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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 17:23

Je viens de recevoir trois ouvrages, venus de trois pays et publiés en trois langues, qui me semblent présenter un intérêt général pour tous mes collègues et amis qui travaillent sur le patrimoine. Je remercie d'abord ceux qui me les ont envoyés: même si je ne suis plus très actif sur le terrain, je peux encore faire passer l'information. Et celle-ci le mérite.

1. Merci donc à Elisabeth Kaine et à son équipe, de le Boîte Rouge Vif à l'Université du Québec à Chicoutimi (Canada), qui m'a envoyé:

Le petit guide de la grande concertation

Création et transmission culturelle par et avec les communautés

Collection Etudes amérindiennes, Presses de l'Université Laval, Québec, 2016, 263 p.

Ce livre est le résultat, concret et bien illustré, de 20 ans de recherches et d'expérimentations dans des communautés autochtones du Québec. Il comprend cinq parties: le montage du projet; la collecte des contenus selon plusieurs méthodes; le traitement de ces contenus; les modes d'expression et de transmission du patrimoine culturel; la production de dispositifs de transmission culturelle. De nombreux exercices et outils de travail sont proposés. J'ai été heureux de retrouver des noms et des visages de gens avec qui j'avais partagé de bons et grands moments au début des années 2000. Contact: elisabeth_kaine@uqac.ca

English edition can be downloaded or purchased on:

https://www.pulaval.com/produit/the-little-guidebook-on-the-extensive-consultation-cultural-creation-and-transmission-by-and-with-communities

2. Merci à Iñaki Arrieta Urtizberea, de l'Universidad del Pais Vasco, San Sebastian (Espagne). Il m'a envoyé le dernier ouvrage de sa remarquable série des colloques internationaux scientifiques et pratiques sur le patrimoine qu'il organise chaque année, dont le titre est cette fois:

Lugares de Memoria Traumatica

Editorial de la Universidad del Pais Vasco, Bilbao, 2016267 p.

Il s'agit de témoignages et de recherches sur des musées et des expositions réalisés dans plusieurs pays d'Europe et d'Amérique du nord et du sud, qui traitent de la mémoire de divers drames du XXe siècle: guerres civiles, dictatures, guerres mondiales... Ce qui me paraît intéressant dans cet ouvrage, est la démonstration de l'utilité du musée et de la muséographie comme média d'information, de sensibilisation et d'éducation sur les drames du passé et la nécessité de transmettre la mémoire des lieux, des gens et des évènements. Cela m'a rappelé le remarquable Memorial da Resistência, à São Paulo et les nombreux musées de la résistance dans mon propre pays. Ces musées et expositions ont une fonction sociale évidente qui dépasse les discours culturels, pour aborder des problèmes cruciaux pour l'avenir de nos sociétés. Contact: i.arrieta@ehu.es

3. J'ai reçu enfin, de l'Instituto Brasileiro de Museus (IBRAM) un petit guide pratique, résultat d'une évaluation du programme de "Pontos de Memoria" lancé par cet Institut fédéral en 2009:

Memory Spots

Methodology and Practices in Social Museology

OEI & IBRAM - Brasilia, 2016, 98 p.

Ce petit livre, dont j'ai reçu la version en langue anglaise, ce qui la rend compréhensible dans le monde entier (bravo et merci), reflète l'expérience de 12 de ces Points de Mémoire, qui ont été créés dans des musées communautaires, dans des quartiers populaires de grandes villes, dans des communautés indigènes, pour permettre non seulement de recueillir la mémoire, mais aussi et surtout de le préserver, de l'interpréter et de la transmettre dans un processus participatif, partant de la base même et s'exprimant dans le langage de la culture vivante des gens. J'ai été témoin du succès de ce programme qui n'est sans doute pas destiné à se pérenniser, sauf si des Etats et des villes le reprennent à leur compte. Il s'agissait d'un appel à projets, qui a été extrêmement riche en initiatives locales.. J'ai rencontre plusieurs des sites dont il est question dans le livre et je peux témoigner de l'intérêt des enseignements que l'on peut en tirer. Contact: pontosdememoria@museus.gov.br

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 11:10

La littérature muséale brésilienne est en plein développement: périodiques qui naissent et s'affirment même dans des universités éloignées des grandes métropoles culturelles, thèses de doctorat publiées, ouvrages de théorie et compte-rendus de pratiques de terrain, éditeurs qui prennent le risque de publier des travaux en direction d'un public dispersé et encore peu connu, tout cela suit et accompagne la multiplication des cours universitaires de muséologie de tous niveaux et des colloques professionnels et scientifiques.

Aujourd’hui, je tiens à signaler une publication originale, car il s'agit de traductions en portugais de textes en langue française. Comme André Desvallées a publié il y a plus de trente ans le célèbre "Vagues" où se trouvent des traductions de textes importants de la nouvelle muséologie écrits dans plusieurs langues, comme Maurizio Maggi, dans les années 1990-2000 a essayé de faire traduire en italien des textes anglais ou français, et de traduire en anglais des textes italiens, Manuelina Duarte et Carolina Ruoso ont voulu contribuer ainsi à l'échange d'expériences et de concepts.

Il s'agit de : Museus e Patrimônio, experiências e devires, que Manuelina et Carolina ont coordonné. Editora Massangana, Fundação Joaquim Nabuco, Recife, 2016, 158p.

Il faut saluer cette initiative, pour l'effort consenti par les traducteurs/trices et les coordinatrices, qui ont vaincu, avec leurs propres moyens, la Tour de Babel muséologique.  Pour avoir moi-même bénéficié de traduction de certains de mes textes en portugais ou en italien, je puis témoigner de l'efficacité de la traduction pour la circulation des idées et du retour pour l'auteur traduit en termes d'échanges et de partages avec ses lecteurs dans d'autres zones linguistiques.

Certes, il y a encore beaucoup à faire pour la diffusion de ces ouvrages dont le marché étroit n'intéresse guère les grands éditeurs. C'est vrai dans tous les pays d'ailleurs. Et l'édition numérique, moins chère et plus accessible, n'est pas encore réellement entrée dans les mœurs muséologiques.

Donc merci à Manuelina et à Carolina de leur initiative réussie. Et qu'elle donne des idées à d'autres....

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 14:31

On parle beaucoup de l'inventaire participatif du patrimoine. Les écomusées italiens pratiquent la méthode de la "mappa di comunità"; les québécois du Musée du Fier Monde ont adopté le principe de la "collection écomuséologique"; l'écomusée Paysalp en France et l'Ecomuseu da Amazônia au Brésil mobilisent les enfants sur l'identification du patrimoine qui les entoure; tous les écomusées, d'une manière ou d'une autre inventorient leur patrimoine. Mais comment exposer ces patrimoines ?

Beaucoup d'écomusées, ou d'associations de mise en valeur du patrimoine utilisent le système traditionnel des expositions, langage propre au musée traditionnel, mais cela suppose de faire visiter l'exposition, dans un local spécialement aménagé, et aussi une scénographie, qui est elle-même le résultat d'une interprétation par des spécialistes du patrimoine de la communauté.

Certains ont cherché des solutions différentes. A Lomba do Pinheiro (Porto Alegre, Brésil), on a fait des expositions de panneaux travaillés avec les habitants et présentés dans la rue, là où les gens passent. L'Ecomuseu comunitario de Santa Cruz (Rio de Janeiro, Brésil) considère que des activités de promenade, des veillées de mémoire, des manifestations de revendication environnementale sont des expositions. Un peu partout, on complète les expositions classiques par l'organisation d'un réseau de sentiers qui quadrillent le territoire (mulattiere à l'Ecomuseo Val Taleggio en Italie, par exemple).

Je viens de recevoir de Raul Dal Santo un dossier qui me paraît aller plus loin dans la réflexion et surtout dans la pratique de ce qu'on pourrait appeler "exposition écomuséologique": le nouveau programme "cibo del corpo degli occhi e dell’anima", qui combine le maillage en parcours thématiques du patrimoine, surtout urbain, et des méthodes les plus actuelles de médiation utilisant les outils de communication que nous possédons tous et avons l'habitude d'utiliser pour la consommation comme pour les relations sociales. Ce projet s'appuie sur plusieurs années d'expérimentation et sur la volonté de faire connaître et approprier son patrimoine par la population elle-même, sans oublier évidemment les visiteurs occasionnels.

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it/p3/cibo/progetto.pdf

Même si la présentation de ce programme est en italien, je pense qu'il est possible d'en comprendre l'essentiel, ce qui peut donner envie d'aller voir sur place. Je sais que beaucoup d'écomusées, notamment en Italie, ont des pratiques remarquables allant dans le même sens, mais je voulais faire connaître immédiatement ce cas particulier, qui se passe dans un site que je connais et dont j'admire la créativité et le dynamisme.

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 21:55
Pasteurs, paysages: un chef d'oeuvre

C'est un évènement exceptionnel: un ouvrage exemplaire, scientifiquement, esthétiquement, culturellement: Enfin un livre sur un patrimoine vivant, héritage d'une longue tradition, mais ancré dans la société, l'économie, la technique, l'environnement les plus actuels, où s'expriment les acteurs eux-mêmes, les pasteurs de moutons, de chèvres, de vaches, de taureaux, de chevaux, avec passion,, compétence et expérience. Ils circulent avec leurs bêtes, entre plaine et montagne. Si les photos sont belles, la vie est rude et nomade.

Chaque témoignage est présenté avec la photo du(de la)) professionnel(le) présentée, une grande photo du paysage et des animaux décrits, et un texte court et précis sur le thème abordé dans le témoignage. 236 pages. pour près de 60 pasteurs bien vivants, de tous âges, qui mènent leurs bêtes entre la Crau et le Mercantour. Tout est traité: développement local, écologie, bio-diversité, économie de l'élevage, paysages, modes de vie, de transport, relations humaines, passé, présent et avenir, etc.

A lire et à méditer.

(Jean-Claude Duclos a été directeur du Musée Dauphinois de Grenoble et l'un des pionniers de la nouvelle muséologie en France. Il se consacre actuellement à l'étude et à la promotion de la transhumance et en général du pastoralisme.)

Pasteurs, paysages - Pastoralisme en Provence-Alpes-Côte d'Azur

par Lionel Roux, Photographe, Jean-Claude Duclos et Patrick Fabre pour les textes.
Editions Actes Sud et Maison de la Transhumance - Arles, juin 2016  
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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 15:03
Mémoire d'un écomusée

Odalice Priosti, connue dans le monde entier comme l'une des pionnières de l'écomuséologie, m'a fait l'honneur de me donner, le 6 juillet dernier, lors du Forum des écomusées et musées communautaires de Milan, son dernier livre: "Santa Cruz - Raízes de um ecomuseu". Ce petit livre, publié avec le soutien de l'ABREMC (Association brésilienne des écomusées et musées communautaires) et du NOPH ((Núcleo de orientação e de pesquisa histórica)est un récit à la fois de la communauté de Santa Cruz et de l'écomusée qui a émergé depuis trente ans de sa mémoire et de ses citoyens.

Il arrive à point, surtout pour deux raisons:

- localement, il répond, de façon claire et incontestable, aux efforts de personnes incompétentes mais influentes venues de l'extérieur, pour détruire une construction authentiquement communautaire, mais dont le caractère innovant, démocratique et "libérateur" gêne des technocrates jaloux.

- plus largement, il répond à un souhait exprimé par l'un des ateliers du Forum de Milan, pour l'écriture de la mémoire des écomusées par leurs praticiens eux-mêmes, seuls capables de tirer les leçons de l'expérience. Car l'écomuséologie est d'abord une pratique et il ne faut pas avoir peur du discours "subjectif" de ses militants, car on ne crée pas un mouvement populaire de conscientisation sociale et culturelle à partir de démarches "objectives" et froides.

Merci Odalice de ce livre. Tu as montré la voie. J'espère que bien d'autres la suivront.

Odalice Priosti, Santa Cruz - Raízes de um ecomuseu, Rio de Janeiro, 2015, 96p, illustrations

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 15:32

Je reviens de Milan, où j'ai pu participer au Forum des écomusées et musées communautaires (6-8 juillet) qui se tenais pendant la 24° Conférence générale de l'ICOM. J'y ai constaté que l'écomuséologie, comme expression du mouvement écomuséal mondial, existe bien. Comme les écomusées qui lui ont donné naissance, c'est un processus qui ne se réduit pas à une définition ou à des manuels, mais qui invente sans cesse de nouvelles solutions aux problèmes de notre temps, à la lumière et avec l'aide du patrimoine.

On trouvera plus tard dans le Rapport final qui sera publié, les détails de cette rencontre et les résultats obtenus. Je veux seulement, à chaud, livrer mes impressions et conclusions personnelles, sans littérature et sans précautions diplomatiques.

1. il y a un socle commun de principes et de pratiques, partagé par tous ceux qui se reconnaissent dans les termes "écomusée" ou "musée communautaire". Ce socle va sans doute, dans les mois et les années qui viennent, servir de base à une "plate-forme" internationale, qui est déjà préfigurée par le réseau des écomusées italiens et par une impressionnante liste d'engagements individuels souscrits le 7 juillet à Milan, sur une feuille dont je donne ici, symboliquement, la photo.

.2. après avoir pris en considération le thème de la Conférence générale de l'ICOM, "Le musée et le paysage culturel", les écomusées ont unanimement reconnu que chacun d'eux est, sur son territoire, le paysage, puisqu'il a vocation pour traiter et gérer le patrimoine vivant de la communauté, avec celle-ci, sans faire de différence entre le naturel et le culturel, ou entre le tangible et l'intangible.

3. les contacts pris avant le Forum et pendant celui-ci, tant avec l'ICOM qu'avec l'ICOMOS, ont clairement montré que les écomusées se situent entre ces deux mondes, celui des musées de collections et celui des monuments et des sites protégés, en ce qu'ils représentent le patrimoine et le paysage vivants, in situ, pour en faire des matériaux, des acteurs et des facteurs de développement, de cadre de vie et de qualité de vie, au service et avec la participation des populations.

4. l'écomusée est un projet culturel, social, éducatif et économique, qui ne peut pas se réduire à l'une de ces dimensions. Il est en outre trans-disciplinaire, en ce qui ne peut privilégier un seul mode de connaissance et d'interprétation du patrimoine et du paysage. Pour ces raisons, il ne peut appartenir au seul secteur culturel, comme c'est actuellement généralement le cas, et encore moins au seul secteur des musées, au sens traditionnel..

5. la collaboration entre tous les écomusées, qui a été tellement souhaitée à Milan, sera toujours difficile parce que les écomusées sont des structures pauvres et isolées, leurs responsables parlent peu les langues étrangères. La plate-forme dont je parlais plus haut sera donc sans doute surtout virtuelle et progressivement investie par les plus jeunes. Mais cela n'arrêtera pas les programmes et les projets entre écomusées de différents pays.

6. Le Forum a bien montré l'importance des réseaux d'écomusées, à tous les niveaux, régional, national et international. Ce seront probablement ces réseaux qui devront s'organiser pour être en mesure d'échanger, de partager, de se montrer solidaires et de témoigner des enseignements, des innovations et des solutions expérimentés.par leurs membres.

7. Les écomusées italiens sont actuellement, dans le monde, le principal laboratoire d'écomuséologie, par leur nombre et leur diversité, par leur créativité aussi. Ils offrent une gamme complète de toutes les formes d'écomusées, urbains, périurbains et ruraux, municipaux ou associatifs. Leur expérience des législations régionales, leur tentative actuelle d'organisation nationale, les difficultés qu'ils rencontrent face aux conditions socio-économiques actuelles, rendent très utile l'observation de leurs évolutions et de leurs réflexions.

 

Bien entendu, de nombreux écomusées ou musées communautaires n'étaient pas présents à Milan, presque toujours pour des raisons financières. Une vingtaine de pays seulement étaient représentés, mais les contributions envoyées venaient de plusieurs autres

En attendant les publications et le rapport final qui ne devraient pas tarder à être disponibles sur Internet, on peut trouver des informations sur le Forum, les communications qui lui ont été soumises et sur l'atmosphère générale des débats sur le site www;ecomusei. eu. On peut aussi s'adresser à ce site (info@ecomusei.eu) pour faire des propositions et marquer son intérêt pour la plate-forme à venir.

Merci enfin à nos amis italiens pour cet apport à la cause du patrimoine et du développement.

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 16:51

Est-ce une mode ? est-ce un mouvement de fond ? est-ce une conversion des professionnels de musées ? Le fait est que, ces derniers mois et encore ces jours-ci, j'entends parler de projets visant à "inventer" le musée du 21° siècle, ou bien à ouvrir le musée sur la société, ou encore à faire participer les habitants à la vie du musée. Des réseaux de musées, une université, des administrations nationales ou régionales, en Europe ou en Amérique, réunissent des muséologues, des politiques, des experts et les font "plancher". Quelles que soient les langues dans lesquelles cela s'exprime, les mots et les concepts sont les mêmes. Il s'agit de chercher à faire que le musée, les musées s'ouvrent au plus grand nombre, ces habitants qui ne viennent pas et ne sont jamais venus au musée, sauf dans leur enfance avec leur classe ou à l'étranger pendant leurs vacances en suivant le guide.

Par contre, les démarches ne sont pas toujours les mêmes. J'en distingue deux principales selon que l'on privilégie le musée ou le territoire.

Dans la plupart des cas, c'est le musée lui-même qui est l'objet de la réflexion, avec deux déclinaisons différentes, parfois opposées, parfois complémentaires: ouvrir le musée sur l'extérieur pour y faire entrer la population, ou bien faire sortir le musée de ses murs pour aller à la rencontre de la population. Ouvrir le musée signifie le rendre plus attractif, changer certaines activités ou la manière de les réaliser, adopter des modes de communication allant de la publicité plus ou moins ciblée à l'utilisation des réseaux sociaux., mais il s'agit toujours d'un "public" qui doit entrer dans le musée. Sortir de ses murs signifie au contraire pour le musée une révolution dans ses méthodes, l'investissement de nouveaux lieux, la prise de risques, notamment pour les collections utilisées, une collaboration avec des personnes et des structures extérieures au musée qui n'ont pas les mêmes goûts, les mêmes logiques, les mêmes objectifs. On reste cependant, pour l'essentiel dans le cadre de la collection du musée. La collection est un trésor que l'on veut partager avec le plus grand nombre, ce qui impose à l'institution d'inventer de nouvelles formes d'action.

L'autre démarche est très différente: il s'agit de considérer le territoire, qui peut être un quartier, toute la ville ou encore celle-ci avec la région qui l'entoure. Le musée devient alors une institution au service du territoire et de son patrimoine. Sa collection n'est plus que la partie enfermée (le trésor) du patrimoine commun, mais le musée dispose par ailleurs de locaux, de personnels, de compétences, de moyens techniques ou scientifiques, qui peuvent être utilisés pour des actions, des programmes, voire même une stratégie patrimoniale à moyen ou long terme, qui peuvent inclure l'inventaire du patrimoine, la "mise en valeur" d'éléments de ce patrimoine in situ, la création de réseaux d'acteurs, une implication dans des domaines de la vie culturelle, sociale, économique, politique, dans l'aménagement de l'espace, dans la revitalisation de ressources anciennes ou la création de productions nouvelles à partir de l'héritage immatériel, etc.

Enfin on doit prendre en compte l'existence, fréquente, de plusieurs musées, souvent de nature très différente, dans la même ville et sur le même territoire. Là ce n'est plus "le" musée qui doit changer, mais l'ensemble des musées, qui sont d'ailleurs de plus en plus reliés en réseaux ou "systèmes" de musées, qui incluent aussi les monuments, les sites, les parcs naturels. Je crois cependant que ces réseaux ont surtout pour but d'optimiser leurs ressources institutionnelles et d'harmoniser leurs programmes et leurs calendriers, leurs actions de communication. Le plus souvent ils parviennent à coordonner leurs tarifs et à créer des billets uniques pour faciliter la fréquentation touristique. Mais je ne suis pas sûr que les villes qui agissent ainsi aient vraiment la volonté de se doter d'une politique cohérente du patrimoine dans l'intérêt de leur population. Les musées restent des attractions touristiques, dont les statistiques de fréquentation constituent la meilleure preuve de succès.

Devant cette tendance à la remise en question des politiques muséales du XX° siècle, on peut poser quelques questions, par exemple:

  • est-ce que les musées d'art, et surtout les musées de chefs d’œuvre, doivent rester l'étalon absolu de toute réflexion muséologique institutionnelle ?
  • est-ce que la gouvernance des musées est capable d'accepter la participation des corps intermédiaires (associations par exemple) et d'habitants de toutes origines sociales à la décision aussi bien sur les programmes que sur les méthodes d'action et sur les langages utilisés ?
  • est-il raisonnable de poursuivre les pratiques anciennes de la muséologie traditionnelle qui consomment la plus grande part des moyens disponibles, même en temps de crise: accroissement des collections à tout prix, création de nouveaux musées, construction ou extension de musées selon des concepts architecturaux spectaculaires où le contenant l'emporte sur le contenu et sur le service rendu ?
  • existe-t-il encore deux niveaux de patrimoine: un patrimoine noble constitué par les collections des musées et par les monuments et sites classés, et un patrimoine "modeste" qui n'intéresse que des érudits locaux et des associations de village ?

Ce qui m'amène à penser que les musées, du moins ceux qui veulent sincèrement servir leur territoire et sa population, auraient intérêt à chercher de l'inspiration et des exemples de méthode, non pas dans des commissions d'experts, mais auprès des musées communautaires ou des écomusées qui ont déjà depuis vingt ou trente ans appliqué les principes déclarés en 1972 à Santiago du Chili, renouvelés en 1992 à Caracas, célébrés en 2012 pour le 40° anniversaire de Santiago. Car, manifestement, ce sont ces musées communautaires, petits et pauvres, sans collections de chefs d’œuvre, animés par des facilitateurs ou des coordinateurs parfois sans formation académique, qui ont pris au sérieux le principe de l'intégration sociale, du service à la communauté et qui l'appliquent au quotidien. Ils inventent des solutions simples, des modes d'organisation et de participation, ils associent tout le monde, non pas comme public ou comme visiteurs, mais comme co-acteurs de la gestion du patrimoine commun. Pourquoi ne pas leur envoyer en stage de formation permanente les cadres des grands musées urbains les plus voisins ?

P.S. Douze écomusées italiens ont invités les participants à la Conférence générale de l'ICOM qui va se tenir à Milan en juillet à venir les rencontrer sur leurs terrains. Pourquoi ne pas tenter l'expérience ? http://www.ecomusei.eu/?page_id=1245

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 10:14

On parle beaucoup en France, ces derniers temps, de budgets participatifs, d'abord quelques petites villes, puis Paris l'année dernière, et ces jours-ci Rennes, une ville pour laquelle la presse semble avoir redécouvert cette pratique. Mais de quoi parle-t-on ? de villes "de gauche" qui mettent 5% de leur budget d'investissement pour une sorte d'"appel à projets" destiné à susciter des initiatives de la part d'habitants ou plutôt de groupes d'habitants, associatifs ou non. Ces projets sont rassemblés, étudiés et soumis à une commission, composée en partie d'habitants, qui décide de les approuver ou de les rejeter, le tout dans la limite du budget disponible.

D'après les média, ce serait un tournant dans les pratiques politiques et administratives, la preuve que maintenant les pouvoirs locaux reconnaissent la nécessité d'associer la population aux décisions qui les concernent.

Le problème, il me semble, est que cela va exactement en sens inverse. Il est vrai qu'il y a une demande, et un besoin, de participation des citoyens, mais le budget participatif "à la française" est une manière de donner un os à ronger à quelques milliers d'électeurs "actifs" sur des sujets qui ne risquent pas de remettre en cause la centralisation des décisions essentielles sur la vie des gens, sur l'urbanisme, sur l'environnement et en général sur l'avenir de la ville. La micro-participation est un excellent moyen d'écarter la participation tout court.

Revenons un peu en arrière. Cette idée de budget participatif a été présentée en 1988, à Porto Alegre, au Brésil, comme une promesse électorale du Parti des Travailleurs, le célèbre PT, qui était alors le fruit, pur et dur, de vingt ans de résistance à la dictature militaire. Une fois élu, le nouveau maire, Olivio Dutra, et ses successeurs, mirent effectivement en place un budget participatif. Il s'agissait de déléguer à la population de cette ville de 1,3 million d'habitants la quasi totalité de son budget d'investissement. Les habitants eux-mêmes, selon un processus démocratique d'émergence de projets et de définition de priorités au niveau des arrondissements et des quartiers, définissaient chaque année le budget de leur ville, compte tenu d'un programme global pluriannuel délibéré lors d'un Congrès de la Ville ouvert à tous les citoyens, puis précisé lors de Groupes thématiques.

Il faut lire le petit livre qui présente le budget participatif de Porto Alegre, traduit en français:

Tarso Genro et Ubiratan de Souza, Quand les habitants gèrent vraiment leur ville, Ed. Charles Léopold Mayer, 1998, 103p.

Le Budget participatif a ensuite envahi de très nombreuses collectivités brésiliennes et a essaimé ailleurs en Amérique Latine, souvent de façon moins rigoureuse, mais selon les mêmes principes généraux.

La méthode française, telle qu'on la promeut sous le même nom à Paris ou à Rennes, n'a rien à voir. Elle est plutôt une extension très médiatisée des programmes innovants de financement d'initiatives d'habitants (Nord-Pas de Calais) ou des jeunes (Rhône-Alpes), issus dans les années 90 de la Politique de la Ville et qui ont connu un vrai succès pour favoriser la prise d'initiatives de la part d'habitants plus habitués à être "administrés", ou même "assistés". C'est déjà d'ailleurs un progrès à saluer.

Bien entendu, la France de 2016 n'est pas le Brésil de 1990 et il serait probablement illusoire de copier un processus aussi éloigné de nos habitudes, mais il ne faut pas prétendre que les citoyens prennent le pouvoir parce que des municipalités leur octroient 5% de leurs budgets d'investissement pour des projets qui ne remettent pas en cause les plans et les programmes d'aménagement et de développement urbain.

Pourra-t-on un jour proposer aux citoyens (et pas seulement aux électeurs) de décider collectivement de la hauteur des nouvelles constructions, de la circulation en ville, ou de l'utilité d'un tramway ? Ce serait pourtant une excellente école de démocratie.

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 16:05

Cela va se passer en Italie, cette année, entre le 27 juin et le 15 juillet. Le réseau des écomusées italiens (environ 200 dans tout le pays) organise un Forum des écomusées et musées communautaires à Milan, pendant la semaine de la Conférence générale triennale du Conseil International des Musés (ICOM) qui se tiendra dans la même ville. Ce Forum durera trois jours: une présentation des écomusées italiens et des ateliers d'échanges et de partage entre collègues de tous les pays le 6, une journée de communications, de présentation d'expériences et de débats au Politecnico di Milano le 7, des visites groupées d'écomusées dans les environs de Milan le 8. Voir .http://http://www.ecomusei.eu/?page_id=987

Mais il y a plus original: une dizaine d'écomusées invitent leurs collègues du monde entier, du moins ceux qui pourront venir en Italie à cette occasion, à venir les visiter et les rencontrer sur place, chez eux. Deux ont même organisé des visites circulaires accompagnées, l'une dans le delta du Po, l'autre dans le Frioul. Cette mobilisation est impressionnante, il ne s'agit pas de propositions touristiques, mais bien de visites de travail. Ces propositions se trouvent sur http://http://www.ecomusei.eu/?page_id=1245. En quelques clics on peut choisir l'écomusée ou le circuit le plus proche de ses propres préoccupations, puis organiser un séjour de deux ou trois jours.

Le grand espoir des promoteurs de ce projet exceptionnel est que des relations se créent, que des coopérations se nouent, et que ce monde des écomusées et musées communautaires, qui représente probablement des milliers de projets militants sur tous les continents, trouve sa place à l'intersection des deux mouvements professionnels également internationaux dans le domaine du patrimoine: celui des musées, représenté par l'ICOM, et celui des monuments et des sites, représenté par l'ICOMOS. Le thème de la Conférence de l'ICOM, et celui du Forum, est 'musées et paysages culturels", ce qui convient particulièrement bien aux écomusées italiens, toujours pionniers dans ce domaine. Mais le paysage culturel est aussi un thème favori et naturel de l'ICOMOS.

Certes, on est bien loin des listes patrimoniales de l'UNESCO, on reste au niveau des territoires et des populations, les touristes ne sont pas des "cibles", mais des visiteurs que l'on accueille et que l'on initie à l'"esprit du lieu".

J'espère que beaucoup d'écomusées et musées communautaires imiteront ensuite les italiens et voudront à leur tour recevoir chez eux leurs collègues, comme cela s'est fait déjà à une échelle plus réduite, notamment en Amérique Latine. Et que naîtront des projets concrets de collaboration sur des objectifs, des méthodes, des échanges.

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 17:46

C'est un débat très français que celui des atteintes aux paysages dues à l'implantation d'équipements ou de constructions répondant à des besoins actuels. Pour beaucoup, le paysage est sacré, et il ne doit donc pas être modifié. Ce n'est pas nouveau: on s'est battu pour interdire de couper les arbres au bord des routes, on ne compte plus les procès faits à l'Etat ou aux communes contre des changements d'éclairage urbain, des constructions d'autoroutes, la construction de bâtiments publics ou de logements de style contemporain à côté de cathédrales ou dans des sites classés... La loi Malraux a consacré l'inviolabilité de secteurs urbains dits "sauvegardés" (mais aussi la spéculation immobilière qui les accompagne).

Et maintenant, à l'occasion d'une nouvelle "loi patrimoine", le Parlement se divise dans une nouvelle lutte des Anciens et des Modernes, pour savoir si les éoliennes sont des facteurs de destruction du patrimoine et notamment si leur présence à moins de 10 kilomètres d'un monument ou d'un site classé doit être autorisée par un architecte public qui de toute manière jugerait en fonction de son goût personnel, car il n'y a guère de critères objectifs en la matière.

Est-ce que le paysage est une création vivante, évolutive de la société, ou bien est-ce une "valeur" intangible administrée par des experts ? A côté de chez moi, en Bourgogne, dans le paysage auquel je suis habitué, il y a depuis deux ans 16 éoliennes dans un rayon de 10 km où il y a des monuments historiques et de très "beaux" sites. Mais il y a aussi, dans "mon" paysage, et depuis longtemps, deux lignes à très haute tension, des pylônes de communication sur des points culminants, des silos à grain qui cohabitent visuellement avec une collégiale du 12° siècle. Il y a aussi des milliers de frênes qui sont en train de mourir de maladie et qui vont laisser des trous dans la couverture forestière.

Ce sont autant de changements que je n'aurais sans doute pas souhaités, mais auxquels on s'habitue. Et au moins, les éoliennes, elles bougent, elles donnent de la vie au paysage, plus que les lignes à haute tension.

Alors cessons de souffrir du syndrome du patrimoine de l'UNESCO: tous nos paysages, heureusement, ne sont pas soumis à des règles stérilisantes justifiées par la nécessité de plaire aux esthètes et aux touristes. Faisons le maximum pour intégrer au mieux le nouveau dans l'ancien, mais adaptons-nous aux changements qui répondent à des besoins réels: l'énergie, la nourriture, le logement, la communication.

PS. Il y a d'autres arguments que celui du paysage pour s'inquiéter de projets pharaoniques, qu'il s'agisse de nouveaux musées, de méga-centres commerciaux, d'aéroports ou de lignes à grande vitesse... Par exemple l'argument de l'utilité sociale ?

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Published by hugues-interactions - dans Actualité
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