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21 mars 2026 6 21 /03 /mars /2026 16:02

Je viens de recevoir le livre coordonné par Federico Lovison, Mauro Pascolini et Francesco Visentin, de l'Université de Udine (Frioul-Vénétie-Julienne), intitulé "La Rete Ecomuseale - Una strategia per l'ecosistema dell'innovazione nelle Alpi Orientali" (Forum 2025 - Editrice Universitaria Udinese, 150p.). Je crois que cet ouvrage est important, car ce n'est pas seulement un nouveau livre sur les écomusées ou l'écomuséologie, c'est une contribution novatrice à la méthodologie du développement local  ou des territoires, en prenant comme cadre géographique un groupe de provinces montagneuses de l'Italie du Nord-Est. Les quinze écomusées concernés par cette recherche, qui ont maintenant une vingtaine d'années d'expérience, font partie de trois réseaux relevant de trois provinces et de trois législations différentes, mais ils appartiennent à un même monde alpin et à un mouvement écomuséal italien qui est étroitement lié aux territoires et à des processus de développement dont le patrimoine sous toutes ses formes, culturel et naturel, matériel et immatériel, constitue un facteur intégré de participation collective à la construction d'un avenir soutenable.

La grande nouveauté du travail des auteurs, chercheurs qui ne sont pas muséologues et appartiennent à des champs disciplinaires différents (géographie, droit, linguistique, communication...) est d'examiner ce que peut apporter au développement de ce cadre spécifique le travail cumulé - en réseau(x) - de ces écomusées qui sont tous des innovations, que j'appelle personnellement des "inventions", à partir, non pas d'une théorie, de principes et de règles généraux issus d'une longue suite de pratiques consacrées par des générations de scientifiques reconnus, mais de décisions prises et de pratiques testées localement en fonction du contexte, des perspectives et des choix élaborés autant que possible collectivement, ou au moins communautairement.

Non seulement le travail en réseau, maintenant bien ancré dans la pratique écomuséale italienne, est efficace au plan régional en renforçant la légitimité des structures et la collaboration entre les équipes, mais encore sa mise en œuvre au plan inter-régional (qui a déjà connu des applications limitées sous la forme de projets européens de type INTERREG, entre Savoie et Val d'Aoste par exemple) permet de démontrer la complémentarité de tous ces projets qui apportent chacun son originalité, ses moyens, son intelligence, pour constituer une sorte de capital commun d'initiatives et de méthodes qui peuvent profiter, d'abord à chaque écomusée, mais aussi à la grande région toute entière: il n'est en effet pas nécessaire d'implanter des écomusées partout, leurs exemples et leurs inventions peuvent ensemencer l'ensemble des territoires concernés, ici les Alpes orientales italiennes. Chaque écomusée, appuyé sur son propre réseau et sur les réseaux voisins appartenant au même ensemble géographique, peut ainsi devenir "influenceur" de proximité.

Ce que ce livre nous laisse imaginer, ou espérer, c'est la création d'une "boîte à outils" opérationnelle qui utiliserait le patrimoine sous toutes ses formes comme le matériau local disponible pour alimenter et accompagner les stratégies et les programmes de développement de chaque territoire à l'intérieur et dans l'intérêt de grands ensembles de territoires.

 

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9 février 2026 1 09 /02 /février /2026 16:58

On m'a signalé le podcast https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/des-gestes-et-des-outils-exposer-le-monde-paysan-1196210, où Bertrand Tillier, historien du patrimoine, commente de façon critique, soixante ans après, l'aventure scientifique de la recherche interdisciplinaire imaginée et coordonnée par Georges Henri Rivière (GHR) en Aubrac dans les années 60, au moment où il planifiait ce qui allait devenir le Musée National des Arts et Traditions Populaires à Paris.

Sur l'Aubrac, dont j'avais beaucoup entendu parler par GHR (auquel je succédais comme directeur du Conseil International des Musées (ICOM) à la même époque, je voudrais simplement conter une petite histoire vécue. En 1971, lors d'un déjeuner amical à Paris avec Jacques Chazelle, alors Commissaire Général à la Productivité, celui-ci me raconta une réunion de travail à laquelle il avait participé à Florac, sous la présidence du préfet de Lozère, pour coordonner les actions de l’État concernant le développement de l'Aubrac. Il était consterné de constater que les fonctionnaires présents, représentant les différentes administrations décentralisées de L’État, ne savaient rien de l'Aubrac et s'avéraient incapables de concevoir un programme cohérent sur ce territoire. Il fut stupéfait d'apprendre par moi que le musée des ATP, le CNRS et des chercheurs de nombreuses disciplines avaient travaillé pendant cinq ans sur ce territoire et accumulé une masse considérable de données et de documents sur lui, qui étaient en cours de publication "scientifique".

Dans les dernières minutes du podcast, il est parlé sommairement des évènements de 1971-1972, de la naissance du terme écomusée et du colloque international itinérant tenu par l'ICOM en France à Marquèze, Fos-sur-Mer, Lourmarin, Dijon et Paris, en vue de préciser au plus près du terrain le concept récent d'écomusée et son contenu, dans une optique de reconnaissance internationale. Georges Henri Rivière fut le principal rédacteur de sa conclusion, lors de la séance de clôture au musée des ATP à Paris.

Bertrand Tillier mentionne aussi le projet du Creusot-Monceau, né en 1971 mais qui ne prit le nom d'écomusée qu'en 1974 pour des raisons opportunistes que j'ai déjà décrites ailleurs (voir à ce sujet "Mes aventures à l'écomusée de la Communauté Urbaine Le Creusot-Montceau - 1971-2014", https://www.hugues-devarine.eu/book/documents/book).

Pendant les années 1970 et 1980, alors que GHR rédigeait plusieurs versions successives de sa définition de l'écomusée, à destination des écomusées français relevant alors du Ministère de l'environnement, le nom d'écomusée fut adopté en toute indépendance dans de nombreux pays, et la réalité de cette nouvelle forme de musée multidisciplinaire, communautaire et territorial fut progressivement modelée par les pratiques locales, souvent très éloignées de la muséologie traditionnelle et des conceptions de GHR. Car celui-ci restait attaché à la notion d'objet, à celle de collection et à celle d'exposition.

Le  cas, qui eut une influence internationale, du Creusot-Montceau  est très intéressant car il a utilisé simultanément, dans sa phase créative et formative qui va de 1974 à 1990, deux pratiques plus ou moins parallèles:

- une pratique écomuséale prenant en compte la totalité du territoire et du patrimoine et associant autant que possible la population et ses organisations à sa gestion, à sa mise en valeur et à son association aux dynamiques locales de développement;

- une pratique plus proprement muséale (pilotée en partie par GHR) constituant progressivement une collection, d'abord industrielle puis de plus en plus artistique et ethnographique, confiée à une équipe professionnelle et produisant des expositions dont la principale était située dans le château de la Verrerie au Creusot.

On ne peut parler de l'écomusée du Creusot-Montceau sans raconter son évolution après cinquante années très riches en transformations et en évolutions, qui ont abouti à la création d'un grand musée industriel d'envergure et d'importance nationale, dont la forme écomuséale a progressivement disparu pour renforcer les principes et les méthodes de la gestion de ses collections et de leur présentation au public.

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9 février 2026 1 09 /02 /février /2026 16:41

Je n’ai rien écrit sur ce qu'il est advenu de l’Église de Lusigny depuis que j'ai abandonné la présidence et l'animation de l'Association des Amis de cette église, suite à un déménagement et à un changement de vie radical lié à l'entrée en maison de retraite. Mais il peut être intéressant de revoir ce qui s'est passé depuis deux ans et d'esquisser quelques perspectives.

Comme il avait été prévu par le programme de sauvegarde de notre église élaboré conjointement par la commune de Lusigny et l’Association des Amis de l’Église de Lusigny, soutenus par la Fondation nationale du Patrimoine, la toiture a été entièrement refaite en 2022 et le clocher en 2025, avec son carillon. Le budget total  a été d'environ 100 000 euros, dont 45 000 provenant de dons particuliers rassemblés par l'association à travers la Fondation du Patrimoine. Des subventions ont été obtenues de la part du département, de la région et de l’État. Une inauguration a été réalisée en juin 2025 et une messe, la première depuis 2016, a été célébrée par le curé de la paroisse en septembre 2025, avec une forte participation du village et des villages voisins.

Pendant les 9 années de réflexion, de mobilisation et de travaux, si des démarches diverses ont été entreprises pour rechercher des solutions à une future nouvelle vie de l'église, en tant que édifice cultuel, patrimoine communautaire et espace d'intérêt collectif, aucun résultat concret n'a été obtenu et l'église reste à ce jour surtout un élément de paysage, l'usage cultuel restant au mieux épisodique : le curé dessert 40 villages et autant d'églises ;  l'église principale de la paroisse "regroupée", à Bligny-sur-Ouche, est à moins de deux kilomètres et beaucoup mieux adaptée aux célébrations liturgiques.

Sur le plan des travaux, si l'extérieur est maintenant sauvegardé dans son ensemble et la sonnerie des heures restituée, il reste beaucoup à faire:

- restauration de la porte d'entrée en façade très dégradée et qu'il faut repeindre

- réfection complète et mise aux normes de l'installation électrique, pour permettre non seulement les cérémonies religieuses, mais aussi l'usage culturel ou social

- remplacement des bancs par des chaises, nécessaire pour le confort des utilisateurs

- nettoyage général et remise en état de certains locaux (sacristie, salles d’entrée, abside)

- restauration des murs et voûtes (peinture, dégradations dues à un début d'incendie accidentel,  fissures...)

Cela va nécessiter un nouveau calendrier de travaux et des financements qui relèveront des prochains mandats électoraux (des élections municipales auront lieu en mars 2026 pour 6 ans, le maire actuel ne se représentant pas).

L'association, pour sa part, s'est complètement réorganisée, avec un nouvel exécutif. Elle a repris ou envisage certaines activités d'animation: concerts, expositions, visites guidées en été. Elle pourra relancer la recherche de financements auprès de ses membres, de la population avoisinante et des visiteurs occasionnels.

Le curé pourra sans doute, de temps à autre, célébrer une messe ou une autre cérémonie, pour garder le minimum de caractère cultuel à l'édifice.

L'église peut enfin être, comme les années précédentes l’ont esquissé, le point de départ et d'arrivée de parcours patrimoniaux, compte tenu de la proximité du site ancien de Presles et des sources de l'Ouche, dont le caractère environnemental, l'histoire et la tradition d'un pèlerinage marial assurent une fréquentation relativement importante toute l'année.

En conclusion, et à titre strictement personnel, je peux dire que notre église est sauvée du point de vue de son existence physique en tant qu'édifice majeur de la communauté, dans le paysage. Il existe une réelle conscience de son importance dans la population, mais pas encore de son utilité. Les prochaines années diront si la nouvelle municipalité et l'actuelle équipe associative parviennent à entamer une nouvelle étape de la sauvegarde, non seulement du bâtiment mais de son sens et de sa, ou de ses fonctions dans sa communauté.

 

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18 novembre 2024 1 18 /11 /novembre /2024 18:09

Le développement local est fait d'initiatives, d’inventions, de stratégies endogènes, d'expérimentations, de succès et d'échecs. Tout projet, tout programme, toute histoire de développement local est une aventure unique qui a ses propres objectifs, ses propres méthodes, qui ne peuvent être copiés ou faire l'objet de modèles. Mais il est très important de les connaître, de les analyser, de les évaluer, pour en tirer ces leçons, des idées, qui pourront inspirer d’autres "inventeurs", par la force de l'exemple.

J'ai souvent souhaité que certains cas célèbres de développement local, que j'ai eu la chance de connaître, fassent l'objet de monographies, d'articles, de thèses, de recherches universitaires, puisque le plus souvent leurs acteurs n'ont eu ni le temps ni l'envie de rédiger eux-mêmes des synthèses ou des relations détaillées

Or je viens de recevoir un ouvrage que j'apprécie d'autant plus qu'il répond exactement à ce souhait:

"De la nueva museología en Molinos al Geoparque del Maestrazgo - Una experiencia de cultura de calidad para el medio rural" de Sofia Sánchez Giménez (Prensas de la Universidad de Zaragoza, 2024, 322p.)

On y voit comment un territoire particulièrement pauvre et peu peuplé de la province de Teruel en Aragon s'est construit en environ trente ans  (1980-2010), sous le nom de Maestrazgo, par la mobilisation d'une population motivée et organisée par un leader charismatique, Mateo Andrés Huesa, à partir d'un simple village de montagne (Molinos) et de la mise en valeur d'un patrimoine naturel et culturel sous toutes ses formes. Molinos et le Maestrazgo sont connus maintenant dans le monde entier par le rôle qu'ils ont joué dans la naissance de la "nouvelle muséologie" et par le concept de "parc culturel". C'est aussi un exemple de processus de développement endogène global et participatif qui fut une des réalisations marquantes du programme européen "Leader".

Je suis aussi particulièrement heureux que ce livre rende hommage à Mateo Andrés Huesa, qui a peu écrit lui-même mais dont la créativité, l'énergie et la persévérance ont permis d'aboutir à ce que je considère l'une des grandes aventures du développement local de base patrimoniale, aux côtés de sites tels que l'écomusée du Creusot-Montceau (France), l'écomusée du Fier Monde à Montréal (Québec, Canada), le consortium de développement de la Quarta Colonia (Rio Grande do Sul, Brésil)...

Merci à Sofia Sánchez Giménez de nous avoir offert ce document fondamental pour tous ceux qui veulent travailler au développement de leur territoire.

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25 février 2024 7 25 /02 /février /2024 15:41

J'avais préparé une intervention en vidéo lors la conférence du MINOM (Mouvement International de la Nouvelle Muséologie) qui vient de se tenir à Catane, en Sicile (22-23 février 2024). Un incident technique m'a empêché de la présenter. Mais comme j'avais pas mal réfléchi à cette occasion sur quelques aspects de l'évolution de la nouvelle muséologie depuis cinquante ans, je me suis dit que cela valait la peine, au moins pour moi tout seul, de rédiger ce que j'avais prévu de dire.


 

Les débuts et l'évolution de la nouvelle muséologie, depuis les années 1960

Je dois tout d'abord rendre un hommage personnel à tous les inventeurs de la nouvelle muséologie, dont j'ai eu la chance de de connaître un grand nombre et qui m'ont appris ce que c'était de concevoir et de mettre en œuvre des projets novateurs qui allaient à l'encontre des normes établies, tant en matière de patrimoine que de musées. Pour ne mentionner que celles et ceux qui sont morts, je citerai par ordre alphabétique Marie-Odile de Bary (France), Fernanda Camargo Moro (Brésil), Marcel Evrard (France), Jan Gjestrum (Norvège), John Kinard (Etats-Unis), Marc Maure (France / Norvège), Pierre Mayrand (Québec), Odalice Priosti (Brésil), Pablo Toucet (France / Niger), Georges Henri Rivière (France), Mario Vazquez (Mexique)...

*

Il faut ensuite parler des dates qui ont marqué l'émergence de ce mouvement collectif et imprévu venu de plusieurs pays et porté par des individualités fortes, qui n'étaient pas toutes, du moins au début, des professionnels des musées. Après les premières initiatives isolées dans les années 60 (les musées nationaux du Mexique en 1964, les musées de voisinage aux États-Unis au moment de la lutte pour les droits civiques, le Musée national de Niamey au Niger lors de la décolonisation), c'est en 1971 et 1972 que trois évènements indépendants se produisent: la VII° Conférence Générale de l'ICOM en France et l'invention du mot écomusée en 1971, la Table ronde de Santiago du Chili en 1972, l'invention d'une nouvelle forme de musée communautaire au Creusot en 1971-1972 qui deviendra l'Écomusée de la Communauté urbaine du Creusot-Montceau en 1974.

Une dizaine d'années plus tard, on verra apparaître les premiers écomusées au Québec et la création du MINOM (1980-1985). En 1992, au moment du Sommet de la Terre, la première rencontre internationale des Écomusées, à Rio de Janeiro, accompagne les premiers écomusées brésiliens. Dans cette même décennie des années 90, l'Italie voit naître un grand nombre d'écomusées, dotés de lois régionales qui leur donnent un statut et une légitimité. Enfin, en 2000, se forme le réseau des musées communautaires d'Amérique Latine.

Il faudrait ajouter d'autres dates qui marquent l'expansion des écomusées et en général de différentes formes de nouvelle muséologie dans de nombreux pays, en particulier au Japon, en Norvège, en France, en Scandinavie, en Espagne, en Chine, etc.

*

Lors de la XVI° Conférence générale de l'ICOM, à Québec en 1992, j'ai présenté une synthèse des débats des différents organes de la Conférence dont le thème était: "Où en sommes-nous ? Quelles devraient être les prochaines étapes ?". J'y notais déjà les évolutions de plus en plus divergentes des deux principales formes de musées:

"L'incompréhension ne peut être que totale entre un musée national, représentant la culture officielle d'un pays, éventuellement affirmant et illustrant son «identité» de nation, et un musée communautaire, reposant sur la mobilisation des différentes composantes de la population d'un territoire, et sur des arbitrages difficiles entre les objectifs et les intérêts sectoriels de ses membres.

Là l'inversion des définitions est totale: les buts poursuivis ne sont pas les mêmes et l'on se demande comment ils peuvent cohabiter dans des structures administratives et dans des procédures réglementaires conçues pour les premiers, lorsque les seconds n'existaient pas encore."i

Je ne parlais pas alors de "nouvelle muséologie" mais, plus de trente ans après mon rapport de Québec, je peux maintenant essayer de préciser les principales directions qui ont été prises par les différents initiateurs de ce mouvement et qui restent encore plus ou moins actuelles. Elles sont à mon avis au nombre de quatre, qui se recoupent plus ou moins, selon le contexte local et les intentions de chaque porteur de projet:

- l'ouverture sur l’environnement, la nature, le paysage

C'est le concept d’origine de l'écomusée, en 1971, qui devait accompagner le premier Sommet des Nations Unies sur l'environnement, à Stockholm en 1972. Il s'appliqua aux écomusées des parcs naturels régionaux français dans les années 70, à l'écomusée d'Itaipu, premier de ce type au Brésil en 1987, à des écomusées liés à des programmes "Agenda 21" après le sommet de Rio en 1992, notamment en Italie.

- la modernisation critique de la muséologie et de la muséographie

Elle s'applique le plus souvent à des musées petits ou moyens existants, pluridisciplinaires, par l'introduction des nouvelles technologies de la communication, de la présentation, de la numérisation et en général une refonte des musées de territoire ou de "société" qui s'ouvrent à la population environnante et à un tourisme de proximité.

- une gestion démocratique du patrimoine vivant

C'est le type de projet que l'on appelle habituellement écomusée ou musée communautaire: la population y est associée à l'initiative, aux décisions, à travers des méthodes diverses de mobilisation, de participation, d'éducation patrimoniale, d'inventaire de proximité, de capacitation.

- une muséologie militante ou politique

Elle s'applique à des milieux minoritaires, opprimés (autochtones, groupes ethniques, catégories défavorisées...) qui revendiquent des droits matériels et/ou moraux et s'appuient sur la mémoire collective et sur des patrimoines souvent immatériels. Elle est généralement associative ou même informelle, en tout cas peu institutionnalisée et apporte des arguments et des outils à des luttes sociales.

Chaque tendance a suivi et suit encore des chemins qui lui sont propres, même si l'on trouve des recouvrements dus aux contextes et à l'évolution de chaque projet local. Dans la plupart des cas, la collection n'est pas centrale, même si elle représente un matériau utile, et même indispensable, pour la connaissance, l'exposition, la recherche, la pédagogie.


L'invention de nouveaux modes de gestion du patrimoine vivant

Il me semble que les principes de la muséologie traditionnelle, axés sur la conservation de collections, par des professionnels qualifiés, selon des méthodes scientifiques, au profit de publics, selon des règles éthiques et des législations ou des définitions nationales et internationales, ne sont pas adaptés aux pratiques nouvelles qui ont été progressivement inventées par les personnes et les groupes qui s'inscrivent dans la nouvelle muséologie. Ces pratiques, que j'ai qualifiées d'"hérétiques" dans un texte rédigé avec l'aide d'Odalice Priosti en 2005ii, peuvent être caractérisées par trois objectifs qui se combinent pour formuler une gestion radicalement différente du patrimoine, celui-ci étant bien entendu globalisé au niveau du territoire, indifféremment matériel ou immatériel, naturel ou culturel:

- le patrimoine est géré, consciemment et volontairement par ses héritiers eux-mêmes, qui en sont à la fois les propriétaires et les usagers, qui fondent leur légitimité;

- le patrimoine est géré, non pas en fonction de sa qualité liée au passé, mais essentiellement en fonction de sa valeur pour le temps présent et de la volonté de le transmettre pour les générations futures;

- le patrimoine n'est pas géré, juridiquement et scientifiquement, comme un trésor à conserver intact et inaliénable, il est à la fois reconnu, préservé et transformé en tant que ressource naturelle, culturelle, sociale et économique pour l'équilibre et le développement du territoire et de la communauté.


Un nouveau paysage muséal et de nouvelles relations entre musées et gens de musées

Il y a cinquante ans, il y avait, dans le monde des musées, essentiellement l'ICOM, ONG internationale professionnelle, des associations nationales de musées ou de professionnels de musées et des associations nationales et locales d'amis des musées. Dans le domaine du Patrimoine, il y avait l'ICOMOS, ONG sœur de l'ICOM, et des associations nationales et locales "de sauvegarde".

A partir des années 1980, on assiste à une nouvelle configuration du monde des musées et du patrimoine et à une multiplication des initiatives de regroupement des nouveaux musées et des nouveaux professionnels ou militants du patrimoine.

- des associations ou groupements nationaux se créent: Muséologie Nouvelle et Expérimentation sociale (MNES, France) puis Fédération des Ecomusées et Musées de Société (FEMS, France), Association des écomusées du Québec (Canada), Japan Ecomuseological Society (JECOMS, Japon), Mondi Locali (Italie), Associação Brasileira de Ecomuseus e Museus Comunitários (ABREMC, Brésil), Unión Nacional de Museos Comunitarios y Ecomuseos de México (Mexique), MINOM Portugal, etc.

- parallèlement à la multiplication des formations universitaires de professionnels de musées et de muséologie, l'Universidade Lusófona (ULHT, Portugal) développe un enseignement spécifique à la Muséologie sociale (master et doctorat), une revue et des publications, tandis que dans de nombreux pays des mémoires, des thèses, des publications académiques et des articles sont publiés sur des sujets relevant de la nouvelle muséologie, de la muséologie sociale, de la socio-muséologie. Des séminaires nationaux sont aussi organisés à l'initiative des associations d'écomuséologie, de socio-muséologie, de muséologie communautaire, etc., afin de capitaliser l'expérience des projets et réalisations venant du terrain.

- des initiatives transnationales naissent, surtout depuis les années 2000, pour faire se rencontrer des expérimentateurs et échanger des idées, des pratiques, des méthodes: les cinq Rencontres internationales (EIEMC) organisées au Brésil entre 1992 et 2015, la Red de Museos comunitarios de America, le Forum des écomusées et musées communautaires de Milan en 2016, la plateforme en ligne DROPS qui lui a succédé, les échanges Italie-Brésil “Distanti ma uniti / Distantes mas unidos” pilotés depuis 2020 par Raul Dal Santo et Nádia Almeida, le programme européen Ecoheritage, etc.

- devant la dynamique de cette muséologie alternative, nouvelle, innovante, le système international lui-même devait changer. La création du MINOM (1984) qui obtient le statut d'association affiliée à l'ICOM et la succession de ses ateliers provoquent une ouverture du comité international pour la muséologie de ce même ICOM, l'ICOFOM, qui donne de plus en plus de place aux pratiques et aux expériences de la nouvelle muséologie. Enfin, la création officielle du Comité international de l'ICOM pour la socio-muséologie (SOMUS, 2023) marque la reconnaissance d'une discipline académique propre.

La célébration de la nouvelle dynamique internationale du MINOM à Catane les 21 et 22 février 2024 et celle de la muséologie sociale à Rio de Janeiro du 20 au 23 mars de la même année symbolisent bien ce rééquilibrage entre le monde des praticiens d'une part et celui des théoriciens et des chercheurs d'autre part.

 

Une évolution des modes et des techniques de communication

Depuis mes années à l'ICOM et mes voyages dans le monde entier, tant de choses ont changé dans les rapports entre musées et gens de musées ! J'ai été témoin des réunions où venaient surtout les représentants des grands musées, surtout d'art et surtout européens ou américains du Nord, qui avaient les moyens de voyager. Je me souviens de notre remarquable Centre de documentation UNESCO-ICOM dont le fichier des musées était tenu à la main sur des fiches cartonnées. Il y avait ces réunions internationales organisées par correspondance (air-mail...) ou par télégrammes. Et il fallait des visas et des traveller-checks pour voyager, même dans des pays très voisins.

Maintenant, voyages et télécommunications sont faciles entre pays et entre musées et le nombre de membres de l'ICOM, de comités nationaux et internationaux a considérablement grandi. Les conférences générales rassemblent des milliers de participants.

Internet a transformé la circulation de l'information. Les relations informelles entre les personnes: les emails, les sites web locaux et nationaux, les plateformes internationales, le pluri-linguisme et la traduction en ligne ont rendu les échanges et les contacts faciles et même souvent quasiment immédiats.

Des réseaux locaux, régionaux, nationaux, internationaux se sont créés, avec leurs outils de communication, même parfois en dehors des structures officielles. Et les "réseaux sociaux" offrent des capacités de regroupements, de circulation d'images, de diffusion rapide de nouvelles et d'idées qui n'existaient pas il y a seulement trente ans.

Grâce aux contraintes de la pandémie, à la généralisation de la vidéo-transmission et à des technologies nouvelles, les non-professionnels, les militants de causes sociales, culturelles, politiques, les acteurs locaux les plus modestes ont commencé à communiquer, à se faire connaître à confronter en temps réel leurs expériences et leurs propositions

Cette évolution, certes, comporte des risques de confusion, de superficialité, de rapidité excessive, mais j'ai l'impression que la "nouvelle" muséologie a acquis en cinquante ans une légitimité , une capacité créative et une complexité qui l'éloignent des traditions et des pratiques de la muséologie traditionnelle. Elle n'est plus dans la marge du monde muséal, dans des cas exceptionnels qui justifiaient le terme d'"hérétiques". C'est probablement une autre muséologie.

 

Quelques conclusions personnelles

A côté de la vie relativement stable et très réglée des musées traditionnels qui vivent et évoluent selon des pratiques professionnelles reconnues et enseignées, j'observe depuis une cinquantaine d'années la multiplication de nouveaux types et de nouvelles familles de musées qui veulent se distinguer par leurs objectifs, leurs méthodes, leurs spécificités: écomusées, musées communautaires, musées autochtones, musées militants, non-musées, contre-musées, musées alternatifs ou alter-musées. On pourrait dire que ce sont des "musées de missions".

Je constate aussi la multiplication des échanges entre les acteurs du patrimoine et de ces musées et leur implication croissante dans la vie sociale de leur communauté et de leur territoire : professionnels, volontaires, chercheurs, militants, partenaires locaux ou extérieurs collaborent à un projet ou à des projets situés dans le temps et dans l’espace, qui répondent à des objectifs d'intérêt collectif ou général.

Mais, alors que l'ICOM vient de modifier à nouveau la définition du musée qui va progressivement s'imposer à l'ensemble des institutions muséales et aux professionnels qui en ont la charge, je ne peux que constater l'absence, naturelle et normale, de modèle, de label, de définition académique pour tous ces musées différents, même s'ils ne sont plus vraiment "nouveaux". Chacun en effet est inventé, en fonction de ses objectifs explicites ou implicites et de ceux de ses fondateurs, de la communauté qui le porte, du contexte local. Beaucoup en outre ne portent pas le nom de musée et certains évitent même de se référer aux normes muséales habituelles pour ne pas être contraints à des règles qu'ils ne peuvent ou ne veulent pas suivre.

 

Pour terminer et en pensant à l'avenir, je me bornerai à oser deux questions, auxquelles je me garderai bien de répondre:

- ces musées sont-ils pérennes, ou accompagnent-ils un besoin, une envie, un moment ou une nécessité ?

- ces musées sont-ils encore des musées ?

 

i Actes de la XVI° Conférence générale, ICOM, p.68

ii de Varine, Hugues, Le musée communautaire est-il hérétique ?, texte inédit consultable en ligne sur Le https://www.hugues-devarine.eue communautaire est-il hérétique ?

 

 

 

 

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21 janvier 2024 7 21 /01 /janvier /2024 18:14

Dans Le Monde daté du 20 janvier 2024, j'ai trouvé un long article (2 pages) de Nicolas Truong, intitulé "La France face à son impensé colonial". L'auteur y fait une vaste synthèse très documentée des débats qui font rage en France, mais aussi dans le monde entier, sur la colonisation, la décolonisation, le fait colonial ou décolonial, la colonialité, en relation avec d'autres débats sur le wokisme, la cancel culture, etc. J'ai eu du mal à me retrouver dans ces termes à la mode, qui enflamment les intellectuels, les journalistes, les idéologues de droite et de gauche, d'extrême-droite et d'extrême gauche, les réseaux sociaux, depuis plusieurs années. Heureusement, c'est tellement confus et "intello" que cela reste enfermé, je pense, dans des cercles très actifs mais relativement restreints.

Mais cela m'a rappelé le temps où j'essayais, à la demande des Editions du Seuil, de résumer l'expérience que je venais d'accumuler après douze années de missions à travers le monde, principalement dans les pays devenus récemment indépendants d'Afrique, d'Amérique et d'Asie, pour le compte du Conseil International des Musées. J'ai en effet osé écrire ce livre, que j'ai appelé "La culture des autres" (Seuil, 1976), qui a beaucoup déçu l'éditeur, car il était peu académique et sans doute assez naïf. C'était une dénonciation de l'impérialisme culturel qui avait réussi à s'imposer à travers la mondialisation et en particulier des organisations telles que l'UNESCO qui se consacrait alors à la promotion des "valeurs universelles"  qui ne sont en réalité que des valeurs occidentales.

Aujourd'hui, près de cinquante ans plus tard, je pourrais écrire exactement le même livre, en changeant seulement les exemples, car mon expérience a été multipliée et la situation a nettement empiré, même si le discours est apparemment plus équilibré, avec la reconnaissance des inégalités devant les effets des nouvelles technologies, du changement climatique et de la mondialisation.

Je n'aime pas cette obsession du "décolonial", car autant je suis convaincu de la nécessité de décoloniser les anciennes puissances coloniales et en général le monde nord-américain et européen de l'ouest comme de l'est (en y incluant le Japon, puissance qui fut coloniale), dans leurs pratiques politiques comme dans l'esprit de leurs populations, autant ce terme ne me paraît pas convenir pour les pays et les peuples qui ont subi la colonisation et en sont encore largement les victimes. En effet je crois, sur la base de mon expérience personnelle acquise dans de nombreux pays que l'on appelait autrefois "du Tiers-Monde", que s'il est nécessaire que ces pays et ces peuples se libèrent progressivement des liens de dépendance qui ont fini par leur imposer des façons de penser, d'agir, de parler, de croire venues d'ailleurs, sous prétexte de progrès et d'universalisme, il est surtout essentiel qu'ils acquièrent, par eux-mêmes, la volonté et la capacité de créer.

Je suis fier de la plupart des valeurs de mon pays, de l'Europe, ou encore de l'Occident, mais je ne veux pas les croire ou les dire "universelles", c'est à dire prétendre les imposer à d'autres: ce serait une démarche missionnaire, qui accompagne souvent une forme de colonisation culturelle. Par contre, j'ai toujours essayé d'amener les personnes, les groupes et les communautés avec lesquels j'ai travaillé au développement à penser, à inventer, à agir par eux-mêmes,  en utilisant essentiellement les ressources matérielles, intellectuelles, morales, voire spirituelles qui font partie de leur héritage propre et de leur culture actuellement vivante, sans refuser l'accueil d'apports extérieurs, facteurs d'enrichissements potentiels, mais ceux-ci étant choisis, interprétés et traduits dans les termes de leur culture et de leur langage. C'est pourquoi j'aime bien utiliser dans ce cas le terme d'inculturation emprunté au vocabulaire du christianisme (voir la définition de ce terme dans Wikipedia).

Pour moi, il s'agit en effet d'appliquer les valeurs et les pratiques des cultures locales (au sens anthropologique) aux politiques définies et aux méthodes utilisées pour le présent et l'avenir des sociétés et des populations. Cela vient évidemment en contradiction avec ce qui se passe dans tous les pays de ce que l'on appelle le "Sud global". Étant donné qu'ils sont moins riches et moins "avancés" que ceux du Nord, celui-ci conserve son rôle de modèle absolu et veut imposer son système de valeurs et ses méthodes, par exemple la démocratie parlementaire, sans attendre que l'évolution naturelle de chaque peuple l'amène à évoluer naturellement et à inventer lui-même, à son propre rythme, les changements qu'il entend apporter à ses modes de vie, à ses normes juridiques et à ses règles sociales, qui pourront se rapprocher - ou non - des autres pays, y compris de ceux du Nord. Cela prendra évidemment du temps, et ne se fera pas sans des échecs, des drames, des conflits, mais au moins les décisions seront prises de façon endogène et non pas sous l'influence d'experts occidentaux ou occidentalisés.

Pour prendre un exemple concret, à partir d'un domaine qui m'est familier et sur un thème d'actualité, il est évident que la plupart des musées d'Afrique, dont beaucoup ont été créés par des savants européens du temps de la colonisation ou dès le début des indépendances, suivent encore actuellement les principes et les méthodes de  la muséologie et de la muséographie européennes. Il en découle que les débats actuels sur la restitution des biens culturels illégalement détenus par les musées européens portent plus sur des question de conservation et de présentation dans des musées existants ou à construire selon des normes internationalement pratiquées ou recommandées par des experts désignés par l'UNESCO qui est elle-même dominée par les cultures et les valeurs occidentales. Même les objets qui font l'objet de demandes de restitution sont décrits généralement par leurs caractéristiques scientifiques ou esthétiques issus des catégories, des goûts et des cultures occidentales et non pas en fonction de contenus et de significations appartenant aux cultures anciennes et actuelles des territoires et des pays  d’origine.

Les changements imposés à moyen et long terme par le changement climatique, qui sont déjà sensibles actuellement, sont sans doute favorables à une telle approche: il ne s'agit plus de lutter, au Sud, contre un système post-colonial périmé qui a fait la preuve de son inefficacité politique et de sa dangerosité culturelle, mais d'inventer territoire par territoire, pays par pays, région du monde par région du monde, des systèmes politiques et des pratiques économiques et sociales, certes compatibles avec le reste du monde, mais parlant le vocabulaire, les valeurs et les principes de leurs propres cultures.

 

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3 décembre 2023 7 03 /12 /décembre /2023 18:55

Je viens de participer activement pendant deux ans - 2022 et 2023 - aux actions d'animation portées par l'association des Amis de l'église de Lusigny-sur-Ouche, dont les objectifs étaient de mobiliser la population du village et des environs et de collecter des fonds pour la sauvegarde de cette église, et surtout, dans l'urgence, pour la réfection de sa toiture et de son clocher. Il s'agit de l'église de mon village que j'ai fréquentée depuis mon enfance. Depuis plusieurs années j'accompagnais l'association et la municipalité, dans une démarche de réflexion sur l'avenir de l'église, qui n'est pratiquement plus utilisée pour le culte et ne présente aucun intérêt historique ou architectural selon les critères habituels. Cependant, la population locale a demandé sa conservation, pour des raisons variées mais toutes subjectives: pratiques parce que les cloches marquent les heures, politiques parce qu'un village sans église n'est qu'un hameau, affective parce qu'on l'a fréquentée dans notre enfance et paysagères parce qu'on ne peut pas imaginer le village sans son clocher.

La municipalité, avec l'aide de l'association des Amis et le soutien de la Fondation du Patrimoine, a réussi à financer et à réaliser une nouvelle couverture (2022) et la restauration du clocher et du carillon (prévue pour 2024). Le bâtiment est donc sauvé, hors-d'eau, pour cinquante ou cent ans.

Les activités de l'association et les recherches de certains de ses membres ont permis de révéler ou d'approfondir plusieurs caractéristiques intéressantes: l'existence d'archives, d'objets et de vêtements de culte, l'histoire étonnante du déplacement de l'église dans l'espace et dans le temps, une excellente acoustique. De plus, l'église est de plus en plus intégrée dans ce que l'on peut appeler le patrimoine vivant de la commune: son environnement naturel, son habitat, ses zones humides, ses rivières et ses ponts, son ancienne voie ferrée, son ancien pèlerinage marial, son château, sa mémoire de la Résistance, etc.

 

Maintenant que l'édifice est "hors d'eau", que faire ?

L'usage cultuel ne peut plus être que tout à fait ponctuel, le rôle d'église paroissiale étant tenu par celle de Bligny-sur-Ouche, à deux kilomètres. Une utilisation culturelle est au mieux occasionnelle, la commune ayant sa propre salle polyvalente et le bourg voisin de Bligny possédant des installations modernes pour l'animation et la culture et drainant un public de niveau cantonal. Diverses hypothèses ont été étudiées en vue de services au territoire et à la population (environnement, techniques modernes de l'habitat et de l'énergie) sans succès. La taille même de la commune (plus ou moins 100 habitants) et de son budget municipal ne permet pas d'envisager des investissements ou des coûts de fonctionnement importants. La communauté de communes (Pouilly-Bligny) n'est pas prête à s'engager dans un programme qui impliquerait d'une part des travaux extérieurs (espaces autour de l'église, stationnement, signalisation ) et intérieurs (restructuration de l'édifice, maçonnerie et peinture, décoration, mobilier, éclairage...), d'autre part un budget de fonctionnement dépendant de la ou des activités choisies.

Mon impression personnelle est que la "communauté villageoise" dans son ensemble se satisfait de l'aspect extérieur de l'église depuis la réfection de la toiture et maintenant que la restauration du clocher est décidée et financée. Pourquoi entreprendre un projet nécessairement coûteux de restauration et d'aménagement de l'intérieur alors que n'est ressenti apparemment aucun "besoin" particulier ?

Il y a en France des dizaines de milliers d'églises, rurales ou urbaines, appartenant aux municipalités et encore affectées à un culte de plus en plus théorique. Depuis la loi de séparation de l’Église et de l’État (1905), le citoyen contribuable est obligé par l’État laïque à financer des bâtiments voués à une pratique religieuse de plus en plus minoritaire. Certes, beaucoup de ces bâtiments sont reconnus pour avoir une valeur historique, architecturale, artistique qui leur donne un statut patrimonial et dans certains cas un intérêt touristique culturellement et économiquement significatif. Cependant les financements publics au titre du patrimoine sont notoirement insuffisants et le mécénat privé dans ce domaine reste modeste. Beaucoup d'autres églises, comme celle de Lusigny-sur-Ouche, ne peuvent en bénéficier que marginalement. Des études récentes et un rapport remarquable du Sénat ont bien décrit le problème, sans lui proposer de solutions. Quelques églises, chaque année, sont désaffectées, puis détruites, ou transformées en espaces culturels, ou vendues pour un usage privé ou commercial, souvent après des conflits locaux dus à une mobilisation communautaire, car la décision n'est jamais facile à prendre.

 

Alors, à nouveau, que faire ?

Constatons d'abord que chaque église est un cas particulier et qu'aucune mesure ou solution générale ne peut être imposée. On peut chercher des idées ailleurs et partager des succès ou des échecs pour en tirer des leçons, mais je crois qu'il faudra toujours partir de la réalité du terrain.

On peut aussi travailler sur la méthode. C'est pourquoi je voudrais partager mes réflexions, à partir de ce seul exemple vécu, au moment où il va falloir se poser concrètement la question du "que faire ?"

 

*

Des suggestions de méthode

 

Le diagnostic

Il est essentiel et c'est un préalable à toute démarche concernant l'avenir de l'église.

- toiture refaite à neuf, clocher et carillon restaurés en 2024, intérieur propre mais fortement dégradé, porte d'entrée en mauvais état, pas de sortie de secours, mobilier inadéquat...

- l'environnement est à analyser: les usages anciens et actuels, le rapport à l'histoire locale et aux autres patrimoines, l'opinion du maire et du curé et leurs intérêts personnels explicites (et sans doute implicites) pour l'église, les pratiques religieuses et culturelles des habitants, la place du cimetière et du pèlerinage de Presles.

- la relation avec le voisinage: proximité de Bligny, de son église et de son offre culturelle.

 

Le contexte

Le territoire, la population et la démographie, la situation paroissiale, le dynamisme communal, la communauté de communes, la vie associative locale et celle du territoire élargi (ancien canton de Bligny). A noter le cas particulier de la tradition du pèlerinage de Presles, encore vivante, mais qui disparaît.

Le contexte extérieur et national: politiques départementales, régionale et nationale (voire européennes) concernant les églises rurales non protégées. Existence d'études et de programmes publics et privés en leur faveur.

 

La demande

Quelles sont les attentes de la population et de l’environnement proche par rapport à l'église comme lieu de culte (cérémonies périodiques ou occasionnelles, fréquentation des autres lieux de culte), comme lieu de culture (manifestations d'initiative municipale et associative, demande extérieure de spectacles ou d'expositions), maintien de la sonnerie des heures, disponibilité gratuite ou payante de l'espace de l'église ? Comment connaître et évaluer cette demande ?

 

L'offre

L'expérience des dernières années montre que l'organisation de manifestations culturelles ou promotionnelles est possible mais repose sur un nombre très restreint de bénévoles, souvent venus de Bligny (concerts, exposition, vente de cartes postales ou de chocolats...). Il n'y a eu aucune manifestation de caractère religieux depuis plusieurs années. L'été 2023 a prouvé que l'ouverture de l'église attirait des visiteurs locaux ou extérieurs.

Comment cette offre est-elle ou peut-elle être intégrée dans l'offre locale plus large (communale, associative: calendrier, programmation, collaboration, communication... ?

 

Les obstacles

Ils sont nombreux: état général de l'intérieur de l'église, bancs inconfortables, installation électrique et éclairage défaillants, absence de chauffage, stationnement inexistant, absence d'équipe paroissiale, faible bénévolat et communauté villageoise peu motivée, budget communal limité. Incertitude sur l'attitude du diocèse en cas de demande de transformations importantes ou de désacralisation.

 

Les atouts

Un espace aménageable, le partage cultuel/culturel possible, une excellente acoustique, visibilité dans le paysage et proximité de la D970.

 

Les hypothèses

Plusieurs ont été évoquées et étudiées:

- création d'un espace d'accueil à la zone Natura 2000 : possible, mais non-financé

- création d'un centre de démonstration et de promotion des dispositifs d'isolation et d'économie d'énergie dans l'habitat rural: possible, mais non financé

- installation de panneaux photo-voltaïques sur la toiture: impossible car mauvaise orientation

- accueil d'un projet religieux ou laïc communautaire: pas de candidat

Jusqu'à maintenant aucun projet viable n'est apparu, compte tenu du fait qu'il serait nécessaire d'envisager des investissements conséquents en termes d'aménagement fonctionnel et de fonctionnement. Il faudrait aussi trouver un porteur de projet plus ou moins institutionnel qui épaule la commune pour les travaux et pour la gestion quotidienne.

 

Une pédagogie communautaire

L'attitude de la population en communauté et des habitants-citoyens à titre individuel à l’égard de l'église en tant que patrimoine vivant et commun est essentielle pour soutenir la municipalité et ses principaux partenaires et rendre crédible et viable tout projet. Mais cette attitude n'est pas naturelle: elle doit se construire dans le temps, de l'intérieur de la communauté. C'est une éducation des enfants et des jeunes, des adultes actifs et des familles, des anciens porteurs de mémoire, qui orte sur le patrimoine commun dont l'église fait partie. L'inventaire participatif des éléments du patrimoine sur le territoire, la pratique de parcours patrimoniaux naturels, historiques et culturels, des expositions d'objets et de documents sont des moyens relativement peu coûteux, praticables sur initiatives privées ou associatives, mais qui nécessitent un fort investissement de personnes disponibles et engagées. Quelques premiers pas ont été faits dans cette direction, qu'il faudrait multiplier ert élargir pendant plusieurs années.

 

Ébauche d'un projet

Nous en sommes actuellement à penser - très provisoirement - à faire de l'église un espace aménagé de façon à pouvoir accueillir des activités très variées, d'initiative locale ou extérieure, susceptibles d'autofinancer l'entretien de l'édifice (donc avec une tarification selon les activités) : réunions, séminaires, spectacles, concerts, expositions...

La fonction religieuse serait maintenue, selon un calendrier annuel (au minimum deux messes et réunions périodiques de prière par exemple, dans le cadre paroissial) et en fonction de demandes particulières (mariages, obsèques). Les éléments de décor et le mobilier adéquat seraient conservés et un dispositif de tentures ou de cloisons mobiles serait installé pour séparer le religieux du profane lors des célébrations.

Le financement des travaux devrait être trouvé, en une ou plusieurs phases, par des subventions et par des dons, comme ce fut le cas pour l'extérieur.

Tout cela suppose naturellement l'accord de l'affectataire, c'est à dire le diocèse, qui devra être négocié et formalisé dans une convention.

Un "comité de pilotage" serait institué avec les principales parties prenantes, mairie, curé, communauté de communes, conseiller départemental, office de tourisme.

L'association, remaniée en fonction de nouveaux objectifs, pourrait être conservée, pour recueillir les dons et aussi pour représenter la communauté élargie.

 

*

 

Tout ceci n'est qu'une série de réflexions personnelles. J'ajouterai que j'aimerais que cette église, héritière de 9 siècles de vie d'un village, représentant une trentaine de générations qui se sont, jusqu'à une époque récente, transmis des croyances, des pratiques, des mémoires familiales et collectives, reste non seulement solide et présente dans le paysage, mais aussi et surtout ouverte et vivante, d'une vie évolutive certes, mais d'une certaine manière fédérative des intérêts et des pratiques des habitants d'aujourd'hui et de demain.

 

 

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13 janvier 2023 5 13 /01 /janvier /2023 16:56

Je n'ai aucune compétence en matière de politique de retraite, ou de démographie, ou d'action sociale, mais j'ai un peu travaillé, autrefois, sur l'emploi, le chômage, la création d'activité économique et l'économie sociale. Et j'ai aussi ma propre expérience personnelle d'une vie professionnelle à multiples rebondissements, de 22 à 78 ans.

J'entends actuellement tout ce qui se dit sur le projet gouvernemental de réforme du système français de retraite: il est tellement complexe et technique qu'il n'est pas question pour moi de porter un jugement, pour ou contre. Si ce projet est finalement adopté et mis en application, on verra bien s'il fonctionne ou non (d'ici 2030 ou au delà). S'il n'est pas adopté, on peut être certain qu'un autre sera bientôt proposé.

Mais il y a un aspect que je n'ai pas vu mentionner, ni de la part des partisans ni de celle des opposants, ni même dans les commentaires de journalistes ou d'experts convoqués par les médias pour donner leur avis.

Les travailleurs concernés, inquiets de la réforme annoncée, surtout évidemment les moins qualifiés qui appartiennent aux classes moyennes ou aux milieux défavorisés, semblent considérer ainsi que leurs syndicats que leur vie professionnelle est et sera linéaire, c'est à dire qu'ils resteront toujours, sinon dans la même entreprise, du moins dans le même métier et dans la même zone géographique (si possible dans le même bassin d'emploi). Ainsi un apprenti-couvreur devrait rester couvreur jusqu'à sa retraite, artisan ou salarié, avec une "pénibilité" de plus en plus ressentie avec l'âge et donc le souhait de prendre sa retraite aussi tôt que possible. Le même raisonnement s'applique à un enseignant, à un pompier, à un soignant, les facteurs de pénibilité étant chaque fois différents, mais tout aussi compréhensible: le travail est fatigant, et de plus en plus quand on prend de l'âge. Les principales raisons de cette continuité dans l'activité professionnelle sont évidentes: la compétence acquise et reconnue, la stabilité familiale souhaitée, les contraintes liées à un logement acquis ou rêvé, souvent source d'endettement à long terme, différents liens sociaux ou affectifs hérités ou créés au cours de la vie, des salaires en progression à l'intérieur d'une entreprise que l'on connaît,  etc.

Mais faut-il rester toujours dans le même métier, dans la même zone géographique, même ou surtout quand on est peu qualifié ? Il y a quelques années, un travailleur aux États-Unis travaillait en moyenne, au cours de sa vie, dans 12 États différents et changeait chaque fois d'employeur et souvent de métier, en fonction de la demande. En France, il y a trente ou quarante ans, une expérience avait été tentée, avec succès, à Roanne, pour faire passer des travailleurs licenciés du secteur de la mécanique textile à d'autres métiers de la mécanique, avec un minimum de formation-adaptation. Je vois dans la presse, ces jours-ci, en France et aussi en Allemagne et au Danemark, de nombreux exemples de retraités obligés à continuer à travailler pour améliorer leur niveau de vie ou assumer leurs charges familiales, qui prennent de nouveaux emplois, très différents de leurs qualifications antérieures, et qui semblent en être satisfaits. Quant aux jeunes, entre 18 et 25 ou 30 ans, ils sont de plus en plus mobiles, sautant d'un boulot à un autre, et d'un temps d'emploi à un temps d'inactivité ou de chômage, sans trop se préoccuper de fidélité à un employeur. Et bien entendu les cadres supérieurs et détenteurs de hautes qualifications sont très flexibles professionnellement, et en ont les moyens.

Certes, les choses ne sont pas si simples et les problèmes très concrets de mobilité, d'habitat, d'emploi du conjoint et d'éducation des enfants, de niveau de rémunération, peuvent paraître insurmontables dans la continuité du XX° siècle et dans les discours défensifs ou corporatistes des syndicats. Mais il me semble qu'il serait temps, plus que de réformer le système des retraites, de laisser le temps à la société (française, ou européenne) d'évoluer dans ses pratiques d'emploi et de travail, non pas en fonction de la seule retraite vue comme un objectif à atteindre dès que possible, mais pour une vie professionnelle plus équilibrée, en fonction des compétences acquises et de l'expérience, de choix discutés et décidés dans un cadre familial, de l’évolution de ses propres forces physiques et mentales, et bien sûr d'un marché du travail où nous voyons de plus en plus les employeurs en position de demande et les salariés en position d'offre.

Une telle évolution porterait d'abord sur les mentalités, les attentes et les comportements des travailleurs eux-mêmes, puis influerait sur les pratiques des employeurs, sur les programmes de formation/adaptation continue, sur les politiques locales d'attractivité, de logement, de transports publics, et enfin sur une nouvelle réforme des retraites qui tiendrait compte de ces changements avant de faire de savants calculs budgétaires. Il faudra sans doute au moins une génération, plus probablement deux ou trois, pour que l'on arrive naturellement à une culture de la vie au travail et finalement à une conception de la retraite qui résulteront non pas de lois ou de négociations hors-sol, mais d'une adaptation collective et différenciée, difficile sans doute mais provenant de la pratique individuelle et du contexte social, économique et culturel.

 

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23 décembre 2022 5 23 /12 /décembre /2022 16:30

J'apprends par la presse la mort de Bernard Gilman. Je ne l’avais pas revu depuis longtemps, mais je pensais souvent à lui et à ce que nous avions vécu ensemble. Je l'avais connu lorsqu'il était adjoint de Hubert Dubedout à la mairie de Grenoble, puis comme directeur de la Maison de la Culture de Grenoble. Nous avions organisé ensemble un voyage d'études d'élus socialistes français auprès d'élus socialistes portugais en 1984. Il avait aussi accompagné certains moment difficiles de l'écomusée du Creusot-Montceau. Il était surtout un des derniers représentants majeurs de la génération des militants de l'éducation populaire, discret, toujours ferme dans ses idées, un passeur d'expériences et de contacts.  Merci Bernard, pour ce que tu as fait pour nous tous.

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17 décembre 2022 6 17 /12 /décembre /2022 11:24

Jusqu'à ces dernières années, la coopération internationale dans le domaine du patrimoine se faisait surtout dans le cadre multilatéral de grandes organisations, UNESCO, ICOM, ICOMOS et leurs structures spécialisées, ou bien entre grandes institutions à titre bilatéral, par exemple pour la préparation d'expositions ou la mise en œuvre de programmes de recherche. Tout cela prenait du temps, suivait des protocoles bien établis et nécessitait des financements plus ou moins importants, en général publics.

Depuis quelques années, l'arrivée de nouvelles technologies de communication et leur maîtrise par des organismes ou des groupes locaux, accélérée par la pandémie et divers épisodes de confinement, ont entraîné des changements spectaculaires dans les relations entre professionnels de la culture, du patrimoine, de l'environnement, et aussi entre ces professionnels et les acteurs locaux, souvent volontaires et militants, qui se sont affranchis des contraintes administratives et même financières pour inventer de nouvelles formes de collaboration et de coopération.

Personnellement, même si je suis plus actif dans le domaine du développement local, du patrimoine et de l'action communautaire, j'ai pu constater, à plusieurs reprises, parfois en y participant à la marge, la richesse de ces initiatives qui, je crois, ouvrent des perspectives et des chemins porteurs d'avenir, même lorsqu'ils sont loin des schémas classiques, tels que j'ai pu les vivre dans mes vies antérieures.

Je vais prendre quelques exemples, peut-être imparfaitement connus et diffusés, mais qui méritent d'entrer dès maintenant dans le panorama de la coopération internationale.

 

La plateforme Drops

Cette plateforme a été créée en 2017 à la suite du Forum International des écomusées et musées communautaires qui s’est tenu à Milan en 2016. Elle est gérée par une équipe du réseau des écomusées italiens, autour de Raul Dal Santo. Elle recueille et diffuse des informations, des projets et des idées, en italien, anglais, espagnol et français. Sur une base entièrement volontaire, elle accroît sans cesse son audience et son rayonnement.

https://sites.google.com/view/drops-platform/home

 

Le programme Distanti ma uniti. Ecomusei e musei comunitari di Italia e Brasile

Ce programme est l'aboutissement d'un long processus de rencontres et d'échanges entre des membres du réseau des écomusées italiens et des membres de l'Association Brésilienne des écomusées et musées communautaires (ABREMC). La pratique des visioconférences introduite par la pandémie, faisant suite à des rencontres physiques depuis 2011, a rendu possible d'abord l'établissement d'un programme de travail de cinq ans, à partir de 2020, donc en pleine pandémie, puis la mise en œuvre des différents thèmes de ce programme. La troisième rencontre a eu lieu en octobre 2022.

https://www.youtube.com/watch?v=rcYLO6l5Efs

 

Le programme de colloques virtuels "Tower of Babel - museum people in dialogue"

Il a été de résultat de la rencontre et de la collaboration de deux activistes de la nouvelle muséologie, Manuelina Duarte des Universités de Goias (Brésil) et de Liège (Belgique) et Giusy Pappalardo de l'Université de Catane (Italie), co-fondatrice de l'écomusée de la vallée du Simeto en Sicile. De février à juin 2021, elles ont organisé une dizaine de colloques en visioconférences, ouverts à des acteurs de terrain et à des chercheurs de plusieurs pays européens et latino-américains. Les contributions viennent d'être publiées.

https://icofom.mini.icom.museum/new-publication-babel-tower-museum-people-in-dialogue/

 

La Red de Museos Comunitarios de América

C'est une initiative beaucoup plus ancienne, remarquable par sa durée et ses méthodes de travail, à partir d'un programme gouvernemental mexicain de musées communautaires, qui s'est étendu de façon militante, dès les années 2000,  à de nombreux pays - Bolivie, Venezuela, Panamá, Costa Rica, Nicaragua, El Salvador, Guatemala - et plus récemment au Brésil, à la Colombie, au Chili et au Pérou. Réunions, publications, formations, manifestations locales, nationales et internationales ont révélé le potentiel social, culturel et aussi politique du concept et de la pratique du musée communautaire, dans le contexte latino-américain..

https://www.museoscomunitarios.org/redamerica

 

Le cinquantenaire de la Table Ronde de Santiago du Chili (1972)

Ce cinquantenaire est un cas particulier, dans la mesure où il a suscité un grand nombre d'initiatives, certaines nationales et publiques (comme au Chili), d'autres professionnelles, d'autres enfin locales. Il serait trop long d'en faire l'inventaire et je n'en ai pas les moyens. Mais c'est un très bon exemple d'un mouvement spontané qui a entraîné la mise à jour d'un concept original mais daté, en vue de son élargissement à de nouveaux territoires et à de nouvelles pratiques. Je ne cite ici qu'un seul cas, celui d'un colloque organisé conjointement par le Musée de l'Education Gabriela Mistral à Santiago (Chili) et le Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris.

https://www.museodelaeducacion.gob.cl/publicaciones/actas-del-coloquio-internacional-de-museologia-social-participativa-y-critica

 

 

 

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