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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 15:03
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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 14:41
Du nouveau à Nancray

Tout le monde connaît, ou devrait connaître, le Musée des maisons comtoises à Nancray (Doubs). Il se distingue des autres musées de plein air par les choix qui sont faits d'utiliser l'espace et les édifices présentés pour faire de la visite une expérience totale non seulement de la vie rurale, mais aussi aussi des problématiques actuelles de l'environnement liées à l'habitat, à l'énergie, à l'utilisation du sol. Il est pour cela constamment à la recherche de nouvelles méthodes de pédagogie, de médiation, d'accessibilité, et cela en utilisant les techniques les plus modernes, et même expérimentales. S'adressant essentiellement aux publics de l'agglomération de Besançon et de la région de Franche Comté, le musée fait travailler artisans, chercheurs, "start-ups" locales.

Si vous ne le connaissez pas encore, allez sur http://www.maisons-comtoises.org/

Je veux seulement aujourd'hui présenter la toute nouvelle innovation, à apparaître en avril, qui va permettre à de nombreux visiteurs une interaction avec le patrimoine d'une manière encore inconnue, et fascinante. La directrice du musée, Marie Spinelli-Flesch, m'a autorisé à diffuser ici le communiqué de presse qu'elle vient le lancer. Je l'en remercie.

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« TIME », un outil de visite numérique innovant

au Musée de plein air des Maisons comtoises

Le projet en quelques mots...

Le Musée de plein air des Maisons comtoises souhaite mettre en œuvre un outil numérique innovant de visite, qui soit tout à la fois connecté au territoire régional et au service de tous les publics : familles, enfants, seniors, personnes en situation de handicap et public étranger.

Conçu comme une aventure immersive dans le temps et l’espace, il se nomme « TIME » (time machine museum experience), en clin d’œil à la Franche-Comté, terre d’utopie et d’innovation reconnue pour ses savoir-faire industriels, en matière d’horlogerie notamment.

Consultable sur smartphone ou tablette numérique, TIME est un projet de diffusion de contenus scientifiques et culturels, qui donnera accès à des visites guidées (en anglais, allemand, langue des signes, audio-description…) et à un service ludique en 3 D destiné aux plus jeunes (un jeu de piste en réalité augmentée permettant de comprendre l'évolution des conditions de travail et de la vie quotidienne entre 1750 et 1950).

Elaboré avec et pour les publics, ce dispositif permettra une visite du musée ensemble, grâce à des contenus adaptés à chacun et à une technologie innovante (diffusion instantanée de contenus numériques sans téléchargement préalable d’application ni abonnement nécessaire à internet, faible sollicitation des équipements personnels des visiteurs puisque absence de connexion internet par définition énergivore).

Enrichi par les contenus numériques fournis par les partenaires, ce nouvel outil de visite va permettre d’ouvrir le discours scientifique du musée à son territoire, en l’inscrivant à la fois dans une continuité historique et dans une dynamique résolument contemporaine. Il s’agit de faire connaître aux différents publics les ressources de la région, de leur faire comprendre comment les activités d'aujourd'hui s'enracinent dans celles d'hier et en sont les prolongements.

En valorisant les richesses du territoire, tant sur le plan culturel que sur le plan économique, artisanal et industriel, le projet TIME a notamment pour objectif de donner une meilleure lisibilité au caractère agricole et industriel de la Franche-Comté, ainsi qu'au tourisme qui s'y rapporte, entre transmission des savoir-faire et (r)évolutions technologiques.

Le réseau au cœur de ce projet sera constitué de musées, de professionnels de l’urbanisme et de l’environnement (CAUE, parcs naturels régionaux…), d’établissements d’enseignement et de formation, mais aussi d'artisans, d’entreprises, d'exploitants agricoles, d'associations… qui ont tous, du fait de leur activité, un lien avec le patrimoine matériel ou immatériel présenté au Musée.


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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 09:15

Les évènements de ces derniers jours en France, qui ont eu un retentissement mondial, ont été marqués par le mot de LIBERTÉ. C'est un grand mot, mais il peut être dangereux de l'employer pour tout et n'importe quoi, surtout si l'on veut qu'elle soit un droit, que ce droit soit absolu, en toutes circonstances, même si cela gêne d'autres et si cela met en danger l'ordre public. C'est une interprétation abusive et dangereuse de l'article 4 de la Déclaration des Droits de l'Homme, selon lequel "la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui".

Prenons la liberté d'expression: peut-on tout dire (et faire rire de tout), sur tous les sujets, même au risque de choquer, ou de blesser une partie de ceux qui nous écoutent ? Je pense par exemple aux attaques contre des religions. C'est ce qu'on entend depuis huit jours. Dans le même temps, on veut interdire à d'autres gens ou médias d'exprimer des idées ou des opinions avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord. Je pense par exemple aux déclarations racistes ou xénophobes.

Ce droit absolu et exclusif est revendiqué par une minorité de professionnels de l'opinion publique: médias, intellectuels, politiques, artistes, qui se veulent des directeurs de conscience, prenant ainsi la place qu'occupait le clergé catholique au XIX° siècle. Ils veulent cette liberté d'expression pour eux-mêmes. Et ils sont aidés, dans des jours comme ceux que nous venons de vivre, par l'émotion de la grande masse de la population, qui réagit avec ses tripes et est prête à adopter des slogans faciles, même s'ils sont contradictoires: par exemple "être Charlie" et "éviter l'amalgame entre terrorisme et Islam".

Le fait est que nous manquons d'outils pour promouvoir des comportements, y compris en matière d'expression, qui soient raisonnés, qui respectent les différences entre les gens et qui soient compréhensibles par le plus grand nombre. J'entends proclamer, depuis des années, que, en France, c'est l'école de la République qui permet l'intégration et l'égalité de tous dans un corps social qui est uni autour des "valeurs" universelles de cette même République. Malheureusement, ça ne fonctionne pas comme ça. Nos enfants ne passent que peu de temps à l'école, au collège, au lycée, à l'université. Certes, ils y sont instruits et y entendent des cours sur les grands principes du "vivre ensemble". Mais, dans tout le reste de leur vie quotidienne, ils sont soumis à une éducation et à des influences dans leur famille et dans la rue. Cette éducation et ces influences sont souvent beaucoup plus convaincantes, radicalement différentes de ce qui est enseigné à l'école et mieux adaptées à des situations évidentes d'oppression, de discrimination, de mépris, de marginalisation. Il y a alors de bonnes chances que l'impact de l'école soit nul pour beaucoup de ces jeunes. Et nous ne parlons même pas ici de l'école de la prison.

Il y avait autrefois quelque chose qui s'appelait l'éducation populaire, portée par d'innombrables militants bénévoles. Ce mouvement a évolué vers la professionnalisation: les bénévoles ont été remplacés par des salariés de plus en plus qualifiés et de moins en moins militants. Les structures dites d'éducation populaire sont maintenant des services publics de statut privé, financés par l'argent de l'Etat et des collectivités territoriales, encadrés de normes et de contrôles.

La laïcité n'a rien arrangé, car ses promoteurs les plus radicaux et sectaires veulent empêcher les religions de jouer leurs rôles de modération et de pacification.

Il y a heureusement de nombreuses initiatives très locales, émanant des territoires et des communautés, très fortes et innovantes, encore parfois militantes et bénévoles, mais elles ont beaucoup de mal à exister sans subventions et sans professionnels et doivent généralement se limiter à la solution de problèmes précis, ponctuels, concrets, qui ne peuvent contribuer à la renaissance d'une véritable éducation populaire qui agirait globalement sur la population française, à la fois à travers les familles (par la mobilisation et la formation des parents) et à travers la vie de la rue (par une participation effective et volontaire des jeunes à la vie sociale).

Le "mouvement du 11 janvier" peut-il faire surgir, dans la société française, des solutions concrètes, des leaders positifs, des méthodes opérationnelles ? Sinon, comment allons-nous mener cette guerre asymétrique, où nous prétendons libérer ou démocratiser par la force d'autres peuples, tandis qu'agissent chez nous des ennemis que nous n'arrivons même pas à identifier à temps ?

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 15:01
Un panorama brésilien de la muséologie sociale

La nouvelle livraison des Cadernos du CEOM (n°41, décembre 2014) s'intitule sobrement "Museologia social" et comprend un grand nombre d'articles, évidemment en portugais, par des praticiens de terrain brésiliens (plus quelques autres) sur des expériences et des projets qui relèvent tous de ce champ de la nouvelle muséologie. Je crois que cela vaut la peine, même si on n'est pas familier avec la langue portugaise, de regarder au moins la table des matières, disponible sur internet : http://bell.unochapeco.edu.br/revistas/index.php/rcc/issue/view/168/showToc

Je rappelle que cette revue est publiée par UNOCHAPECO, Universidade Comunitária da Região de Chapecó, une région de l'Ouest de l'état brésilien de Santa Catarina. Elle attache une importance particulière à la mémoire, au patrimoine, aux questions de société et, naturellement aux actions de caractère communautaire. L'université a créé à cette fin un "Centre de Mémoire" - CEOM, dont la revue est l'instrument de diffusion.

J'attire tout particulièrement l'attention sur le dernier article: "A CARTA DAS MISSÕES Documento da Rede dos Pontos de Memória e Iniciativas Comunitárias em Memória e Museologia Social do Rio Grande do Sul (Repim- RS)", en français: La Charte des Missões - Document du Réseau des Points de Mémoire et des initiatives communautaires en mémoire et muséologie sociale dans le Rio Grande do Sul (Repim-RS). Ce texte collectif adopté l'an dernier lors d'une rencontre de ce réseau dans la région de "Missões" dans le Nord-Ouest de l'Etat représente une synthèse de très nombreuses expériences portant sur des années de travail de terrain. J'en extrais (dans ma traduction approximative) la partie qui définit le champ et les grands principes de l'action dans les communautés et qui propose une sorte d'éthique du travail communautaire sur la mémoire et le patrimoine:

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On entend par communauté, un groupe ou des groupes de personnes en situation de vulnérabilité sociale, unies par des liens historiques relatifs aux aspects territoriaux, ethniques, culturels et/ou de genre, en particulier lorsqu’ils sont mus ou organisés pour la défense et la promotion du Droit à la Mémoire et à l’Histoire, et des autres thèmes relevant des Droits Humains et Culturels ;

Le Repim-RS travaille à garantir que la relation des communautés avec les institutions partenaires (universités, entreprises et organismes publics) soit réglée par un contrat formel qui obéisse aux principes suivants :

  • que les communautés soient les protagonistes des projets dans leur conception, leur exécution et leur évaluation ;

  • que les partenaires s’attachent à corriger la vulnérabilité sociale, en particulier par la création de contreparties en matière de développement soutenable et par un engagement à lutter contre les inégalités;

  • que les fonds recueillis au nom des communautés et en raison de leurs vulnérabilités soient effectivement utilisés en faveur de ces communautés, afin de renforcer leurs espaces de mémoire et d’éducation par des équipements et des ressources suffisants;

  • que des formations et des qualifications renforcent la capacité des dirigeants et des jeunes à aider les communautés à produire leurs propres projets et à assurer la gestion de leurs propres ressources;

  • que les boursiers relevant de projets universitaires soient choisis par la communauté, et notamment par le Conseil de Gestion du Point de Mémoire;

  • que le Droit à l’image et le Droit à la propriété intellectuelle soient respectés dans la production visuelle, musicale et textuelle des actions, aussi bien dans la production enfantine que dans celle des autres membres des communautés;

  • que la production académique soit orientée dans le sens des intérêts des communautés, de manière à se conclure par des avancées pour ces communautés;

  • que la production académique textuelle et audio-visuelle revienne à la communauté en formats imprimé et numérique;

  • que la production intellectuelle concernant la communauté intègre en priorité des auteurs issus de la communauté, ou que les membres de la communauté soient co-auteurs de la production académique, d’événements, congrès, séminaires et forums;

  • que les objectifs, les méthodes, le budget, les argumentaires et les autres éléments des projets soient construits à partir des intérêts de la communauté;

  • que soit respectée la Convention 169 de l’OIT, selon laquelle il n’est pas permis de réaliser une étude ou une intervention quelconque dans une communauté, sans son autorisation expresse sous forme de documents audio-visuels, écrits ou de tout autre forme de manifestation communautaire;

  • que l’action-recherche-action soit le principe méthodologique des activités entreprises sur la mémoire communautaire.

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 16:12

Iñaki Arrieta Urtizberea (Universidad del Pais Vasco) vient de publier un nouveau livre collectif, dans la série où il rassemble chaque année des contributions de divers pays sur les nouvelles pratiques en matière de patrimoine et de musées. Cette fois, il s'agissait, à la suite d'un colloque organisé et animé par Iñaki à San Sebastian en 2013, de s'interroger sur les utilisateurs du musée et du patrimoine: correspondent-ils à la définition traditionnelle du public ou des publics, ou bien faut-il penser en termes d'usagers, ce qui fait penser à des consommateurs, ou bien encore parlons-nous d'habitants, de membres de communautés locales qui jouissent de leur patrimoine, sur leur propre territoire ?

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Iñaki Arrieta Urtizberea (Ed.), La sociedad ante los museos - Publicos, usuarios y comunidades locales, Argitalpen Zerbitzua, Servicio editorial, Bilbao, 2014, 212 pages.

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L'introduction de Iñaki Arrieta donne le ton: "Publics et musées: entre la démocratie culturelle et la mercantilisation du patrimoine". Il montre bien la différence entre grands et petits musées, entre études de public et études de marché, entre public-objet et public-sujet.

A côté d'articles théoriques et d'études de cas pratiques, j'ai été particulièrement intéressé par le texte de Mauricio Rojas Alcayaga (Universidad Alberto Hurtado, Chili): "Museos y comunidad. Estrategias creativas para publicos en barrios patrimoniales" (pages 53-74)

Il y décrit de façon très vivante l'histoire d'un quartier populaire de Santiago, Matta, qui a donné naissance, selon un processus de gestation complexe mais très "culturel", à un musée communautaire, pour la reconnaissance et la valorisation, par et pour les citoyens eux-mêmes, de ce que l'auteur appelle un patrimoine "barbare", c'est à dire issu des marges de la société.

Il pourrait être intéressant de provoquer une rencontre de travail internationale entre les promoteurs et les responsables de centres patrimoniaux communautaires dans des quartiers marginaux métropolitains tels que Matta, Lomba do Pinheiro, Maré, Bom Jardim, Milano Norte, etc. Comme le dit très bien le Prof. Rojas, on n'est plus là devant de simples processus écomuséologiques, mais devant quelque chose de plus nouveau et de plus dynamique encore, une véritable transformation de la communauté, de l'intérieur et par elle-même, la mémoire et le patrimoine étant à la fois le matériau et le carburant de cette dynamique. Il serait passionnant d'en faire exprimer la théorie et les principes par ceux-mêmes qui les vivent. Cela pourrait donner une suite à la table-ronde de Santiago !

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 09:21

Ces jours-ci, sur Facebook, une campagne se développe pour s'inquiéter du risque que courent des institutions culturelles et patrimoniales italiennes à la suite de l'adoption d'une loi (loi Deirio) qui bouleverserait l'organisation du territoire national et modifierait les compétences des divers échelons de décision. On peut comprendre l'inquiétude des professionnels devant ces changements apportés à leurs habitudes et à leurs modes de gestion et de financement traditionnels. Mais il me semble que la culture et le patrimoine ne reçoivent plus, de la part des administrateurs et des politiques la priorité qui était la leur du temps de la croissance économique perpétuelle. Un peu partout, la dette publique, le chômage, l'explosion des dépenses sociales, la fragilité des gouvernements, la complexité des rouages administratifs imposent des reclassements des priorités que l'on croyait acquises dans toutes les "bonnes" démocraties. Réveillons-nous et demandons-nous quelles sont les rapports entre le patrimoine, la culture et l'intérêt général. Quelle est l'utilité sociale de nos institutions ? Qui souffrirait de leur disparition ? Et commençons à nous réformer nous-mêmes en tenant compte de notre environnement, c'est à dire de nos territoires et de nos communautés. Comment produire et consommer la patrimoine et la culture "en circuit court" ?

Je reproduis ci-dessous le petit texte que j'ai publié sur Facebook comme participation un peu provocante au débat italien. Mais je ne suis pas italien et je crois qu'il faut élargir ce débat à toute l'Europe. Ce devrait être une préoccupation majeure et urgente des organisations professionnelles.

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Que fait l'ICOM-Europe ? De nombreux pays européens sont en train d'aller (plus ou moins loin) dans le même sens que l'Italie. Cela fait maintenant plus de cinq ans que l'on discute entre professionnels des différents pays (Italie, France, Portugal, Suède, etc.) de ce qui va se passer, ou de ce qui se passe déjà. Il est évident que le modèle européen du "service public de la culture" est en train de disparaître avec la croissance économique, l'élitisme intellectuel, la domination du tout- tourisme. Il ne sert à rien de protester. Il faut s'organiser, changer de gouvernance, identifier et mobiliser les stake-holders / parties prenantes du patrimoine et de l'action culturelle, valoriser et susciter le volontariat, remplacer les notions administratives (état, régions, provinces, communes) par la notion de territoire et celle de communauté pour une gestion partagée du bien commun. Ce sera long et difficile, c'est pourquoi il faut commencer tout de suite, d'abord au niveau de chaque territoire.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 17:03

Je viens de passer cinq jours à Trente et dans la province autonome du Trentin, à l'occasion d'une réunion d'écomusées italiens sur le thème "patrimoine culturel, communauté et développement local" (15-16 novembre). Cela m'a permis de visiter plusieurs écomusées et de rencontrer certains coordonnateurs, animateurs et responsables administratifs des écomusées du Trentin et d'autres régions d'Italie. Il faut reconnaître que le Trentin a été, depuis les années 2000 le principal soutien du remarquable réseau de coopération entre écomusées Italiens et européens appelé Mondi Locali et aussi de la publication des actes en anglais de la rencontre des écomusées en Chine (2005).

Plusieurs choses m'ont frappé:

- la rencontre était organisée avec "l'Ecole de la communauté" un groupement de personnalités du Trentin liées notamment au mouvement coopératif économique et social, qui s'est créé pour provoquer des réflexions sur des sujets de l'actualité la plus vitale de notre époque. J'ai seulement regretté qu'il n'y ait pas eu plus d'interventions de la part des coopérateurs, car je crois effectivement que les écomusées ont beaucoup à partager avec eux.

- la relation entre musées et écomusées prend ici plusieurs formes (collaboration scientifique ou échanges professionnels par exemple), mais surtout une intégration des petits musées locaux traditionnels (avec collections et expositions permanentes) dans le dispositif des différents écomusées. C'est ainsi que l’écomusée de Tesino comprend dans son réseau local la maison-musée de Alcide Degasperi et le musée de l'estampe, ou que l'écomusée de Peio intègre un petit musée remarquable de la guerre de 14-18. L'écomusée, en tant que tel, n'a pas de collection et son activité d'exposition est réduite ou temporaire, mais il reconnaît que les musées locaux de son territoire sont des éléments importants du patrimoine, au même titre qu'un monument, une bibliothèque, et en général le paysage.

- l'existence en Italie du concept de "musée diffus", un musée classique qui travaille effectivement sur un territoire, bien au delà de ses murs. C'est le cas du Musée de sciences de Trente (MUSE) qui a des antennes dans toute la province et aussi, en Piémont, du Musée de la Résistance de Turin. Ces musées ne sont plus enfermés dans leurs murs et servent des populations et des publics plus larges en allant jusqu'à eux.

- l'importance du travail en réseaux, tant à l'intérieur de chaque territoire (voir sur ce point de que Laura Gavinelli en a dit dans sa thèse qu'il faudrait bien publier !) que entre écomusées dans la province. J'ai constaté l'importance de ces liens de solidarité et de coopération pour la reconnaissance de l'écomusée comme un élément des stratégies de développement de la province.

- la préparation de la Conférence générale de l'Icom en 2016 et celle de l'Expo universelle de Milan en 2015 ont amené les participants à s'interroger une nouvelle fois sur la nécessité d'un réseau national d'écomusées, prenant le relais de Mondi Locali qui connaît actuellement les difficultés de tout groupe purement volontaire, sans structures permanentes. Ce réseau national placerait les écomusées italiens sur le même plan que des autres groupements de musées, d'art, d'archéologie, de sciences, etc. Il pourrait aussi coopérer avec les autres groupements d'écomusées ou de musées communautaires existant en France, au Portugal, au japon, au Mexique ou au Brésil.

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 14:07

Une correspondance récente avec Raul Dal Santo, coordonnateur de l'Ecomuseo del Paesaggio de Parabiago (Lombardie), m'a donné l'idée de faire connaître la remarquable expérience de développement local dont j'avais pu voir certains aspects l'an dernier sur place. Voici donc une courte mise en contexte suivie d'un article qui devrait donner envie d'aller voir la réalité sur place (la traduction est de moi)..

L'expérience de l'Agenda 21 local et de l'Ecomusée du Paysage de Parabiago a permis d'expérimenter des méthodes de programmation et d'action participative qui ont mis au centre de l'attention le patrimoine communautaire comme élément-clé du développement local.

Le Parc des Moulins, qui comprend environ 500 hectares d'aires fluviales sur le territoire de 5 communes, est géré par la commune de Parabiago, cette même collectivité qui gère également l'Agenda 21 local et l'Ecomusée de Parabiago. Compte tenu des bons résultats obtenus, le Parc a adopté un processus de participation permanente selon les mêmes modalités que celles qui avaient été adoptées auparavant par l'Ecomusée de Parabiago.

L'écomusée a donc assumé le rôle de partenaire technique du Parc et se charge d'en divulguer les résultats sur son propre site (en italien, anglais et espagnol):

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it/ecomuseo/dallamappaallereti.html

Subsidiarité et patrimoine communautaire

dans la gestion du bassin de la rivière Olona

Raul Dal Santo (Parco dei Mulini) et Lucia Vignati (Ecomuseo del Paesaggio di Parabiago)

Résumé

Le Parc des Moulins, par un processus de participation permanente, a facilité la création d'un réseau d'acteurs institutionnels, économiques et du secteur non-lucratif qui a recensé le patrimoine communautaire à valoriser, a élaboré le Pacte de l'Olona et a mis en œuvre ce pacte selon le principe de subsidiarité, par l'utilisation de ressources humaines et financières importantes.

Introduction

La crise actuelle, qui entraîne un appauvrissement général, oblige à reconnaître et à valoriser les biens communs en vue du développement social, environnemental et économique des communautés locales. Toutefois le plus souvent, d'une part la communauté ne reconnaît pas ces biens comme faisant partie de son patrimoine, d'autre part, le modèle obsolète de gouvernance qui repose sur une logique de relation bipolaire administrateur-administré ne permet pas à la communauté elle-même de mobiliser ses propres ressources pour participer à la solution de problèmes qui souvent, en raison de leur complexité, ne peuvent être résolus par les seules institutions.

Le Parc Local d'intérêt intercommunal des Moulins, situé dans la plaine au nord de Milan, sur une partie du bassin de la rivière Olona, se caractérise par une incapacité diffuse de ses habitants de percevoir la valeur des lieux, de reconnaître dans le territoire non seulement un espace qui est à leur disposition pour construire, produire et se déplacer, mais aussi un patrimoine à préserver et à améliorer. Il en est résulté de profondes atteintes au paysage, telles qu'une perte de diversité biologique et culturelle, le déplacement et la séparation physique de l'habitat humain par rapport à l'habitat naturel de graves ruptures dans les paysages. La rivière Olona, polluée, incapable de résorber les crues et de maintenir une communauté biologique complexe, est emblématique de ce paysage dégradé.

Actions et méthodes

Dès 2010, le Parc des Moulins a lancé un processus de participation permanente, visant à la réalisation de l'inventaire du patrimoine naturel et culturel, à l'adoption d'un programme pluriannuel d'intervention, à la réalisation concertée d'études de faisabilité pour la requalification paysagère de l'espace périfluvial et à l'élargissement du réseau partenarial qui collabore avec le Parc. Aux organismes politiques et techniques du Parc se sont ajoutés un forum de participation ouvert à tous et un groupe de projet, constitué des propriétaires des abords de la rivière (communes, gestionnaires des stations d'épuration, quelques propriétaires individuels, une entreprise privée) et d'autres partenaires du projet. Font partie de ces dernières structures quelques associations environnementales et culturelles, telles que le District Agricole de l'Olona et le Consortium de l'Olona.

Ces différents acteurs ont interagi par la réalisation en commun d'une carte (sur le modèle des parish maps anglaises) qui repère et signale le patrimoine communautaire à valoriser et d'un plan comportant à la fois les actions programmées et leur impact sur la rivière et ses abords.

Le Parc a créé, favorisé et coordonné une alliance entre le public et le privé dans le but d'atteindre ensemble des objectifs, concertés lors du processus participatif, selon le principe de la subsidiarité horizontale. Enfin, le Parc a activement collaboré et interagi avec de nombreuses institutions, selon le principe de la subsidiarité verticale, dans le cadre des instances officielles promues par la Région Lombardie, telles que le Contrat de bassin, le Pacte pour le développement de la trame verte du Canal Villoresi (voir bibliographie ci-dessous), le Groupe technique pour les travaux de contrôle des crues sur l'Olona et enfin l'Observatoire régional pour l'Expo 2015.

Résultats

De 2010 à 2014, on a tenu 35 rencontres participatives sur des projets. En 2011, la carte du patrimoine communautaire du Parc a été diffusée. En juin 2013, les 5 municipalités du Parc, 18 partenaires du programme, 7 propriétaires de terrains et de nombreux citoyens ont signé le Pacte de l'Olona qui fixe les objectifs à atteindre pour tout le Parc des Moulins, et qui prévoit 10 études de faisabilité pour la requalification d'environ 45 hectares de paysage péri-fluvial, correspondant à environ 10% de la superficie du territoire de projet.

Parallèlement aux activités de cartographie et de planification/programmation participantes, le réseau des partenaires a organisé, entre 2010 et 2014, 71 événements/actions, parmi lesquels il faut citer le nettoyage et la réutilisation à des fins écologiques d'une rigole d'irrigation d'origine médiévale (le Riale de Parabiago), deux interventions de ré-empoissonnement de l'Olona, le nettoyage de ses berges et l'ouverture d'accès pour l'observation et la pêche, la remise en état de la dernière zone humide naturelle du territoire (la Foppa de San Vittore Olona) et les nombreuses initiatives culturelles destinées à mobiliser les riverains et les voisins de l'Olona (les événements de printemps et d'automne "Mulino Day" et "Giri d'Acqua", les activités éducatives "attention aux nids"). Tout cela est fait avec des ressources financière extrêmement limitées. Le Parc a réussi à réunir et à coordonner les importantes ressources humaines, les compétences et les connaissances propres des 65 partenaires qui ont collaboré librement et en pleine connaissance de cause.

Néanmoins, de 2013 à 2014, le Parc a réussi à trouver les ressources financières nécessaires pour la réalisation des travaux prévus par le Pacte de l'Olona, au niveau de 3 millions d'euros: 1,5 M€ pour la construction de la voie cyclable longeant l'Olona, entièrement financé par la Région Lombardie, et 1,5 M€ pour les interventions écologiques et les travaux sur la rivière elle-même, ainsi répartis: 350.000 de l'Expo 2015, 124.000 du Contrat de rivière, 350.000 de la fondation Cariplo, 30.000 de CAP Hording (gestionnaire de la station d'épuration), 371.000 de AIPO (Agence interrégionale du fleuve Po) et, pour le reste du Parc lui-même et des municipalités riveraines.

Le processus d'implication du Parc et de ses partenaires dans les travaux de l'instance technique de programmation a rendu possible une modification des plans des travaux de contrôle des crues qui ont comporté, dans la phase d'exécution, une forte composante environnementale. Ils intéressent en effet 35 hectares, soit 7% de la superficie du Parc et prévoient 2 zones d'expansion et 3 digues: tout cela touche des aspects hydrauliques, écologiques, de cultures fruitières et d'agriculture.

Conclusions

Pendant ces cinq dernières années, le Parc des moulins, à travers les processus de participation permanente, la valorisation des compétences, des savoirs et des ressources du territoire, le recours systématique aux principes de subsidiarité et de co-responsabilité, a assumé le rôle de facilitateur d'un réseau complexe d'acteurs qui a permis de capter d'importantes ressources humaines et financières provenant d’institutions publiques et privées.

Ainsi s'est créé un modèle de gouvernance du territoire, respectueux de la logique de l'administration partagée et du principe constitutionnel de subsidiarité, et un "projet de territoire" capable de traiter et d'intégrer des éléments physiques, des méthodes de gestion et des procédures, ainsi que d'assurer la co-existence de l'intérêt général et des intérêts privés.

C'est un projet qui, par la redécouverte et la valorisation du patrimoine commun, a permis de progresser vers une situation où l'Olona, la rivière "invisible", deviendra cette rivière civilisée, culturelle et naturelle, qui pendant des millénaires a été l'axe du développement de ce territoire, recréant au long de son cours une nouvelle cité plus habitable.

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Bibliographie et ressources Web

AA.VV. “Dalla mappa del parco alla realizzazione delle reti. Qualificare il paesaggio periurbano lungo il medio corso del fiume Olona”, les e-book de l'Ecomuseo di Parabiago, 2013

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it/ link “Mappa di comunità” e “Dalla mappa alla costruzione delle reti”.

http://www.contrattidifiume.it/1721,News.html

http:// www. Patto per lo sviluppo del Sistema Verde V'Arco Villoresi

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 15:06

En 1982, Jacques Chazelle, ambassadeur de France au Portugal, me demandait de venir à Lisbonne pour l'aider à construire et à faire revivre le nouveau siège de l'institut français, qui subsistait alors dans un demi-couloir du Lycée Charles Lepierre. Nous avons travaillé ensemble pendant deux ans, pour "inventer" un projet adapté au contexte: le Portugal récemment libéré de 46 ans de dictature, bientôt membre de l'Union européenne, entretenant des relations culturelles, sociales et économiques très étroites avec la France, en particulier à cause de l'importance d'une émigration historique considérable de réfugiés politiques, de réfractaires aux guerres coloniales et de victimes du faible développement des régions de l'intérieur. Cette émigration concernait à l'époque environ 15% de la population portugaise, dont beaucoup étaient rentrés ou allaient rentrer "na sua terra". Le phénomène du va et vient (cá e lá) était et est encore une caractéristique majeure des relations entre France et Portugal.

Nous avons organisé des rencontres avec les principaux acteurs de la vie culturelle du pays, exploré les zones de plus forte émigration, comblé certaines lacunes des relations entre les deux pays (un poste d'assistante sociale, un poste de chargée de mission scientifique, au sein de l'institut), organisé des débats avec les animateurs et les enseignants portugais dans les communautés émigrées en France, créé des cours de portugais-langue étrangère à côté des cours de français, etc. En même temps, deux expériences furent tentées pour constituer auprès de deux groupes de jeunes retournés au Portugal après avoir vécu en France plus de quinze ans, des petits lots de publications et de disques choisis dans les doubles de la médiathèque de l'Institut. Nous avons vu que tout cela correspondait à des besoins réels et qu'il était essentiel de faire de l'Institut un objet unique, sans équivalent parmi les autres centres culturels français.

Pour cela, nous avons voulu que l'institut soit appelé l'Institut Franco-Portugais et que son développement soit accompagné et guidé par un organe consultatif composé de personnalités portugaises représentatives des principaux secteurs d'activités de l'institut. De même, symboliquement, nous avons demandé au grand artiste Manuel Cargaleiro de créer l'habillage des deux façades du nouveau bâtiment de l'Institut, en azulejos.

Malheureusement, à Paris, l'administration des Affaires Etrangères ne voulut rien entendre, car elle ne s'intéressait qu'à la propagande culturelle (artistique) française auprès des élites de Lisbonne. Je donnai ma démission devant le rejet de notre travail. Le nouveau bâtiment fut inauguré en 1984 (tiens ! il y a juste trente ans). Depuis, l'Institut perdit ses postes social et scientifique, fut utilisé pour héberger l'Alliance française et le service culturel de l'ambassade, loua certains locaux à l'ambassade de Roumanie et mena une programmation artistique identique à celle de tous les centres culturels français dans le monde.

Et maintenant, j'apprends par une amie portugaise qui m'envoie un article du journal Público du 23 octobre, que le bâtiment de l'Institut va être vendu et ses activités transférées dans les locaux de l'ambassade.

Je préfère cette solution, qui a le mérite de la franchise: l'action culturelle française à Lisbonne sera l'expression de l'ambassade et reflètera bien les intentions du ministère. C'est plus clair et le Público laisse entendre que la nouvelle action culturelle française se fera "hors les murs" et utilisera les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, ce dont je ne peux que me réjouir, car l'intérieur du pays, où se trouvent des centaines de milliers de francophones, a toujours été défavorisé par l'incapacité de l'Institut d'aller sur le terrain pour rencontrer les gens qui en avaient réellement besoin.

Bonne chance donc au nouvel Institut et toutes mes amitiés à son personnel, notamment à ceux de ses membres que j'ai connus et qui y travaillent encore.

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 16:19

J'ai souvent défendu l'idée que la cohabitation entre communautés d'origines culturelles différentes sur un même territoire nécessitait une connaissance des patrimoines de chacune de ces communautés par les autres. C'est ainsi qu'il est très important que le patrimoine d'une communauté immigrée soit à la fois valorisé aux yeux des membres de cette communauté (question d'auto-estime) et partagé avec dignité et respect par les autres habitants, en particulier ceux de la culture majoritaire, qui ne peuvent que s'enrichir de ces apports exogènes..

Je viens de recevoir une invitation de l'Ecomusée du Fier Monde (Montréal, Québec, Canada) pour une exposition qui va exactement dans ce sens. Il s'agit de rappeler et de mettre en valeur ce qui constitue le patrimoine immatériel, et parfois aussi matériel, des immigrants africains. Arrivés progressivement depuis environ 80 ans, ils constituent actuellement un groupe important à Montréal. Je rappelle que l'individu que nous considérons comme un immigrant est d'abord, pour lui-même, un émigrant qui est engagé dans un processus continu, qui comporte notamment un transfert de biens patrimoniaux et de culture vivante d'un territoire de départ à un territoire d'arrivée.

Pour plus de détails sur cette exposition à Montréal, voir http://ecomusee.qc.ca/evenement/afrika-montreal/

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