités (pour la recherche et l'éducation), soit aux services publics chargés du tourisme (pour leur valeur d'image et d'attraction) ? ou bien oublier l'institution-musée pour réfléchir en termes de gestion collective du patrimoine commun ?

 

Mais qui suis-je pour oser aborder aussi légèrement et avec une telle impertinence des questions qui ont sans doute été déjà traitées par des esprits plus compétents qui leur ont peut-être même donné des réponses définitives ? Ça ne fait rien, les blogs c'est fait pour se défouler et pour mettre par écrit ce qui vous trotte dans la tête quand on n'a rien de mieux à faire, par exemple sur un lit d'hôpital.

 

 

 

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 15:34

Je poursuis le travail de mise en forme et de mise à disposition de tous les intéressés des différents aspects de mon expérience professionnelle.

 

Un nouveau titre : Mon passage à l'ICOM – 1962-1974 - Collection Petites histoires vécues 4 – 160 pages

Cette fois, je rends compte des douze ans que j'ai passés au Conseil International des Musées (ICOM), comme assistant de Georges Henri Rivière puis comme directeur à partir de 1964, dont j'ai tenté de retirer le maximum de leçons. J'y passe en revue les grands dossiers que j'ai eu à traiter, les méthodes employées pour servir les musées du monde entier, les grandes figures du monde des musées que j'ai côtoyées et qui m'ont formé et inspiré. Il s'agit d'une période importante, qui suit immédiatement les décolonisations et voit la naissance de politiques du patrimoine et des musées dans les pays du Tiers Monde, mais aussi une explosion du nombre des musées, notamment locaux, dans les pays industrialisés.

 

Une réédition : Une politique de l'emploi au Ministère de la Culture – 1979-1982 - Collection Petites histoires vécues 1 - 192 pages

Ce petit livre était mal présenté et je le trouvais peu attrayant. Mais je le crois important pour présenter une politique nationale à un moment clé du changement en France : le début de la crise du chômage et l'arrivée au pouvoir de la Gauche en 1981. C'est un témoignage précis et documenté qui peut permettre de déchiffrer la complexité d'une politique publique. Ce cas particulier éclaire aussi quarante ans de mesures successives, générales ou sectorielles, de lutte contre le chômage. L'ouvrage est le résultat d'une commande du Comité d'histoire du Ministère de la Culture.

 

Je rappelle que le numéro 2 de la Collection Petites histoires vécues "Mes aventures à l'écomusée de la Communauté urbaine Le Creusot-Montceau 1971-2014" figure depuis longemps déjà sur le site.

Le numéro 3 de la collection devait être "L'écomusée, singulier et pluriel", mais il a été publié en 2017 aux Editions L'Harmattan que je remercie.

 

Il est possible que je poursuive cet inventaire de mes archives personnelles et de ma mémoire professionnelle, avec de petites histoires vécues à partir de mes expériences dans le développement local

 

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 16:14

Quelques collègues, en Espagne, au Portugal et au Brésil me font part de leur étonnement devant l'attitude des milieux universitaires de leurs pays respectifs, qui ne s'intéressent pas vraiment à publier ou laisser publier des articles ou des recherches dans leurs langues nationales. Il semblerait que, actuellement, toute littérature scientifique doive s'exprimer en anglais.Je suis personnellement en relations avec un programme européen, MeLa, coordonné par le Politecnico de Milano, dont la seule langue est l'anglais.

 

On est obligé de remarquer:

- que les praticiens du terrain ne sont pas forcément anglophones,

- que la majorité des musées communautaires se trouvent dans des pays de langues latines,

- que les musées ont rarement les moyens financiers de payer des traducteurs

- qu'il existe peu de publications anglophones intéressées par la nouvelle muséologie, la muséologie communautaire, l'écomuséologie, etc.

 

D'autre part:

- la très riche littérature sur la nouvelle muséologie est majoritairement publiée en langues latines, ainsi que les thèses et mémoires universitaires sur ce sujet,

- elle n'est donc pas accessible dans les pays où la seule langue internationale est l'anglais (Inde, Chine, Japon, par exemple),

- l'ICOM, qui travaille en plusieurs langues et pourrait théoriquement faciliter la communication, ne semble pas s'intéresser pas aux recherches sur la nouvelle muséologie.

 

C'est pourquoi j'ai sabordé il y a trois ans mon site web interactions-online, devenu trop "latin", pour rechercher une formule analogue, plus moderne et  où l'anglais serait la principale langue de communication sans exclure les autres.  Des étudiants et des professeurs de la Reinwardt Academie d'Amsterdam m'ont aidé, mais il n'a pas encore été possible d'aller plus loin, aucune institution n'acceptant d'être le support de ce site.

 

Maurizio Maggi avait essayé de créer une version anglaise du site web de Mondi Locali, mais là encore il n'y a pas eu de suite après son abandon de ce groupe. Le MINOM lui-même est essentiellement lusophone.

 

Que faire? Faut-il constituer un monde "latin" de la nouvelle muséologie, où les membres se suffiraient à eux-mêmes? Une institution acceptera-t-elle de créer un "interface" entre ce monde et le monde anglophone pour que des échanges et des coopérations puissent se faire?

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 11:43

J'ai vu et appris tellement de choses pendant ce voyage, qu'il m'a paru utile d'en garder la trace écrite. Je peux évidemment répondre à toute question sur un sujet qui intéresserait un visiteur de ce blog.

Hugues de Varine

 

Départ le 22 novembre de Paris pour un voyage un peu compliqué, destiné surtout à promouvoir l'édition portugaise de mon livre As Raizes do Futuro  (Medianiz, 2012). Ce voyage était organisé, remarquablement, par Claúdia Feijó, coordinatrice du musée communautaire de Lomba do Pinheiro à Porto Alegre (RS), que je remercie pour son sens de la négociation, sa disponibilité et sa gentillesse.

23 novembre – Petrópolis (RJ), journée de clôture du Forum national des musées brésiliens, organisé par l'IBRAM (Institut brésilien des musées). J'y présente des souvenirs et des analyses personnelles sur le thème: « 40 anos depois : as lições de Santiago. Os museus, atores das mudanças sociais » (40 ans après, les leçons de Santiago – les musées acteurs des changements sociaux). Il s'agissait en effet du 40° anniversaire de la table-ronde de l'Unesco tenue à Santiago du Chili en mai 1972. Il est curieux de voir combien cette table-ronde qui, dans les années 70, était passée pratiquement inaperçue, est maintenant célébrée comme un acte fondateur de la nouvelle muséologie.

Débats au sein du Forum sur le programme fédéral de Pontos de Memória, qui soulève à la fois une forte demande de la part des projets locaux et de nombreuses questions de méthode.

Discussion avec des fonctionnaires de l'IBRAM qui montrent de l'intérêt pour des échanges avec l'Europe dans le domaine de la muséologie, mais à condition que ces échanges soient équilibrés. Je pense personnellement que les gens des musées et du patrimoine en Europe ont beaucoup à apprendre des brésiliens, mais ces échanges devraient se faire entre musées et professionnels, plutôt que dans le cadre d'accords diplomatiques qui habituellement impliquent surtout les institutions les plus conformistes et les plus prestigieuses.

24 novembre– de Petrópolis à Rio puis à Salvador (Ba). Accueil par Maria Célia Moura Santos, enseignante et praticienne très expérimentée de la muséologie, fondatrice du musée pédagogique de Itapuã et actuellement responsable du « Système des musées » de l'Etat de Bahia. Je ne reconnais pas la ville, tant elle est devenue une forêt de gratte-ciels installés dans tous les sens. Mais avant l'atterrissage, j'ai observé un extraordinaire paysage de petites urbanisations sur des collines tout autour de la ville.

25 novembre – visite du Terreiro de Portão, sanctuaire de candomblé fondé par la célèbre Mãe Mirinha, qui est actuellement un musée communautaire qui bénéficie d'un « ponto de memória ». Ce terreiro est en réalité un considérable centre social communautaire qui depuis plus de 40 ans dessert les populations environnantes : mémoire, solidarité, santé, éducation, alimentation, sports, loisirs, mais aussi spiritualité afro-brésilienne. Il est inséré dans un vaste réseau d'autres terreiros. Sa responsable est la petite fille de la fondatrice, Maria Lucia, qui a été initiée et désignée pour succéder à celle-ci.

26 novembre – le matin, visite de l'Engenho Freguezia (Museu do Recôncavo, également appelé Museu Wanderley Pinho), une ancienne exploitation de canne à sucre, l'une des rares encore visitables dans l'Etat de Bahia. C'est l'équivalent d'un château européen, du 18° siècle, avec chapelle baroque, étage noble pour la réception et étage bas de services et de bureaux de l'entreprise. En bordure de mer, avec toutes les installations agricoles actuellement en ruines, senzala (logements des esclaves) et autres éléments annexes (casa da farinha). Roda de conversa avec des membres de la communauté, pour discuter l'avenir de ce musée en pleine reconstruction. Il y a bien un sens d'appartenance collective et des demandes de la part des habitants, pas seulement pour les bâtiments, mais aussi pour tout le territoire.

La "roda de conversa" est une méthode typiquement brésilienne de consultation populaire: les gens de la communauté s'assoient sur des chaises le long des murs d'une salle et parlent très librement du sujet qui leur est proposé (mémoire des lieux, projets, etc.). Il n'y a pas d'animation ni de conclusion, mais une grande liberté d'expression.

Le soir, conférence sur « museu e desenvolvimento local » (musée et développement local), toujours dans le cadre du 40° anniversaire de Santiago, dans les jardins du Palacio da Aclamação.

27 novembre – Salvador-Brasília (DF). Visite du Projeto Piloto, la capitale dessinée par Lúcio Costa et construite notamment par Oscar Niemeyer. Il me semble que cet ensemble urbain, très protégé, évolue bien avec le temps. Il y a actuellement plus de 60 musées dans la capitale : chaque ministère et grande institution a le sien. Cela paraît peut-être un peu exagéré : y a-t-il un nombre de visiteurs significatif pour les visiter tous?

Le soir, visite pour une « roda de conversa » au quartier Estrutural, un autre Ponto de Memória, dans un quartier d'auto-construction de la banlieue. Un contraste saisissant. Des populations marginalisées, sans le minimum de services publics sociaux ou de santé, mais une extraordinaire capacité d'initiative et de solidarité. Cet espace communautaire est animé en particulier par Abadia Catadora (les catadores vivent du ramassage et de la vente de cartons, papiers et autres déchets recyclables). Fortes actions pour la promotion des capacités et des compétences des femmes de la communauté. Création d'une maison d'édition populaire qui publie des petits livres écrits par les habitants et les diffuse sous couverture en carton recyclé. Projet de bibliothèque de rue composée de livres récupérés dans les ordures et nettoyés/restaurés avec l'aide de l'Université.

Dans l'après-midi, conférence à l'Université (UniB) sur « a museologia comunitária, avanços e desafios » (la muséologie communautaire, avancées et enjeux). L'équipe d'enseignement de la muséologie (Prof. Silmara Küster) est très impliquée dans la nouvelle muséologie.

28 novembre – Brasília-Goiânia (GO). Accueil par l'Université fédérale de Goias (UFG) et Prof. Manuelina Duarte. Visite du musée universitaire d'anthropologie, rencontre de deux artisanes indiennes qui viennent vendre des bonecas Karajá (poupées en céramique). Il me semble que l'exploitation touristique provoque une inflation de la production plus ou moins stéréotypée de ces statuettes qui ont à l'origine une valeur culturelle et surtout spirituelle pour l'ethnie Karajá. Cela me rappelle l'expérience avec les artisans Ilnu du Québec.

Conférence à l'université sur « museus e futuros possíveis » (musées et avenirs possibles). J'essaie d'imaginer des hypothèses d'évolution des musées en fonction de scénarios politiques globalisés.

29 novembre – Goiânia-Rio de Janeiro, via São Paulo. Dîner avec Maria de Lourdes Parreiras Horta, amie et traductrice de mon livre.

30 novembre – Rio de Janeiro. Conférence à l'Université fédérale de Rio (Unirio) sur « a museologia social na contemporaneidade » (la muséologie sociale aujourd'hui), dans le cadre du 80° anniversaire de l'école de muséologie et dans l'auditorium Paulo Freire. Remise de médailles. Accueil très sympathique du Prof. Ivan Sá, directeur de cette école, qui est une des plus anciennes du Brésil (avec Salvador).

Après-midi, séance de discussion sur le livre à la Livraria Travessia.

1° décembre – Journée de réunion de l'association brésilienne des écomusées et musées communautaires (ABREMC), à Santa Cruz. J'insiste sur la nécessité d'utiliser la conférence générale de l'Icom à Rio en 2013, pour montrer la créativité du Brésil en nouvelle muséologie. Cela pourrait se faire par une journée spéciale, à Santa Cruz, et/ou par un guide de découverte des sites de la muséologie communautaire brésilienne, auprès des principales capitales d'Etats, pour inviter les muséologues du monde entier à aller les visiter sur place, avec un accueil.

La réunion est suivie d'une brève rencontre avec les principaux animateurs de l'écomusée en création à Sepetiba (un quartier de pêcheurs avec une plage en pleine reconstitution suite à une forte pollution industrielle).

2 décembre – Rio de Janeiro-Fortaleza (Ce). Accueil par Nádia Almeida, coordonnatrice de l'Ecomuseu de Maranguape. Le centre-ville de Fortaleza est très "colonial" et protégé. Déjeuner dans un jardin public et entrevue pour la radio. Nuit dans une Fazenda extraordinaire par le cadre, l'architecture et l'aménagement, dont le propriétaire est un « coronel » tout à fait typique.

3 décembre – Maranguape. visite de l'écomusée, réunions de travail sur l'écomuséologie, présentation d'un diaporama sur la muséologie des territoires. Je suis frappé par la manière dont l'écomusée a su mobiliser des jeunes (ados) de l'école locale qui sont des animateurs-médiateurs volontaires de l'écomusée. Apparemment, celui-ci a résolu la très grande difficulté d'attirer des « vrais jeunes ». Mais il est aussi très proche des agriculteurs de l'association rurale qui lui a donné naissance.

Le soir, visite et roda de conversa au Bairro Bom Jardim, encore un Ponto de Memória: une exposition de tout ce qui a du sens pour les habitants du quartier, en particulier les différentes sensibilités religieuses. Le quartier est particulèrement violent, mais la communauté a produit un groupe fort et motivé pour assurer la charge de la mobilisation et de l'animation sociale.

4 décembre – Fortaleza. Cristina Holanda, responsable du Système des musées du Ceará et directrice du Museu do Ceará me reçoit le second jour. Je suis invité pour une réunion de travail dans un musée indigène de la communauté Jenipapo-Kanindé, au sud de Fortaleza. Deux autres communautés sont présentes, avec leurs caciques. Remarquable adaptation de la muséologie communautaire aux cultures particulières de ces populations. Le concept de patrimoine est absolument clair et approprié. L'exposition est très simple, sans scénographie ; appuyée sur le symbolique et le spirituel.

Suite à un message reçu de Guyane française, je suggère une opération de coopération technique entre un projet d'inventaire du patrimoine dans une commune de Guyane et les musées indiens du Ceará.

Le soir, conférence sur « repercussões de Santiago na contemporaneidade brasileira » (répercussions de Santiago dans l'actualité brésilienne)

5 décembre – Fortaleza-São Paulo.  Dîner avec Kátia Neves (Memórial da Resistência) et  Luiz Mizukami (Système des musées de l'Etat de São Paulo.

6 décembre – São Paulo. Discussion avec Cristina Bruno (USP, mestrado de muséologie) sur la préparation de la conférence de l'Icom Rio 2013, pour une meilleure présence des musées communautaires.

Conférence au Secrétariat à la Culture de l'Etat sur « os museus como atores do desenvolvimento » (les musées comme acteurs du développement), avec en première partie un rappel de Santiago et de ses principes et conséquences.

Visite du Museu da Lingua Portuguesa, dans une ancienne gare: un exemple de muséologie presque virtuelle, très orientée vers la diversité culturelle et ethnique du Brésil. Une foule de visiteurs de tous âges, spectaculaire !

Le soir, présentation du livre à la Pinacoteca do Estado et signatures.

7 décembre – São Paulo. Travail avec Elizabeth Torresini, sur nos projets de publications. Puis visite du Museu do Futebol, dans un stade classé MH. Ce musée fait du football le fil rouge pour reconstituer l'histoire du Brésil depuis le début du 20° siècle, et aussi l'histoire du monde. Très original. Des foules de visiteurs. Surtout, le musée est totalement adapté à tous les handicaps physiques et mentaux. Tous les médiateurs sont formés à leur accueil, les présentations sont également adaptées.

8 décembre – São Paulo-Lisbonne-Paris

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 18:43

En ce mois de mai 2012, plusieurs pays et plusieurs musées commémorent un évènement qui a joué un grand rôle dans la naissance et dans l'évolution de ce que l'on appelle la "nouvelle muséologie". En effet, il y a quarante ans exactement, à Santiago du Chili, une table ronde, organisée par l'Unesco pour réfléchir au rôle des musées dans l'Amérique Latine d'alors, écoutait Jorge Enrique Hardoy, un éminent spécialiste argentin de l'histoire des villes, parler précisément des grandes métropoles Latino-américaines, Mexico, Rio, Buenos Aires, etc. Il montrait à ces douze directeurs de grands musées la réalitré des villes où se trouvaient situées leurs institutions. Et ces gens de musées, expérimentés, éminents dans leur spécialité, ont découvert à cette occasion qu'ils ne savaient rien du milieu social dans lequel ils vivaient. Et ce fut la naissance d'un concept, celui du musée "intégral", c'est à dire intégré dans la société, au service de la société, intéressé par tout ce qui intéresse la société et ses membres.

 

Et ce concept a, lentement mais sûrement, progressé dans l'esprit des muséologues, et dans leurs pratiques. Certes pas chez les "conservateurs" des grands musées d'art, en Europe ou en Amérique du Nord, qui sont restés au service de leurs collections de chefs d'oeuvres, ainsi que des élites intellectuelles et des touristes. Mais bien chez des centaines et des milliers des créateurs, des animateurs, des responsables amateurs ou professionnels des musées locaux, liés à des territoires et à des populations. Cela a donné des musées communautaires au Mexique, des écomusées au Brésil, mais aussi en Italie, au Japon, en Chine.

 

Cette évolution n'est pas terminée. C'est pourquoi les manifestations organisées cette année à Santiago même, à Belém au Brésil, à l'Unesco à Paris, à Montréal au Canada, sont importantes. Il ne s'agit pas de nostalgie, ou de d'auto-satisfaction, mais bien de réfléchir à ce qu'il faut faire maintenant pour le patrimoine devienne réellement une ressource pour le développement des peuples, pour que leur culture vivante soit présente dans tous les programmes et dans toutes les méthodes du développement que l'on appelle soutenable.

 

Car il manque encore au moins une chose essentielle: que le musée, lorsqu'il fait cet effort d'intégration voulu à Santiago, soit reconnu comme un partenaire majeur dans les processus de développement, comme un outil fondamental de gestion du patrimoine vivant hérité des générations passées et créé par notre propre génération.

 

Des articles et des livres seront publiés à ces occasions: il sera important de montrer ce qui a été fait et ce qui est fait actuellement dans tant de pays et de lieux. Restons à l'écoute de l'innovation en matière de patrimoine et de développement.

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 15:17

 

Un essai de réflexion sur le concept et sa pratique

 

Ce terme de capacitation revient de plus en plus souvent dans les conversations ou dans les textes concernant l'éducation populaire. Il fait parfois sourire, comme tout néologisme, plus souvent il entraîne des questins, ou des critiques, ou des malentendus. Pour préparer un colloque d'écomusées en juin 21012 au Brésil, j'ai essayé de préciser son sens et son usage.

 

Quelques définitions en français

- De l’anglais capacitation, du latin capax (« capable »).

- (en sciences sociales) : Développer des capacités, par extension du sens de "capacitación" en espagnol et "capacitação" en portugais. (Wikipedia).

- (sociologie) : Prise en charge de l’individu par lui-même, de sa destinée économique, professionnelle, familiale et sociale, ou processus qui la permet. (Wiktionnaire)

Wikipedia renvoie à l'anglais "empowerment", avec cette définition : "L’empowerment, terme anglais traduit par autonomisation ou capacitation, est la prise en charge de l'individu par lui-même, de sa destinée économique, professionnelle, familiale et sociale. L'empowerment, comme son nom l'indique, est le processus d'acquisition d'un « pouvoir » (power), le pouvoir de travailler, de gagner son pain, de décider de son destin de vie sociale en respectant les besoins et termes de la société. L'autonomie d'une personne lui permet d'exister dans la communauté sans constituer un fardeau pour celle-ci. La personne autonome est une force pour la communauté."

 

De la théorie à la pratique

On voit bien ce que le terme veut dire. Au delà de la théorie, de quelles pratiques parle-t-on ?  Ce serait une méthode empirique de formation des citoyens adultes, au sein d'une communauté et sur territoire, qui accompagne des individus dans des parcours non-formels d'apprentissage technique menant à une certaine autonomie sociale et économique, dans un cadre collectif. Cela peut comporter :

 

  •  une phase d'inventaire-diagnostic participatif des ressources utilisables sur le territoire, des potentiels révélés par les membres de la communauté, des besoins immédiats et à long terme de cette communauté ;
  • une programmation à court et moyen terme, découlant du diagnostic et des souhaits de la population concernée, mais aussi d'une analyse d'un contexte plus large, macro-social et macro-économique ;
  •  une phase d'étude du projet choisi, de mobilisation des participants et d'initiation théorique qui peut exiger l'acquisition de certains savoirs indispensables (il n'existe pas de pré-requis de connaissances pour la capacitation) ;
  • une phase de production assistée ("apprendre en faisant"), qui va jusqu'à la maîtrise des débouchés de cette production ;
  • un suivi-accompagnement dans le temps pour s'assurer de la pérennité des avancées atteintes.

Les intervenants-accompagnants sont des professionnels, dotés d'une capacité d'écoute et de communication, qui acceptent de partager le quotidien des personnes formées. Ils sont également porteurs des exigences de qualité, de soutenabilité et d'économie de moyens.

La capacitation inclut tout particulièrement un volet de développement du capital social des individus et de la communauté : organisation collective, coopération, prise d'initiative, gestion de projet, communication, technologies d'information.

 

Capacitation, patrimoine et musée

La capacitation, comme moyen du développement des territoires et de l'amélioration du niveau de vie des populations, s'appuie naturellement sur les deux principales ressources de ces territoires : une ressource humaine, c'est à dire les habitants eux-mêmes, avec leurs savoirs, leur énergie, leur culture, et une ressource patrimoniale qui englobe le patrimoine naturel, culturel, matériel et immatériel.

Ce patrimoine est un matériau que les habitants doivent apprendre à connaître, à maîtriser et à utiliser, tout en le respectant (soutenabilité). Qu'il s'agisse de production agricole, horticole ou aquacole, d'activités artisanales, de gastronomie, d'accueil touristique, de spectacles de musique ou de danse traditionnelles, c'est ce patrimoine qu'il faut savoir identifier, valoriser, transformer,  en vue à la fois d'une consommation interne et d'une commercialisation dont les retombées iront essentiellement à la population elle-même ou à certains de ses membres.

Le musée (et plus particulièrement l'écomusée ou le musée communautaire) est un instrument bien adapté à la conception et à la mise en œuvre de cette capacitation, du moins dans la mesure où il est effectivement en relation étroite avec son territoire, à l'écoute et au service de sa communauté. Sa connaissance du patrimoine et de la population lui permet de jouer un rôle de mobilisation et d'organisation préalable à la capacitation, puis d'en être le maître d'œuvre.

 

L'expérience de l’Écomusée d'Amazonie (ecomuseuamazonia.blogspot.com)

Depuis plusieurs années, cet écomusée a fait de la capacitation des habitants et des communautés des territoires qui lui ont été confiés (trois îles et un district de la ville de Belém, capitale de l’État brésilien de Para) le cœur de sa politique.

Dans ces communautés relativement en marge ou isolées, à dominante rurale ou péri-urbaine, il s'agit à la fois d'acquérir une forte confiance en soi (auto-estime) et de s'appuyer de manière volontaire et créative sur les ressources locales (patrimoniales), afin d'aboutir à une réelle autonomie socio-économique, tout en accédant progressivement à un niveau de vie proche de celui des populations urbaines voisines.

Il a donc été décidé de mettre en œuvre un programme de capacitation selon quatre axes prioritaires :

  • le capital culturel : l'homme comme créateur de culture et détenteur de patrimoine,
  • le capital naturel : préservation et potentiel économique du milieu naturel,
  • le tourisme : accueil de visiteurs par la communauté et au profit de ses membres,
  • le capital social : organisation de la société, coopération et solidarité.

Ce programme, qui comporte à la fois des sessions collectives et des travaux pratiques, s'étend sur toute l'année et couvre une grande diversité de sujets, par exemple l'horticulture familiale, l'élevage de crevettes, la gestion de la forêt, la production céramique, la danse traditionnelle "carimbó", la création d'itinéraires d'observation, les foires de produits locaux, l'organisation de fêtes et de festivals de village, la constitution de groupements économiques ou de coopératives, etc.

 

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