Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 novembre 2022 2 22 /11 /novembre /2022 10:18

Je ne suis pas professionnel de musée, mais il faut bien parler plus spécifiquement de l'évolution de l'institution-musée depuis Santiago. Dès la Conférence générale de l'ICOM en 1971, il avait été clair que le musée devait s'adapter aux changements du monde contemporain. Les interventions de Mario Vazquez et de Stanislas Adotevi à Grenoble, et même les discours de Jacques Duhamel et de Robert Poujade avaient entraîné la décision de revoir la définition du musée et d'y inclure la mission de développement.  Ce fut chose faite en 1974, à Copenhague. La Conférence de Kyoto (2019), puis celle de Prague (2022), ont été plus loin et repris l'esprit de Santiago en lui ajoutant un vocabulaire moderne étendu à des concepts et à des préoccupations qui correspondent au monde des années 2020. Tout cela est bien, mais reste du niveau de la théorie et des principes de l'institution-musée.

(Je me permets de noter que j'ai écrit un petit livre sur mes années à l'ICOM (1962-1974), que l'on peut trouver sur mon site web: http://www.hugues-devarine.eu/book/documents/book. On peut trouver également des informations sur cette période dans mon livre "L’Écomusée singulier et pluriel", Paris, L'Harmattan, 2017, qui a été édité en espagnol et en italien.)

De mon point de vue, qui est celui du territoire et du développement local, je préfère regarder en quoi le musée a effectivement changé, du point de vue du développement local, c'est à dire de la gestion du patrimoine sur les territoires.

 

Qu'est-ce qui a changé dans les fonctions traditionnelles de l'institution ?

 

La collection reste au cœur du musée, du moins dans sa forme officielle et réglementée, mais elle est doublement contestée:

- par la demande de restitution provenant des personnes et des pays victimes soit de confiscations d'objets et d’œuvres d'art (par exemple pendant la seconde guerre mondiale), soit de vols au titre de butin de guerre lors des conquêtes coloniales, soit encore de détournements illégaux lors de fouilles clandestines, de guerres civiles ou simplement de trafics internationaux;

- et aussi par un nombre toujours croissant de structures ou d'institutions, appelées musées ou non, qui ne

considèrent pas la collection comme l'essentiel de leur action, mais un élément parmi d'autres. Un colloque récent au Portugal (Fundão, 2022) a souligné l'importance des non-musées, qui s'affranchissent de certaines normes muséologiques mais exercent des missions importantes qui sont actuellement celles des musées.

Si les fonctions de conservation, d'accueil du public, d'éducation, n'ont guère changé, il faut noter l'entrée du numérique dans le monde des musées aussi bien pour le traitement des collections que pour l'exposition et en général le rayonnement du musée en dehors de ses murs. Cela a atteint une importance considérable pendant la pandémie du Covid 19 et les différentes périodes de confinement, où les musées ont surtout communiqué virtuellement avec leurs publics. De plus, de nouvelles approches s'appliquent à la communication avec le public, comme la "médiation" qui implique la prise en compte de l'intelligence, des connaissances et de la culture vivante de ce public dans l'interprétation des expositions, permanentes ou temporaires.

Les nouveaux musées qui se sont créés ou transformés pendant cette période ont aussi modifié leurs méthodes de travail, en recherchant de nouveaux publics, en sortant de leurs murs pour faire circuler leurs collections, en faisant entrer au musée de nouvelles formes d'action artistique (art contemporain vivant; musique, danse, etc.).

Tout cela peut être considéré comme une évolution allant dans le sens souhaité à Santiago, sans pour autant remettre en cause la formule du musée traditionnel, qui reste l'esclave de sa collection et des champs scientifiques auxquels elle appartient, et qui est obsédé par son public essentiellement érudit, captif et touristique. On peut se demander pourquoi tous les efforts faits par les responsables de ces musées, leurs services communicants et éducatifs et les porteurs d'activités diverses (numériques, musicales, artistiques...) n'ont pratiquement jamais véritablement réussi à  élargir leurs publics à l'ensemble de la population du territoire, avant de prendre en compte les visiteurs extérieurs. 

En fin de compte, et quitte à choquer certains, mon expérience me pousse à appeler ces institutions, qui peuvent aller du Musée du Louvre au dernier musée ethnographique local, des musées collectionneurs, car, dans la décision finale, c'est toujours l’intérêt de la collection qui prime.

 

Tout un monde de nouveaux musées, porteurs de nouveaux schémas

 

A côté des musées traditionnels, changés ou non, nous constatons depuis trente ou quarante ans l'émergence de nouveaux musées et de nouvelles manières de préserver et de gérer le patrimoine et la mémoire, et aussi de présenter les grandes questions qui intéressent notre monde actuel. Sans vouloir proposer une typologie, je choisirai de citer deux tendances :

- des musées qui sont créés par  des communautés ou des groupes, en vue de défendre des intérêts et des causes spécifiques. Ils ne sont pas nécessairement appuyés principalement sur le patrimoine ou la mémoire, mais leur font souvent appel pour soutenir des argumentaires et enrichir discours et présentations. Ces musées concernent par exemple les luttes des femmes ou des LGBT, l'identité ou les revendication de communautés autochtones, des problèmes sociaux ou du travail, etc. Je propose de les appeler des musées activistes. Ces musées militent pour des causes, ils sont des outils politiques, éducatifs ou sociaux.

- des musées qui combinent les trois composantes du territoire, de la communauté et du patrimoine, sans nécessairement respecter les normes muséologiques et dont les responsables sont généralement des volontaires (bénévoles), plus ou moins encadrés ou accompagnés par des professionnels et des experts "engagés" à leurs côtés. On peut les appeler musées communautaires, même si la dimension collective prend des fomes variables, selon les lieux et les circonstances. On y trouve les écomusées, ou du moins ceux qui défendent les caractéristiques liées à ce mouvement,  et de nombreuses structures qui ne portent pas ce nom, que le colloque de Fundão a proposé d’appeler non-musées.

A noter que les museos comunitarios d'Amérique Latine appartiennent aux "musées activistes", au côté des musées autochtones, car ils ont une démarche clairement politique, même si  ce sont aussi des musées de territoire, représentatifs de leur population et fortement impliqués dans la gestion communautaire du patrimoine local.

La pandémie que nous vivons a bien mis en valeur la spécificité de ces nouveaux musées: alors que les musées traditionnels, professionnels, dépendant des lois nationales et des moyens mis à leur disposition par les budgets publics ou privés, ont fermé leurs portes pendant les périodes de confinement, pour tenter seulement de maintenir une fiction d'activité par le numérique, de très nombreux musées activistes ou communautaires sont restés actifs, et parfois même inventifs et innovants, parce que leurs murs et leurs collections n'étaient pas au cœur de leurs préoccupations, et parce que leurs acteurs effectifs faisaient effectivement partie de leurs communautés respectives.

 

Une question de responsabilité

 

La Table ronde de Santiago ne s'adressait pas à des musées, mais à des directeurs de musées publics et les intervenants, experts latino-américains dans les principaux secteurs du développement régional, leur parlaient comme à des collègues, qui étaient comme eux acteurs de la vie publique des États, des villes et des territoires où ils servaient et qu'ils servaient. Et il était clair pour tous que l'on était conscient d'une responsabilité. Mais de quelle responsabilité ? Je crois que la déclaration finale a décidé: c'était une responsabilité intégrale, du musée et de ses responsables vis-à-vis de la société, c'est-à-dire de la communauté humaine à laquelle ils appartenaient.

Il ne s'agissait pas en effet seulement de la responsabilité institutionnelle "réglementaire" sur les collections, sur la qualité des activités culturelles et scientifiques, sur l'accueil et l'éducation ou la satisfaction des visiteurs, il s'agissait bien de la responsabilité d'agir, avec tous les moyens de l'outil-musée pour répondre aux besoins de la communauté, aux côtés et en collaboration avec les autres outils disponibles, techniques, culturels, éducatifs, sociaux, sanitaires, économiques, administratifs. C’est à dire passer du service du musée au service de la société.

La récente nouvelle définition internationale du musée approuvée par l'ICOM va dans ce sens et peut ainsi être considérée, de l’extérieur, comme s'inscrivant dans la continuité de Santiago, et aussi d'autres manifestations collectives à la fois d'un changement de mentalité des professionnels et d'un vrai désir de nouvelles pratiques (Québec, Oaxtepec, Guwahati, Faro, Sienne...). Elle reste cependant encore largement théorique et seuls les musées ou non-musées activistes et communautaires ont massivement contribué à inventer des muséologies que j'appelle "inculturées", en ce qu'elles émanent, ou tentent d'émaner des sociétés, des cultures et des contextes qu'elles veulent à la fois représenter et servir, ou plutôt dont elles se sentent responsables.

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
22 novembre 2022 2 22 /11 /novembre /2022 10:11

La déclaration de Santiago est restée dans la mémoire des professionnels du musée et du patrimoine comme ayant mis en avant la notion de "musée intégral", ou intégré dans la société, non pas la Société en général, mais  bien la société à laquelle appartient l'institution, sa collection, ses moyens humains et matériels. C'est à dire que le musée, ou toute structure publique et privée de gestion du patrimoine commun, est, devrait être ou devrait devenir un acteur du territoire au service de la communauté.

Mais la société change et se transforme, avec le temps et le passage des générations. Ses besoins, ses demandes, ses goûts évoluent naturellement. Des évènements prévisibles ou imprévus, intérieurs ou extérieurs à la communauté, changent les données culturelles, sociales, climatiques, économiques qui doivent être prises en compte dans les décisions d'intérêt général. Par conséquent, les politiques du patrimoine (naturel comme culturel) et toutes les institutions qui en dépendent doivent changer et se transformer pour accompagner au plus près la société dans la durée. Sinon ces politiques et ces institutions risquent de perdre à la fois leur pertinence et leur légitimité.

Or, depuis cinquante ans, si l'esprit de Santiago demeure vivant et pertinent, le monde et nos sociétés ont beaucoup changé et des changements encore plus considérables sont à venir. Sans vouloir me lancer dans une analyse socio-politique pour laquelle je ne suis pas compétent, je voudrais commenter rapidement trois termes qui me paraissent indiscutables et incontournables, tant pour refléter ce qui s'est passé depuis Santiago que pour être prêts à nous adapter à ce qui va nous arriver, quels que soient notre pays, notre culture, nos choix stratégiques, ou l'avenir de nos territoires.

Ces trois termes sont les suivants: globalisation, territorialisation, patrimonialisation.

 

Globalisation

 

La culture, qu'elle soit élitiste ou populaire, suit des modèles plus ou moins internationaux, inspirés par les modes et les pratiques des pays et des populations qui ont atteint un haut niveau de prospérité, de confort, de qualité de vie. Ce haut niveau devient un besoin, voire une obsession, qu'il s'agisse de loisirs, de consommation, de mobilité. Des valeurs dites universelles (droits humains, démocratie, liberté, etc.) sont promues par la plupart des pays et des organisations internationales, gouvernementales ou non, qui représentent un consensus mondial, même lorsqu’elles sont contestées par certains pays ou certains régimes.

Le patrimoine culturel et naturel, matériel et immatériel, étiqueté national et même mondial, est soit respecté et préservé comme un capital inaliénable de l'humanité, soit attaqué pour des raisons idéologiques ou religieuses, soit dispersé commercialement au profit des collectionneurs publics et privés. Mais là encore, il y a consensus sur la valeur patrimoine, avec son double sens de valeur culturelle et de valeur matérielle. Cette valeur est tellement reconnue qu'elle fait l'objet, depuis longtemps et semble-t-il de plus en plus, d'un marché également globalisé d'échantillons minéraux, d'objets archéologiques, d’œuvres d'art, alimenté par des fouilles clandestines, des conflits locaux et des vols et encouragé par la passion ou l'obsession des collectionneurs, qu'ils soient amateurs, spéculateurs ou malheureusement responsables de musées.

Les flux touristiques, devenus une caractéristique et une nécessité des sociétés d'abondance et des classes riches et moyennes des sociétés "émergentes", exigent toujours plus de conditions d'accès et de jouissance, de services et de confort selon des normes et des environnements identiques partout. Il sont aussi, pour de nombreux pays riches en patrimoine, une ressource économique globale qui peut tendre à remplacer d'autres types d'activités traditionnelles ou simplement moins rémunératrices.

La pandémie actuelle, elle aussi globale, et ses conséquences pour les relations entre les humains, la multiplication et la poursuite de conflits, les crises qui se succèdent, l'impact des changements climatiques sur les conditions de vie de millions d’individus ont créé un sentiment général (et global) d'insécurité et de précarité qui favorise non seulement la recherche d'un avenir différent et de technologies efficaces, mais aussi un retour au passé, notamment par un ancrage rassurant dans le patrimoine personnel et collectif.

 

Territorialisation

 

Le global, sous ces diverses formes, échappe à la compréhension et au pouvoir d'agir de la plupart d'entre nous et même des communautés auxquelles nous appartenons, même s'il conditionne ou influence malgré nous notre mode de  vie. En réalité, et Santiago l'avait bien compris et exprimé, c'est le territoire, ou plutôt les territoires auxquels nous appartenons que nous pouvons maîtriser collectivement et c'est à son niveau et à son échelle que la plupart d'entre nous peuvent avoir un rôle actif, une utilité sociale.

Le territoire est le lieu de la vie sociale et de l'action collective/communautaire, qu'elles soient de la famille, du village ou du quartier, de l'entreprise, de l'association ou du syndicat, de l'école. C'est une réalité multiple et multiforme, qui pratique une culture vivante, évolutive, ouverte sur l'extérieur mais consciente de ses racines et capable de créativité.

Le territoire contient une mémoire collective et des mémoires particulières, elles-mêmes vivantes et susceptibles d'oublis et de choix, ou même de changements d'interprétation. Il contient un patrimoine, aussi vivant que la culture locale, c'est un "commun", une propriété collective.

C'est le cadre du développement local, où toutes les énergies et les ressources disponibles peuvent être inventoriées et mobilisées selon des stratégies et des programmes que l'on veut soutenables, c'est à dire à la fois dynamiques et raisonnés, associant et combinant les dimensions environnementale, sociale et économique de la vie des citoyens, qui sont en même temps héritiers, usagers et parties-prenantes de leur(s) territoire(s).

 

Patrimonialisation

 

Pendant ces cinquante années et même un peu plus car nous devons tenir compte de ce que l'après-guerre et la décolonisation nous ont apporté comme changements de regard et de statuts pour nous-mêmes et chez nos voisins proches ou lointains, un triple phénomène est apparu et a pris une place de plus en plus importante dans les politiques publiques et les pratiques sociales, sous le nom de patrimoine qui recouvre des sens et des manifestations très différents.

Il y a le patrimoine personnel, familial qui se transmet en principe de génération en génération et dont une part au moins peut avoir une valeur extra-familiale, ne serait-ce qu'au sein de la communauté d'appartenance et du territoire (traditions, savoirs, habitat, propriétés participant de l'économie commune...). Il est très vivant dans la mesure où il se perd et se crée, en fonction des goûts, des modes, des variations de l'économie familiale.

A l'opposé, on trouve le patrimoine reconnu pour sa valeur universelle, dont les catalogues les plus connus sont les listes de l'UNESCO, mais aussi les inventaires des collections publiques des musées. Cette énorme masse de biens naturels et culturels, matériels et immatériels est en principe protégée, conservée, mise en valeur par des législations spécifiques et des institutions dédiées, nationales et, depuis exactement cinquante ans (Convention UNESCO de 1972 et ses déclinaisons ultérieures), internationales. Ce patrimoine "officiel" est, de fait, retiré à la responsabilité des citoyens, des communautés, et même des petites collectivités locales. Il est étroitement lié, depuis plus de cinquante ans, à l'essor du tourisme avec lequel il est en symbiose: le "grand" patrimoine est un facteur de soft power et d’attractivité des États, tandis que les flux économiques du tourisme financent directement ou indirectement la protection du patrimoine.

Enfin, depuis une cinquantaine d'années également, est apparu le nouveau concept de patrimoine vivant. Il recouvre, partout dans le monde, tout ce que les citoyens et les communautés reconnaissent comme "leur" patrimoine, dont ils souhaitent garder la responsabilité et la propriété individuelles et collectives, au nom de critères affectifs, de sa valeur d'usage et de son appartenance au territoire. Il fait l'objet, de plus en plus, d'initiatives individuelles et surtout collectives, émanant de la communauté ou de certains de ses membres, prenant la forme d'associations, de manifestations spontanées de défense et de mise en valeur, ou encore d'institutions privées ou publiques locales, musées de communautés, de territoires, écomusées, etc. Il ne s’agit pas ici de le protéger et de le mettre à l'abri pour une meilleure conservation, mais d'en prendre soin et de le maintenir au service de la communauté et de ses membres, de façon soutenable et évolutive. C'est donc une gestion participative et responsable du patrimoine.

 

*

 

Il me semble que les gestionnaires du patrimoine, s'ils veulent profiter et s'inspirer de l'esprit de Santiago, sans cesser de remplir leurs missions d'inventaire, de collecte, de conservation, de présentation et d'éducation selon les principes de leurs professions respectives, devraient plus s'attacher à une connaissance concrète et approfondie du monde actuel et de leur environnement immédiat, dans toutes leurs dimensions et dans leur évolution dans le temps, pour être en mesure d'assumer leur rôle d'acteurs et de serviteurs de la société et de sa transformation, en tant que gestionnaires dynamiques du patrimoine dont ils ont la charge. C'est un autre sujet, celui de la co-responsabilité des acteurs du patrimoine,  qui n'a pas été suffisamment approfondi à Santiago et depuis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2022 6 12 /11 /novembre /2022 11:34

 

Cette année 2022 a été marquée, pour de nombreux professionnels du patrimoine et des musées, jeunes et moins jeunes, par des réflexions et des débats sur la déclaration de la Table Ronde de Santiago du Chili (1972), sur ses suites et sur la situation actuelle des politiques institutionnelles et des pratiques de terrain. Les nouvelles modes et techniques d'échanges à distance découlant de la pandémie ont considérablement élargi l'accès de très nombreux acteurs locaux à ces débats, qui auraient autrefois été limités à une élite de chercheurs et de représentants de grands musées, surtout artistiques ou scientifiques.

J'ai personnellement participé à quelques unes de ces rencontres, de façon virtuelle, surtout comme observateur et non comme participant, n'étant plus moi-même acteur, physiquement et intellectuellement. Mais je ne peux pas m'empêcher d'exprimer quelques analyses et des opinions, en tant que témoin de la Table Ronde de Santiago et des évolutions de la muséologie et des pratiques de gestion du patrimoine pendant les cinquante dernières années.

Tout d'abord, un rappel: la Table Ronde de Santiago, décidée par l'UNESCO, organisée par l'ICOM et accueillie par le Chili, en mai 1972, s'est distinguée des réunions analogues tenues antérieurement (Jos 1964, New-Delhi 1966) par deux caractéristiques: les experts invités à animer les séances étaient tous latino-américains et spécialistes des principaux domaines du développement social et économique dans le continent (et non pas des musées); la seule langue de communication était l'espagnol (l'anglais et le français ayant été éliminés comme non pertinents et le portugais accepté sous la forme du "portunhol").

Les participants représentaient soir des administrations publiques soit des grands musées nationaux. Sur le moment et dans les années suivantes, la déclaration finale, rédigée principalement par Mario Vazquez (Mexique) et Carlos de Sola (El Salvador), n'a pas eu d'influence réelle sur les politiques de musées ou du patrimoine dans les pays d'Amérique Latine. Seule l'expérience de la Casa del Museo, pilotée par Mario Vazquez, a tenté un application des principes de Santiago. Politiquement, les régimes autoritaires qui ont existé dans nombre de pays de la région jusqu’aux années 1980 n'ont pas favorisé l'adoption de politiques novatrices dans le domaine culturel. La conférence de Caracas, en 1992, voulue par l'UNESCO pour évaluer l'impact de Santiago vingt ans après la Table Ronde, a montré que cet impact était très faible sur les grands musées.

Mais, c'est cette même année 1992 que la première rencontre internationale des écomusées s'est tenue à Rio de Janeiro, dans le cadre du Sommet de la Terre. En effet, à la suite de la Conférence générale de l'ICOM de 1971, un mouvement s'était développé, sans relation directe avec la Table Ronde et la déclaration de Santiago, sous les nom de nouvelle muséologie, d'écomusées ou de musées communautaires, à partir d'initiatives locales de petites dimensions, faisant appel à une mobilisation des forces vives des territoires, prenant des formes variées, principalement en France, au Canada, au Brésil, en Scandinavie, au Mexique, et plus tard en Italie, au Portugal, en Chine, etc. De nouvelles déclarations ont été publiées, allant dans le même sens que celle de Santiago (Québec 1984, Oaxtepec 1984, Guwahati 1988).

C'est dans les années 2000 environ, à mon avis, que l'esprit de Santiago a rejoint et nourri ces centaines de projets locaux, sans toutefois entraîner de vrais changements dans les politiques publiques du patrimoine et dans les pratiques des grands musées d'art, d'histoire et de sciences, qui sont restés traditionnels et attachés aux notions de collection, de conservation, d'éducation et de public. L'ICOM au plan international et ses déclinaisons nationales, comme les associations de professionnels de musées, traditionnellement conservatrices (au deux sens du terme) ont certes débattu du rôle social et culturel du musée, mais seulement au niveau des idées, soutenues par de rares expériences ponctuelles, sans que des changements effectifs apparaissent, dans les lois nationales, dans les pratiques professionnelles et dans les structures corporatives.

Finalement, les instances de l'ICOM, suivies par les autorités nationales, ont fini par discuter à Kyoto en 2019 puis adopter à Prague en 2022, une définition du musée qui reprend certains concepts et certains principes qui étaient déjà présents à Santiago il y a cinquante ans et qui avaient déjà été largement diffusés et mis en pratique depuis par les écomusées, les musées communautaires, des milliers d'associations locales du patrimoine, des mouvements politiques de reconquête ou de restitution des patrimoines autochtones. On peut s'en féliciter, mais il faut rester vigilants et attendre de voir si des changements réels interviendront dans les grandes institutions qui sont les modèles du "Musée" et lui offrent des références idéologiques et scientifiques, malgré la pression toujours plus forte du tourisme et du marché des biens dits "culturels".

(Suite un jour prochain)

Partager cet article
Repost0
6 février 2022 7 06 /02 /février /2022 16:16

Novembre 2022. Je retrouve dans mes brouillons ce petit texte que je n'avais pas envoyé en février dernier. Mais comme le sujet reparaît actuellement, je le publie, à tout hasard.

 

La presse nous raconte, depuis quelque temps, des histoires de conflits locaux, en Serbie ou au Portugal, sur des projets de mines de lithium dans des espaces agricoles ou naturels protégés. Au Portugal, il s'agit de Covas do Barroso, un espace du nord du pays où je suis intervenu sur la création d'un écomusée, mais il y a d'autres sites, comme celui de Argemela à Fundão, que je connais personnellement.

C'est un problème très intéressant, plus que bien des cas apparemment semblables, comme celui de Notre-Dame des Landes en France il y a quelques années. Sur l'extraction de minerais contenant du lithium, on se trouve devant un choix impossible entre deux positions:

- les agriculteurs défendent leur cadre de vie, leur activité professionnelle, leur patrimoine, tandis que les militants de l'environnement et les spécialistes de la soutenabilité du développement veulent sauvegarder l'avenir du paysage, la bio-diversité, et lutter contre toutes les sources de pollution...

- les sociétés minières, beaucoup d'élus locaux, les responsables régionaux et gouvernementaux du développement économique et de la transition énergétique ont un besoin vital de lithium pour assurer à la fois la production de véhicules électriques et d'outils numériques divers, tous indispensables aujourd’hui, et assurer une souveraineté industrielle menacée par un déséquilibre dans la répartition des sources d'approvisionnement.

Que penser ? Que décider ?

Sanctuariser le territoire, c'est garantir la continuité de l'évolution naturelle de la nature et de la vie, transmettre un espace que l'on a reçu et entretenu, en tant que "bien commun" de la communauté et de l'humanité, alors que l'on sait ce que l'activité humaine a causé de dommages irréversibles à la planète.

Utiliser une ressource minérale cachée, actuellement irremplaçable, pour rendre possible le passage de la voiture thermique à la voiture électrique, c'est contribuer à la décarbonation des moyens de transport, ce qui est un objectif majeur de la communauté internationale, qui impactera chacun d'entre nous.

Peut-on prendre une décision d’exploitation irréversible pour un résultat à court terme, alors qu'il sera peut-être un jour découvert un substitut au lithium ?

La détermination d'une petite population, éloignée des centres de décision et de faible poids électoral, peut-elle raisonnablement contrebalancer des intérêts politiques et économiques au niveau national et international ?

La récolte annuelle de quelques dizaines d'hectares agricoles est-elle équivalente à quelques milliers de voitures "propres" chaque année ? Mais avons-nous réellement besoin de ces voitures ? et de voitures aussi remplies d’appareils numériques fonctionnant avec du lithium ?

Un pays comme le Portugal, ou peut-être la Serbie, peut-il laisser passer une telle chance pour son avenir ? Et le territoire du Barroso (comme celui de la Cova da Beira), en perte de population et de jeunesse, peut-il négliger les milliers d'emplois directs et indirects résultant de l’exploitation minière ?

La décision est à prendre maintenant, mais, quelle qu'elle soit, elle aura des conséquences dans le très long terme.

Je n'arrive pas à choisir le parti qui me satisferait. Est-ce une forme de roulette russe ? Heureusement que je n'ai pas à donner mon avis, ni localement, ni nationalement. Mais la démocratie est-elle capable de traiter de ces enjeux ? Et où se situe la participation des citoyens au développement de leur territoorie ?

 

Partager cet article
Repost0
1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 11:44

Je viens de recevoir une lettre et un important dossier documentaire de notre ami Kazuoki Okara, professeur à Yokohama National University, qui suit depuis longtemps les écomusées japonais et plus particulièrement celui de la Péninsule de Miura. Il m'envoie:

- un ouvrage réalisé à l'occasion du Forum des écomusées tenu à Kanagawa du 8 au 10 septembre 2019 dans le cadre de la Conférence gé²nérale de l'ICOM (Kyoto 2019): Ecomuseums in Japan - Reference Cases. Il  est en deux parties: "Introduction to Japanese Ecomuseums", par Kazuoki Ohara, et "Japanese Ecomuseums as seen by Overseas Guests".

- le n°25 du Journal of Japan Ecomuseological Society, qui constitue les Actes du Forum et contient le texte  en anglais et en japonais des interventions d'Alberto Garlandini, Karen Brown et Jamie Allan Brown, et Heloisa da Costa.

- un livret très bien conçu et présenté, sur l'Ecomusée de la Péninsule de Miura "Attractive Friends - Miura Peninsula Ecomuseum" (version en japonais et version en anglais). Ce n'est pas un guide touristique, mais un état très complet des activités des différentes structures et des différents lieux qui constituent cet écomusée. On y trouve aussi à la fin un historique complet de l'écomusée.

 

Kazuoki Ohara, dans sa lettre, rappelle le typhon qui a perturbé le Forum de 2019 et ajoute:

"Ecomuseums in Japan have been working since the 1980s, but some of them have stopped their activities or changed to geo-park activities, and they are still changing. People are getting older, and it is becoming more and more difficult to hand over to the next young generation. In Japan, local residents are very active, but I think their weakness is that they are not integrated with the museum, which is a permanent organization."

Il me semble que ces deux questions peuvent s'appliquer à bien des écomusées et mériteraient une réflexion collective internationale:

- le vieillissement des écomusées et la disparition ou la fatigue de leurs premiers dirigeants, menant à la disparition de l'écomusée ou à sa transformation en une autre structure mieux reconnue et financée, comme un musée ordinaire, un géo-parc, un parc naturel ou culturel, une réserve biologique, etc.

- la difficulté d'attirer et d'accueillir les jeunes, dont la relation au patrimoine et les objectifs socio-culturels ne sont pas les mêmes que ceux de leurs prédécesseurs.

 

Je souhaite en tout cas longue vie et grand développement aux écomusées japonais.

Partager cet article
Repost0
30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 11:45

J'ai reçu de Raul Dal Santo (Ecomuseo del Paesaggio de Parabiago) un message particulièrement positif et encourageant sur les récents développements de l'activité des écomusées italiens. Je tiens à reproduire des extraits de ce message, sans commentaires, dans sa version originale (en anglais) et dans une traduction sommaire en français, pour en faciliter la diffusion.

 

Extracts from a letter received from Raul Dal Santo (17-07-2021)

The last few months have been of great intense work for me and the Italian and European ecomuseums.

[...]

... the research activity on Italian ecomuseums has allowed me to systematize all the extraordinary information and reflections that are emerging from the celebration of the 50th anniversary of ecomuseology in Italy.  A real Renaissance of the cooperative activity of Italian ecomuseums masterfully coordinated by Francesco Baratti from Apulia and with extraordinary young forces of ecomuseums also from southern Italy.  This is the so-called "phase 2" of the participation of the Italian network ...

The response was extraordinary not only among the old ecomuseums that were part of the Mondi Locali network and then of the "national coordination" but also from new Italian ecomuseums that all together now are part of a greater italian network .  We recorded dozens of contributions during the Landscape Week and over 50 short films on the practices of Italian ecomuseums divided into relevant themes, identified by the network of Italian ecomuseums.  

This now constitutes a treasure of ideas from which to draw to achieve other objectives.  These include further amendments to the Strategic Manifesto of Italian ecomuseums and the dissemination of good practices.  

Among the activities planned for the celebration of the 50th anniversary there is also an international conference I told you about the role of ecomuseums and climate action.  We hope to be able to make a small contribution to the reflection on this important topic and especially to convince ecomuseums all over the world to integrate the UN 2030 development goals into their policies and to have a systemic approach on the issue of local and global development. 

Italian enthusiasm and work is partly in tune with that of the Brazilian ecomuseums with which we continue to collaborate.  A research doctorate is expected shortly to be carried out by Nadia Oliveira in Italy. More in the short term, we are writing an article for the next issue "Empty Museums'" of Museum International illustrating the activities about the cooperation charter between Italy and Brazil.  

With these two activities I hope that we can maintain the enthusiasm and collaboration between the two very different countries but with a common tool such as the ecomuseum. 

Many other news on ecomuseums worldwide were announced through the last Drops Newsletter : https://us16.campaign-archive.com/?u=4934a398cfba99c76e17a05a9&id=37d24e69de and on the platform itself.

___________________________

 

Extraits d’une lettre reçue de Raul Dal Santo (17-07-2021)

Ces derniers mois ont connu un travail intensif pour moi et aussi pour les écomusées italiens et européens.

[...]

... L’activité de recherche sur les écomusées italiens m’a permis de systématiser l’information considérable et les réflexions qui découlent de la célébration du 50° anniversaire de l’écomuséologie en Italie. Ce fut une réelle renaissance de l’activité collaborative des écomusées italiens, remarquablement coordonnée par Francesco Baratti (Ecomusées de la région des Pouilles), mais aussi des jeunes forces des écomusées du sud de l’Italie. C’est ce que nous appelons la “phase 2” de la participation à l’intérieur du réseau italien.

La réponse a été extraordinaire, non seulement de la part des anciens écomusées qui faisaient partie du réseau de Mondi Locali et qui forment maintenant le “coordination nationale”, mais aussi des nouveaux écomusées italiens qui font maintenant partie tous ensemble d’un réseau italien élargi. Nous avons enregistré des douzaines de contributions pendant la Semaine du Paysage et plus de 50 films brefs sur les thématiques des écomusées italiens, classés par sujets et choisis au sein du réseau des écomusées italiens.

Ceci constitue maintenant un trésor d’idées dans lequel nous pourrons puiser pour atteindre de nouveaux objectifs. Ceux-ci incluent de nouveaux amendements au Manifeste stratégique des écomusées italiens et la diffusion de bonnes pratiques.

Parmi les activités prévues à l’occasion de la célébration du 50° anniversaire, il faut noter une conférence internationale sur le rôle des écomusées dans le cadre de l’action sur le climat. Nous espérons pouvoir modestement contribuer à la réflexion sur ce thème si important et plus spécialement convaincre les écomusées du monde entier d’intégrer dans leurs stratégies les objectifs 2030 du développement formulés par l’ONU et d’adopter une approche systémique du thème du développement local et global.

L’enthousiasme italien et le travail accompli correspondent en partie à ceux des écomusées brésiliens avec lesquels nous continuons à collaborer. Un doctorat de recherche entrepris par Nadia Oliveira en Italie devrait aboutir rapidement. A plus court terme, nous écrivons en commun un article pour le prochain numéro (« Les musées vides ») de Museum International qui illustrera les réalisations de la Charte de coopération qui a été signée entre les écomusées de l’Italie et du Brésil.

Avec ces deux projets, j’espère que nous maintiendrons l’enthousiasme et la collaboration entre deux pays très différents mais qui se sont donné un outil commun qui est l’écomusée.

Beaucoup d’autres nouvelles internationales sur les écomusées ont été annoncées dans le dernier numéro de la Drops Newsletter: https://us16.campaign-archive.com/?u=4934a398cfba99c76e17a05a9&id=37d24e69de et sur la plateforme elle-même.

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 17:02

Alors que musées, monuments et sites du monde entier étaient plus ou moins à l'arrêt, leurs sièges fermés ou entrouverts, leurs expositions déprogrammées ou réduites à quelques journées, leurs équipes en chômage technique ou concentrées sur la gestion des locaux et des collections, d'innombrables écomusées et musées communautaires restaient présents sur leurs territoires, auprès du patrimoine conservé vivant par leurs communautés elles-mêmes. 

Un exemple parmi d'autres: le projet Comuniterràe, en Piémont (Italie), dont on peut retrouver les deux cycles de programmes 'Raccontami l'ecomuseo" sur Facebook et Youtube.

De mon poste d'observation, j'ai pu constater, à distance, les innombrables initiatives, les rencontres virtuelles, les innovations méthodologiques, les activités partagées, dans les domiciles, en plein air, entre voisins, et même entre pays et continents, pendant les périodes les plus confinées et aux moments plus libres. Je crois que jamais ces structures locales, communautaires, modestes, participatives, apparemment fragiles, n'avaient fait autant la preuve de leur utilité sociale, culturelle, et même économique, de leur adaptation aux changements et aux vicissitudes de l'actualité.

J'en veux pour preuve l’incroyable série de rencontres entre écomusées de plusieurs pays, intitulée Babel qui, à peine terminée après presque trois mois d'intenses échanges, vient d'être mises sur internet pour que tout le monde puisse en profiter : https://www.youtube.com/channel/UCKpUaZCM9hRuRAx6XC0fFUg.

On peut y ajouter les nombreuses manifestations qui ont marqué  et marquent encore le cinquantième anniversaire de l'invention du mot écomusée, comme le Forum de l’association des écomusées et musées

communautaires brésiliens (ABREMC).

 

Et maintenant, après 18 mois de hauts et de bas, des projets continuent à apparaître, qui marquent bien l’intensité et la qualité des travaux réalisés pendant ces mois difficiles, et aujourd'hui même, alors que nous sommes tous à peine déconfinés, je reçois l'annonce du lancement par le Réseau des écomusées italiens d'un programme d'envergure nationale intitulé "LES ECOMUSEES SONT LE PAYSAGE" (21 juin - 26 novembre 2021), dont la première manifestation couvrira la Semaine du Paysage, du 21 au 25 juin, c'est à dire demain. C'est un effort coopératif qui manifeste l'unité et la créativité de la famille des écomusées italiens et qui, à mon avis, dépasse de très loin par a=sa signification le cadre national.

Cette Semaine du Paysage pourra être suivie (en Italien évidemment mais peut-être un jour des résumés en anglais pourront être diffusés) sur facebook : https://www.facebook.com/Ecomuseiitaliani. On peut aussi trouver des informations complémentaires sur www.sites.google.com/view/ecomuseiitaliani et par mail à ecomuseiditalia@gmail.com.

 

*

 

Pour ceux qui peuvent lire l'Italien, je reproduis ici le communiqué de presse (je suis trop paresseux pour oser une traduction)

 

 

Partirà lunedì 21 giugno la Settimana del Paesaggio, il primo evento previsto all’interno della
rassegna nazionale GLI ECOMUSEI SONO PAESAGGIO, iniziativa promossa dalla Rete degli
Ecomusei Italiani in collaborazione con la Rete Ecomusei Piemonte.
La rassegna ricca e articolata, proseguirà con una serie di eventi a cura dalle reti regionali dal titolo Il
paesaggio visto dagli ecomusei (28 giugno – 30 settembre) e si concluderà in autunno con tre
importanti tavole rotonde dedicate al ruolo degli ecomusei rispetto alla crisi climatica, alla
Convenzione Europea del Paesaggio ed al Sistema Museale Nazionale.
La Settimana del Paesaggio vedrà la partecipazione di più di trenta ecomusei e soggetti diversi che
operano per la cura del paesaggio. Si cercherà di sviluppare una riflessione sulla necessità di mettere
a punto nuovi modelli di sviluppo locale basati su pratiche di sostenibilità ambientale e paesaggistica
in grado di promuovere nuovi modelli di economie locali auto-sostenibili.
Sette tavoli tematici alla presenza di personalità del modo della ricerca, delle istituzioni e del terzo
settore, permetteranno di approfondire le diverse declinazioni che può assumere il paesaggio per le
comunità che lo hanno prodotto e di dialogare sugli effetti possibili dettati dalle condizioni post-
pandemiche, guardando con particolare attenzione all’attuazione del PNRR.
Nell’ambito dei singoli tavoli tematici, saranno presentati alcuni dei 50 video raccolti come
testimonianza delle ‘’buone pratiche’ sul paesaggio sviluppate nel nostro Paese dalle Alpi al
Mediterraneo, che evidenziano il ruolo sempre più attivo delle comunità nelle decisioni degli enti locali
e territoriali, rispetto al tema delle filiere corte, dell’economia circolare, della difesa delle diversità,
della resilienza all’abbandono delle campagne, della partecipazione attiva, della ricerca del benessere
basata su azioni concrete di uno sviluppo locale sostenibile.
Una settimana quindi per tornare a parlare di paesaggio come bene comune e per tracciare un primo
resoconto dei risultati a 50 anni dalla nascita del concetto di ecomuseo.


 

Partager cet article
Repost0
5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 15:52

En principe, et surtout en pratique, un écomusée n'est pas un musée normal: la collection n 'est pas son objet principal, l'exposition n'est pas son seul langage et, même lorsqu'il a des professionnels salariés, il est aussi animé par des membres de la communauté. C'est à dire que, lorsque les musées et autres institutions culturelles sont obligés de fermer leurs portes pendant les périodes de confinement plus ou moins strict du temps de pandémie, le territoire de l'écomusée et le patrimoine vivant qui se trouve sur ce territoire ou dans les familles des habitants ne sont pas concernés par le confinement et continuent à exister et à vivre.

Il y a d'innombrables exemples d'écomusées et de musées communautaires, dans de nombreux pays, qui ont inventé des activités et des méthodes qui leur ont permis, non seulement d'utiliser les moyens de la technique (internet ou les réseaux sociaux, etc.), mais aussi de faire des choses nouvelles sur leur territoire, avec ou par leur population.

Un seul exemple que je viens de trouver sur internet: l'Ecomuseo delle Acque de Gemona (Frioul, Italie) a lancé le programme "Amica Mucca" pour l'adoption par des volontaires intéressés d'une vache choisie parmi celles d'une laiterie tournante, la dernière existante sur son territoire. Voir http://www.latteriacampolessi.it/amicamucca.pdf. Un patrimoine vivant est ainsi reconnu et protégé, avec les savoir-faire et les emplois correspondants, C'est un succès qui montre bien que l'écomusée n'est pas fermé...

Ce temps de pandémie, même s'il entraîne des conséquences dramatiques d'ordre humain, social, économique, permet à tous les écomusées, mais aussi à tous les projets patrimoniaux qui s'occupent du patrimoine vivant sur des territoires déterminés, de montrer la voie d'une prise de conscience de la ressource que ce patrimoine peut représenter pour chacun d'entre nous et pour l'ensemble de nos communautés, comme facteur d'éducation, de loisir, de développement personnel et collectif. Et cela selon des modalités et des formes qui ne sont pas virtuelles, qui ne nécessitent aucun "protocole" particulier, puisque tout se passe sur un territoire ouvert avec les paysages et le patrimoine commun, chez les gens eux-mêmes avec leur patrimoine domestique ou mental, entre des professionnels ou des bénévoles militants qui n'ont pas besoin de se rencontrer physiquement.

Les musées traditionnels pourraient en prendre de la graine et laisser reposer leurs collections et leurs expositions pour aller vers leurs territoires et vers les populations qui les entourent.

Partager cet article
Repost0
8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 10:06

Cela fait un an que la pandémie nous donne, où que nous soyons, beaucoup de difficultés, d'angoisses, de deuils. Mais, l'humanité étant résiliente et éminemment adaptable et évolutive, cette crise aura produit des effets positifs, en suscitant nombre d'inventions, notamment dans le domaine tant des institutions que de la vie quotidienne. J'ai déjà ici dit mon émerveillement devant la créativité des acteurs du développement local et en particulier de la gestion du patrimoine vivant. L’utilisation, imprévue mais très rapidement adoptée avec enthousiasme, des technologies de communication par internet, visioconférences, webinaires, Whatsapp et autres, a permis à des professionnels et à des militants, isolés sur leurs territoires et débordés de tâches, de partager leurs expériences concrètes et leurs idées utopiques ou politiques, en fonction de leurs situations réelles, mais aussi en s'ouvrant à des dialogues ou à des débats avec des interlocuteurs éloignés, parlant d'autres langues, dans d'autres contextes.

L'année 2020 a vu ainsi le succès des rencontres virtuelles du programme EU-LAC sur les musées communautaires en Amérique Latine, dans les Caraïbes et en Europe, la mise en œuvre d'un programme pluriannuel d'échanges entre les écomusées italiens et brésiliens, de très nombreux débats et confrontations de pratiques  lancés par des groupes locaux, mais largement diffusés par les réseaux sociaux et sur Youtube et aussi, dans notre domaine, par la plateforme DROPS, touchant ainsi des personnes éloignées, parfois inconnues des réseaux organisés et peu habituées aux réunions internationales.

Curieusement, alors que les organisations professionnelles nationales et internationales se bornaient à des discussions plus ou moins théoriques sur l'évolution et la modernisation de leurs pratiques traditionnelles, les acteurs du terrain s'éloignaient de plus en plus de ces pratiques et cherchaient à trouver ensemble des réponses aux problèmes posés par la vie quotidienne des communautés, des territoires et des patrimoines, sans a priori.

On aurait pu penser que les restrictions qui touchaient les déplacements et les relations sociales mèneraient rapidement à un certain découragement et que le flux des initiatives se tarirait. Il n'en a rien été, bien au contraire. Même si je suis, par mon âge et mon éloignement du terrain, moins touché par l'information, moins actif sur les réseaux sociaux et moins impliqué dans ces initiatives, je suis impressionné par la poursuite de ce mouvement spontané qui va probablement se poursuivre après la fin espérée de la pandémie, car les liens qui se sont créés ne se détendront pas.

C'est ainsi que la rencontre de deux chercheuses, l'une plus orientée vers le patrimoine et l'institution muséale - Manuelina Duarte, Université de Liège (Belgique) et Université fédérale de Goias (Brésil) -, l'autre qui considère le patrimoine à partir d'un point de vue de développement territorial - Giusy Pappalardo, Université de Catane (Sicile, Italie), appuyées par leurs universités respectives, a abouti au lancement d'un vaste programme de réflexion et d'échanges sur le thème général "Gens de musée en dialogue" et sous le titre "La Tour de Babel". Le but de cette série de onze webinaires qui se dérouleront en français, italien et anglais entre le 12 février et le 26 avril "est de creuser les intersections entre paysage et patrimoine, ouvrant la discussion vers divers échanges transnationaux et transdisciplinaires. L'idée du titre est liée à l'opportunité d'explorer différentes langues, domaines et jargons impliqués dans le domaine des musées, leurs relations avec les gens, leurs territoires, le développement local et la muséologie. La grande question derrière ce voyage est de savoir comment les gens s'identifient aux signes tangibles et intangibles de leur passé, afin de planifier un avenir plus juste et inclusif, en période de transition écologique et de changements sociétaux."

Tous les sujets proposés sont passionnants et liés à des problématiques sociales, économiques et politiques. Leur examen en commun devrait aboutir, non pas à des spéculations philosophiques, mais à la révélation de situations nouvelles et à des réalisations concrètes sur le terrain, que l'on peut espérer se développer à partir de coopérations et de collaborations entre des acteurs locaux de différents pays et leurs institutions

.

Pour les détails d'organisation, voir  http://web.philo.ulg.ac.be/museologie/agenda/

Contacts:

babeltowerwebinars@gmail.combabeltowerwebinars@gmail.combabeltowerwebinars@gmail.com

Manuelina Duarte: mmduartecandido@uliege.be

Giusy Pappalardo: giusy.pappalardo@unict.it

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 11:36

Il y a quelques jours, la Fédération (française) des écomusées et musées de société (FEMS) a publié un communiqué de presse en solidarité avec les musées de France, pour réclamer la réouverture des musées, actuellement fermés pour cause de pandémie. On peut comprendre une telle démarche, surtout de la part des musées de société qui partagent avec les plus grands musées des soucis de collections, de manifestations (expositions), de publics. Mais on peut regretter que ce n'ait pas été l'occasion de rappeler que les écomusées, selon les principes actuellement agrou verontdmis dans la plupart des pays, portent sur des territoires, des populations et des patrimoines: les collections sont secondaires, les visiteurs extérieurs s'ajoutent seulement aux habitants qui sont les premiers acteurs du musée et le territoire comme le patrimoine qui s'y trouve sont en permanence accessibles et ne dépendent pas d'horaires d'ouverture.

Par conséquent, on ne voit pas pourquoi un écomusée serait "fermé", alors que son patrimoine reste vivant et disponible. La FEMS avait d'ailleurs, pendant le premier confinement, en mars-avril dernier, diffusé une liste très riche et très variée d'initiatives prises par ses membres pour démontrer comment leurs activités pouvaient continuer. Dans de nombreux pays il en a été de même ; on a même pu constater une créativité exceptionnelle et la naissance de réseaux de coopération.

On peut aussi penser que les habitants des territoires qui ont la chance de pouvoir disposer d'un écomusée, ou d'un musée communautaire, peuvent trouver dans l'offre de participation à la gestion et à la mise en valeur du patrimoine vivant qui leur est commun une manière de lutter contre la morosité, l'inactivité, le déficit de relations sociales qui résultent du confinement et des autres mesures de sécurité sanitaire.

Partager cet article
Repost0