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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 18:15

Je reviens d'une trop brève participation à la Summer School de l'Université de Brescia en Italie, sur le thème de l'accessibilité au patrimoine, musées et monuments.  L'organisateur, Prof. Alberto Arenghi, est directeur du laboratoire de recherche et d'enseignement sur l'accessibilité de cette université (Laboratorio Interdipartimentale *Brixia accessibility lab").  On est là dans l'application aux musés, aux monuments et aux sites du principe de l'Universal Design, qui devrait inspirer toute la gestion (management) du patrimoine et de l'offre culturelle qui lui est associée.

Pour plus d'informations: http://bral.unibs.it/summer-school.

Castello di Brescia

Ce fut pour moi l'occasion de réfléchir à cette approche  particulière de la gestion du patrimoine. Je devais intervenir sur le cas particulier du Castello de Brescia, la forteresse qui domine la ville en son centre, depuis l'époque romaine. Cela m'a permis de traiter de trois modes d'accessibilité de ce patrimoine pour les habitants de Brescia, considérés comme les propriétaires moraux et culturels et comme les usagers: privilégiés de ce site exceptionnel, qui est l'objet d'une nouvelle programmation globale par la Fondazione Brescia Musei. J'ai ainsi distingué:

- l'accessibilité culturelle, de façon à n'exclure personne de la conscience de l'importance du patrimoine que constitue le Castello et de l'intérêt des activités diverses qui auront lieu sur le site, quelque soit l'âge, le niveau d'éducation ou la culture d'origine;

- l'accessibilité sociale: par l'aménagement des calendriers et des horaires, les coûts d'accès au site et aux activités, la mise en sécurité des lieux et des parcours, les services offerts sur place, l'attractivité et la diversité des activités, une bonne efficacité de l'information;

- l'accessibilité physique: grâce à des transports publics aux horaires adaptés, à des accès piétons balisés et éclairés, à des aménagements spécifiques pour les personnes à mobilité réduite (handicapés, personnes âgées, familles avec enfants petits).

Alberto Arenghi m'a donné un livre collectif, publié par lui et deux collègues en 2016, qui constitue un panorama de la question de l'accessibilité sous toutes ses formes, et aussi, par la richesse bibliographique des diffétents chapitres,une revue critique de la littérature, surtout de langue anglaise et italienne, sur le sujet:

Accessibility as a key enabling knowledge for enhancement of cultural heritage, edited by Alberto Arenghi, Ilaria Garofalo, Oddbjorn Sormoen, Milano, Franco Angeli, 2016, 184p.

Je profite de cette occasion pour rappeler le IV Congresso Internacional Educação e Acessibilidade em Museus e Património - Formação para a Inclusão: A Acessibilidade Universal é exequível ? qui se tiendra à Lisbonne et Batalha du 2 au 4 octobre prochain. On peut en consulter le programme sur  https://eamp2017.wordpress.com.

 

 

 

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 17:15
​ (Photo Hélène Prigent, Télégramme de Brest) ​

Il y a quelques années, une tempête détruisait des arbres centenaires de l'airial dans l'écomusée de Marquèze (Landes). Ces trois dernières années, la presse internationale s'est fait l'écho des destructions volontaires par Daech de monuments antiques en Irak et en Syrie. Il y a quelques jours, un individu a volontairement incendié la maison-témoin de l'écomusée de Ouessant (Bretagne occidentales).  Chaque fois, les émotions sont vives, car par définition le patrimoine est irremplaçable..

Mais je crois qu'il faut pousser la réflexion plus loin. Le monde où nous vivons est construit sur les ruines de ce que nos ancêtres ont construit. La presque totalité du passé à disparu sans retour pour laisser place au présent. Nous en connaissons une partie significative grâce aux descriptions, aux images, aux fouilles archéologiques. Et nous en sauvegardons une partie plus petite encore dans les musées et in situ par les politiques locales, nationales et mondiales du patrimoine.

Cette partie, même très minime, est soumise à de nombreux dangers: catastrophes naturelles, risques climatiques, guerres, vols et trafics. Les conventions internationales, les campagnes de mobilisation et de sensibilisation, les réglementations nationales, l'éthique professionnelle des agents culturels, tous les outils développés depuis cinquante ou cent ans ne pourront réussir qu'à limiter les dégâts.

Alors pourquoi ne pas nous référer au vieux principe de subsidiarité: faire gérer le patrimoine par ses premiers responsables, ses véritables propriétaires culturels, historiques et moraux, ses héritiers, les communautés locales elles-mêmes. Certes, cela ne fera pas renaître la vieille ville d'Alep ou repousser les arbres de Marquèze, mais chaque territoire sera conscient de son patrimoine vivant, le protégera ou le transformera, l'enrichira, lui maintiendra sa double nature matérielle et immatérielle, autant qu'il sera humainement possible, et en tout cas en conservera et en transmettra la mémoire.

Si je reprends le cas d'Ouessant, que je ne connais que par la presse et l'image, et notamment par les déclarations de ses responsables, il me semble que le vrai problème n'est pas la perte d'une maison (qui peut être reconstruite à l'identique) et de son mobilier, mais bien celui de la prise en mains du patrimoine vivant de l'île par la communauté des habitants. L'écomusée-institution est une propriété publique placée sous la responsabilité de professionnels et soumise à la réglementation nationale des musées. Ne peut-on saisir cette occasion pour inventer un moyen de mettre dans le coup les habitants, ou du moins le plus grand nombre possible d'entre eux, pour en faire les véritables gardiens, animateurs et gérants de tout le patrimoine non-muséalisé, naturel et culturel, du territoire où ils vivent ?

Il ne s'agit pas ici de donner des leçons, mais de suggérer un type de démarche qui a très bien réussi en Bretagne pour le développement économique, social et culturel local dans les années 60 à 80 du siècle dernier et qui fonctionne encore dans des endroits comme le Mené (Côtes d'Armor).. Une tradition d'initiatives communautaires, qui invente des solutions et crée des coopérations. Pourquoi ne pas l'appliquer au patrimoine, ce capital encore vivant, dont l'importance pour les gens dépasse de loin l'attractivité touristique et la signification purement scientifique ? Je connais des pays où cela marche aussi très bien, dans des communautés moins "administrées" et bien vivantes.

 

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 16:26

"On a longtemps cru que le tourisme favorisait la compréhension interculturelle et la paix." Je trouve cette phrase en entête de http://www.unesco.org/new/fr/testing/africa-relaunch/resources/africa-department/news/tourism_and_culture_rethinking_the_mix/...

et cela au moment où je rédigeais un texte sur les premières années de la politique du tourisme culturel décidée par l'UNESCO dans les années 1960, plus exactement en 1964, alors qu'était lancée la Campagne internationale pour le sauvetage des Monuments de Nubie, les temples d'Abou Simbel, menacés par le projet de Barrage qui allait s'appeler le Barrage Nasser.

Ce texte fait partie d'un petit livre de sopuvenirs sur quelques grands chapitres de l'activité de l'ICOM pendant es années où j'en ai été le directeur. Ce livre va paraître incessamment sur mon site d'éditions www.hugues-devarine.eu.

Je me souviens très bien des discours qui étaient prononcés lors à la tribune de la Conférence générale de l'UNESCO, ou lors de la création de l'ONG ICOMOS, Conseil International des Monuments et des Sites. Le tourisme culturel allait permettre à la fois de sauver les plus grands monuments de ce que ce même UNESCO appellerait dix ans plus tard le Patrimoine de l'Humanité, et de promouvoir par l'échange culturel et le partage des richesses de ce patrimoine la compréhension entre les peuples.

Dans les années 60 du siècle dernier, on commençait à connaître la croissance rapide des flux touristiques, vers des pays et des sites qui, justement, se trouvaient être aussi riches en patrimoines monumentaux ou ethnographiques. Les classes moyennes des pays industrialisés avaient de plus en plus les moyens de voyager et en même temps une voracité de plus en plus grande pour l'exotisme et la consommation directe des cultures prestigieuses du passé. De plus, ces pays attrayants étaient pauvres, donc les séjours y étaient peu coûteux.

On sait ce qu'il est advenu de ce mouvement: le tourisme de masse a explosé, est devenu une industrie, indispensable pour les consommateurs des pays dits "émetteurs" avides de voyages et de vacances, et pour les pays dits "de destination", où le tourisme est toujours une source importante d'emplois et de devises, parfois même la première.

Depuis cinquante ans, des centaines de millions, sinon des milliards de touristes ont ainsi profité de loisirs dits "culturels", puisque consommateurs de patrimoines. Qu'en ont-ils retenu, à part des photos, des vidéos et des objets gardés en souvenir ?  Où en est la compréhension interculturelle ? Dans notre Europe riche et fière de sa culture et de ses valeurs, dont les habitants ont eu le privilège de visiter tant de pays et de villes, tant de musées, tant de monuments et de sites, comment se traduit cette compréhension entre les peuples annoncée par l'UNESCO il y a cinquante ans ?

En particulier, comment nos citoyens accueillent-ils les réfugiés et les migrants venus de ces mêmes pays visités il y a deux, quinze ou trente ans ?  qu'ont-ils appris de l'Islam et de ses coutumes ? Ont-ils vu les cultures vivantes des gens derrière les édifices prestigieux et ls paysages sublimes ? Comment expliquer que ce qui aurait dû être une expérience positive des autres et de leurs cultures se traduise en racisme quotidien, en protectionnisme, en demande de fermeture des frontières ?

Bien sûr, des Etats (la Suède, l'Allemagne, l'Italie au premier plan) font des efforts considérables d'accueil et d'intégration, bien sûr des ONG, des associations locales, des volontaires innombrables se dévouent ici et là-bas pour résoudre des urgences. Mais chaque campagne électorale, chaque incident ou attentat fait repartir un débat scandaleux, dans lequel la volonté de protéger notre petit confort de riches se cache derrière un discours de défense ethnique et culturelle.

Je suis heureux de constater qu'un nombre croissant de nos musées et institutions culturelles adoptent une position forte et réactive sur ces questions, pour le plus grand profit de leurs publics. Mais font-ils assez pour aller au devant des citoyens ordinaires, des "nouveaux habitants" qui sont souvent des immigrés, des futurs touristes avant leur départ, pour leur apporter des éléments de connaissance et de réflexion sur la diversité culturelle que nous rencontrons chez nous et ailleurs ? Et les musées des pays visités font-ils assez pour éduquer leurs visiteurs étrangers et les amener à apprécier les valeurs et les richesses de la culture vivante, au delà de la contemplation de choses du passé, si remarquables soient-elles ?

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 16:28

L'ICOFOM, Comité international de l'ICOM pour la muséologie, présidé par François Mairesse, organisait, du 9 au 11 juin dernier, à la Sorbonne, à Paris, un colloque international intitulé "Définir le musée du XXIe siècle". Les participants à ce colloque purent bénéficier d'un ouvrage important contenant une documentation très complète sur les différentes définitions actuelles du musée ainsi que l'ensemble des contributions aux débats:

François Mairesse (coordination), Définir le musée du XXIe siècle - Matériaux pour une discussion, Paris, ICOFOM, 2017, 308p.

On peut se demander s'il est raisonnable de vouloir définir à nouveau le musée, surtout pour tous les musées, dans toutes les pays, toutes les cultures et toutes les langues. D'autant plus que le musée est une institution qui peut prendre des formes très différentes à l'intérieur d'un même pays, d'une même ville, d'une même discipline. C'est pourquoi j'ai peur des définitions, car elles ferment et excluent, surtout lorsqu'elles ont  une valeur normative.

Mais l'exercice est intéressant, précisément parce qu'il prouve clairement la fluidité d'un concept qui s'exprime très différemment selon qu'on le regarde d'un point de vue juridique (celui du législateur), professionnel (celui du muséologue, conservateur, curator) ou politique (celui du citoyen.

Je me pose plus particulièrement des questions à propos de deux approches qui font l'objet de points de vue et de commentaires dans ce recueil de textes et qui apparaissaient bien dans certaines des interventions que j'ai pu entendre (je n'ai participé que le premier jour):

 

1. L'entrée en lice du numérique et des technologies de l'information et de la communication (TIC) depuis la fin du XXe siècle a entraîné automatiquement une volonté, de la part des professionnels de musée, d'adapter leurs méthodes et leurs pratiques à ces nouveaux outils. Mais est-il encore nécessaire d'aller au musée et de voir les "choses réelles" qui composent collections, expositions et réserves ? Pourquoi faire la queue aux guichets, se plier aux horaires d'ouverture, cligner les yeux pour lire des cartels sommaires, si l'on peut jouir de toutes les richesses des musées dans son fauteuil et zoomer à loisir ? S'agit-il de la même démarche ? L'utilisation des TIC suffit-elle à faire sortir le musée de ses murs ? à rendre accessibles au plus grand nombre les choix et les commentaires faits par des spécialistes ?

 

2. Il semble bien que, même au XXIe siècle,tout musée doit être organisé autour d'une collection publique, permanente et inaliénable. Ce qui voudrait dire que toutes les formes de musée qui ne comprennent pas de collections répondant à ces trois caractéristiques doivent être exclues de l'appellation musée. Comme le disait Jean Chatelain, directeur des musées de France en 1972 à propos de ce qui allait devenir l'écomusée du Creusot-Montceau, "un musée sans collection n'est pas un musée". Mais alors que sont ces organismes qui font des inventaires participatifs du patrimoine vivant de leurs territoires, qui réalisent des cartes communautaires, qui constituent des collections dites écomuséales à partir du patrimoine commun des gens, qui présentent le patrimoine local au long de parcours balisés et commentés, et qui revendiquent quand même le nom de musée ?

 

Ne serait-il pas plus sage de dire qu'un musée est un projet de gestion patrimoniale parlant le langage des choses réelles au service de la société ? et laisser chaque responsable ou créateur de musée, public ou privé, inventer sa propre formule, ouverte ou fermée, participative ou non, généraliste ou spécialisée, en fonction du contexte local, des moyens disponibles et d'objectifs réfléchis ?

Quant aux collections scientifiques et aux trésors hérités du passé, ne pourrait-on leur donner des appellations et des statuts différents, plus fermés et plus protecteurs, répondant aux besoins des chercheurs et des amateurs éclairés ?

 

NB. Je ne parle évidemment pas ici des grands musées d'art qui doivent acquérir, conserver et présenter des oeuvres exceptionnelles appartenant au patrimoine de l'humanité et qui font partie intégrante du prestige et de l'économie touristique de leurs pays respectifs.

 

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 15:47

Depuis près de cinquante ans, j'ai assisté et souvent participé à la naissance de la Nouvelle muséologie, et en particulier à l'invention, sur de très nombreux territoires, d'écomusées ou de musées communautaires. J'ai accumulé tellement d'images, d'impressions, d'expériences, de documents que ma bibliothèque, mes archives personnelles, et surtout ma mémoire sont pleines d'une masse d'informations qu'il était temps de traiter, de mettre en ordre et, pourquoi pas, de rendre disponibles pour tous ceux que cela pourrait intéresser.

Pendant près de cinq ans, j'ai donc procédé à un travail long et minutieux, non pas scientifique mais essentiellement subjectif, pour donner une forme cohérente à tout cela. Initialement, il s'agissait d'un livre électronique, destiné à être rangé dans mon site web, pour être accessible à volonté pour toute personne qui aurait le courage d'ailler le chercher et de le lire sur l'écran de son ordinateur ou de sa tablette.

Mais des amis qui ont créé et dirigent une collection d'ouvrages de muséologie aux Editions L'Harmattan à Paris - François Mairesse et Michel Van Praët - m'ont proposé de le publier "à l'ancienne", sur papier et professionnellement. Evidemment, ce livre n'est qu'en français et pour cette raison ne sera pas accessible à tous. J'espère quand même que ce témoignage sera une contribution utile à la recherche appliquée au développement, à l'action communautaire et à la gestion patrimoniale sur de nombreux territoires.

Si j'ai gardé dans le titre et le plus souvent dans le texte, le terme d'écomusée, alors que celui de "musée communautaire" aurait été plus exact, c'est parce que c'est maintenant dans de nombreux pays un mot couramment utilisé, même s'il prend des formes différentes selon les contextes.

Le livre peut se lire de trois façons: selon l'histoire du concept et de l'évolution de l'écomusée depuis sa préhistoire dans les années 60 du siècle dernier, ou bien géographiquement selon les formes qu'il prend à travers le monde, et surtout dans les deux pays que je connais le mieux, l'Italie et le Brésil, ou encore comme une synthèse subjective qui tente de tirer les leçons méthodologiques de mon expérience de terrain. Chaque fois que je le croyais utile, j'ai aussi rendu hommage à quelques unes des figures les plus remarquables, disparues ou vivantes, qui ont marqué ces cinquante années de la nouvelle muséologie et qui donné au mot écomusée sa signification et sa pratique.

J'espère que ce livre, qui en quelque sorte forme un contrepoint à celui, beaucoup plus sérieux et scientifique, de Peter Davis, "Ecomuseum, a Sense of Place" (A&C Black, 2011 - 298p.), alimentera les débats et suscitera de nouvelles inventions pour la gestion du patrimoine commun de nos territoires.

Hugues de Varine - L'écomusée, singulier et pluriel, Paris, L'Harmattan, 2017, 296 p.

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 10:34

Cela fait longtemps que je n’ai rien mis sur ce blog. Mais depuis quelques mois j’ai accumulé des documents et des rencontres sur un même thème qui a deux entrées complémentaires : comment des gens divers construisent-ils une communauté et son cadre de vie sur un territoire ? et comment ces mêmes gens peuvent-ils intervenir sur les décisions politiques, administratives et techniques qui changent leur territoire, donc leur cadre de vie ?

Sur le premier point, je viens de visiter une exposition à l’écomusée du Val de Bièvre, à Fresnes, intitulée « Habitants et bâtisseurs de banlieue – 1955-1975 », fruit d’une coopération de trois ans entre la population de Fresnes, l’association des Amis de l’écomusée qui émane de cette population et l’équipe professionnelle de ce même écomusée qui est au service de la ville et de ses habitants. On y apprend comment des résidents venus de toute la France, d’Europe et de nombreux autres pays du monde ont, en vingt ans, transformé par leur présence, leurs activités, leur capacité d’adaptation aux changements du monde environnant, un village agricole d’Île-de-France en ville de banlieue de la métropole parisienne.

Cela m’a rappelé ce que j’ai vu au Brésil, dans les quartiers d’auto-construction à Brasilia, Rio, Porto Alegre ou Fortaleza, dans lesquels des “envahisseurs” venus des régions les plus pauvres avaient su construire leur ville et continuaient de la faire évoluer à partir de la force d’initiative d’habitants devenus urbains, qui n’attendent pas que les pouvoirs publics les aident ou les contrôlent, pour trouver eux-mêmes, collectivement ou coopérativement, des solutions à leurs besoins, ce qui est ma définition de la culture vivante.

Ou bien la petite région de Gemona dans le Frioul italien, où la population a joué un rôle déterminant dans la reconstruction de villes et de territoires ravagés par les séismes de 1976.

Cela me fait penser aussi au guide touristique du territoire de Plaine Commune, au nord de Paris, réalisé par Jacques Grossard et l’Association Mémoire de la Plaine : « Huit villes à découvrir en Île-de-France : Plaine Commune », où l’on voit à chaque page le rôle que les habitants, de toutes origines, ont joué depuis la préhistoire et jusqu’à aujourd’hui dans la création et l’évolution d’un ensemble urbain capable de survivre aux crises industrielles et politiques, comme aux changements technologiques imposés de l’extérieur.

Sur le deuxième point, c’est encore à Fresnes que j’ai écouté le 21 février une conférence et un débat sur l’utilisation de l’Inventaire général du patrimoine dans la planification et la décision sur l’aménagement urbain. Dans le même temps, je participe à une réflexion, dans la Communauté urbaine Le Creusot-Montceau sur l’opportunité de mobiliser la population et les associations sur les éléments de patrimoine à prendre en compte dans la préparation et l’adoption du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI). Car il ne suffit pas de protéger quelques monuments remarquables ou caractéristiques, mais il faut considérer tout le paysage et les diverses composantes du cadre de vie qui peuvent être regardés comme importantes par les habitants eux-mêmes.

C’est là qu’il faut faire intervenir l’éducation patrimoniale, telle que les Brésiliens l’ont conçue et la pratiquent : les habitants doivent prendre l’habitude de se sentir responsables de leur environnement paysager et construit et aussi de la maîtrise des changements que des facteurs extérieurs ou des autorités publiques leur imposent pour des raisons d’intérêt général. Il ne s’agit pas de conserver, mais de construire du nouveau sur de l’ancien, ce qui ne peut se faire sans la participation effective et consciente de tous.

Cette éducation patrimoniale passe, entre autres, par des méthodes telles que cette brochure que je viens de recevoir : “Tracce”, un guide produit par l’Ecomuseo del Paesaggio di Parabiago (Lombardie, Italie) pour faire connaître le territoire sous un grand nombre d’aspects anciens et modernes, selon une démarche 3.0, utilisant QR codes et internet, mais aussi les yeux et les pieds, et tous les sens des habitants. C’est le même principe que le « Descubre Murcia al Azar », qui fait de la même manière découvrir la ville de Murcie en Espagne, à l’initiative d’un architecte passionné de sa ville et de son territoire.

J’ajouterai seulement qu’il faut que les responsables du patrimoine, qu’ils soient professionnels ou militants associatifs, dans des musées, des écomusées, des institutions gestionnaires de monuments ou des militants associatifs, s’informent et se forment sur les politiques et les procédures de planification, d’aménagement du territoire, d’urbanisme, pour en connaître les vocabulaires et les principes, les acteurs et les calendriers, afin d’être à même d’agir et d’intervenir à bon escient, au bon moment, et efficacement, tant auprès de la population qu’auprès des collectivités publiques et des techniciens.

Les contacts :

www.ecomusee.agglo-valdebievre.fr

www.plaine-memoirevivante.fr

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it

www.murciaalazar.com

 

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 17:23

Je viens de recevoir trois ouvrages, venus de trois pays et publiés en trois langues, qui me semblent présenter un intérêt général pour tous mes collègues et amis qui travaillent sur le patrimoine. Je remercie d'abord ceux qui me les ont envoyés: même si je ne suis plus très actif sur le terrain, je peux encore faire passer l'information. Et celle-ci le mérite.

1. Merci donc à Elisabeth Kaine et à son équipe, de le Boîte Rouge Vif à l'Université du Québec à Chicoutimi (Canada), qui m'a envoyé:

Le petit guide de la grande concertation

Création et transmission culturelle par et avec les communautés

Collection Etudes amérindiennes, Presses de l'Université Laval, Québec, 2016, 263 p.

Ce livre est le résultat, concret et bien illustré, de 20 ans de recherches et d'expérimentations dans des communautés autochtones du Québec. Il comprend cinq parties: le montage du projet; la collecte des contenus selon plusieurs méthodes; le traitement de ces contenus; les modes d'expression et de transmission du patrimoine culturel; la production de dispositifs de transmission culturelle. De nombreux exercices et outils de travail sont proposés. J'ai été heureux de retrouver des noms et des visages de gens avec qui j'avais partagé de bons et grands moments au début des années 2000. Contact: elisabeth_kaine@uqac.ca

English edition can be downloaded or purchased on:

https://www.pulaval.com/produit/the-little-guidebook-on-the-extensive-consultation-cultural-creation-and-transmission-by-and-with-communities

2. Merci à Iñaki Arrieta Urtizberea, de l'Universidad del Pais Vasco, San Sebastian (Espagne). Il m'a envoyé le dernier ouvrage de sa remarquable série des colloques internationaux scientifiques et pratiques sur le patrimoine qu'il organise chaque année, dont le titre est cette fois:

Lugares de Memoria Traumatica

Editorial de la Universidad del Pais Vasco, Bilbao, 2016267 p.

Il s'agit de témoignages et de recherches sur des musées et des expositions réalisés dans plusieurs pays d'Europe et d'Amérique du nord et du sud, qui traitent de la mémoire de divers drames du XXe siècle: guerres civiles, dictatures, guerres mondiales... Ce qui me paraît intéressant dans cet ouvrage, est la démonstration de l'utilité du musée et de la muséographie comme média d'information, de sensibilisation et d'éducation sur les drames du passé et la nécessité de transmettre la mémoire des lieux, des gens et des évènements. Cela m'a rappelé le remarquable Memorial da Resistência, à São Paulo et les nombreux musées de la résistance dans mon propre pays. Ces musées et expositions ont une fonction sociale évidente qui dépasse les discours culturels, pour aborder des problèmes cruciaux pour l'avenir de nos sociétés. Contact: i.arrieta@ehu.es

3. J'ai reçu enfin, de l'Instituto Brasileiro de Museus (IBRAM) un petit guide pratique, résultat d'une évaluation du programme de "Pontos de Memoria" lancé par cet Institut fédéral en 2009:

Memory Spots

Methodology and Practices in Social Museology

OEI & IBRAM - Brasilia, 2016, 98 p.

Ce petit livre, dont j'ai reçu la version en langue anglaise, ce qui la rend compréhensible dans le monde entier (bravo et merci), reflète l'expérience de 12 de ces Points de Mémoire, qui ont été créés dans des musées communautaires, dans des quartiers populaires de grandes villes, dans des communautés indigènes, pour permettre non seulement de recueillir la mémoire, mais aussi et surtout de le préserver, de l'interpréter et de la transmettre dans un processus participatif, partant de la base même et s'exprimant dans le langage de la culture vivante des gens. J'ai été témoin du succès de ce programme qui n'est sans doute pas destiné à se pérenniser, sauf si des Etats et des villes le reprennent à leur compte. Il s'agissait d'un appel à projets, qui a été extrêmement riche en initiatives locales.. J'ai rencontre plusieurs des sites dont il est question dans le livre et je peux témoigner de l'intérêt des enseignements que l'on peut en tirer. Contact: pontosdememoria@museus.gov.br

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 16:47
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Published by Hugues de Varine
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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 11:10

La littérature muséale brésilienne est en plein développement: périodiques qui naissent et s'affirment même dans des universités éloignées des grandes métropoles culturelles, thèses de doctorat publiées, ouvrages de théorie et compte-rendus de pratiques de terrain, éditeurs qui prennent le risque de publier des travaux en direction d'un public dispersé et encore peu connu, tout cela suit et accompagne la multiplication des cours universitaires de muséologie de tous niveaux et des colloques professionnels et scientifiques.

Aujourd’hui, je tiens à signaler une publication originale, car il s'agit de traductions en portugais de textes en langue française. Comme André Desvallées a publié il y a plus de trente ans le célèbre "Vagues" où se trouvent des traductions de textes importants de la nouvelle muséologie écrits dans plusieurs langues, comme Maurizio Maggi, dans les années 1990-2000 a essayé de faire traduire en italien des textes anglais ou français, et de traduire en anglais des textes italiens, Manuelina Duarte et Carolina Ruoso ont voulu contribuer ainsi à l'échange d'expériences et de concepts.

Il s'agit de : Museus e Patrimônio, experiências e devires, que Manuelina et Carolina ont coordonné. Editora Massangana, Fundação Joaquim Nabuco, Recife, 2016, 158p.

Il faut saluer cette initiative, pour l'effort consenti par les traducteurs/trices et les coordinatrices, qui ont vaincu, avec leurs propres moyens, la Tour de Babel muséologique.  Pour avoir moi-même bénéficié de traduction de certains de mes textes en portugais ou en italien, je puis témoigner de l'efficacité de la traduction pour la circulation des idées et du retour pour l'auteur traduit en termes d'échanges et de partages avec ses lecteurs dans d'autres zones linguistiques.

Certes, il y a encore beaucoup à faire pour la diffusion de ces ouvrages dont le marché étroit n'intéresse guère les grands éditeurs. C'est vrai dans tous les pays d'ailleurs. Et l'édition numérique, moins chère et plus accessible, n'est pas encore réellement entrée dans les mœurs muséologiques.

Donc merci à Manuelina et à Carolina de leur initiative réussie. Et qu'elle donne des idées à d'autres....

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 14:31

On parle beaucoup de l'inventaire participatif du patrimoine. Les écomusées italiens pratiquent la méthode de la "mappa di comunità"; les québécois du Musée du Fier Monde ont adopté le principe de la "collection écomuséologique"; l'écomusée Paysalp en France et l'Ecomuseu da Amazônia au Brésil mobilisent les enfants sur l'identification du patrimoine qui les entoure; tous les écomusées, d'une manière ou d'une autre inventorient leur patrimoine. Mais comment exposer ces patrimoines ?

Beaucoup d'écomusées, ou d'associations de mise en valeur du patrimoine utilisent le système traditionnel des expositions, langage propre au musée traditionnel, mais cela suppose de faire visiter l'exposition, dans un local spécialement aménagé, et aussi une scénographie, qui est elle-même le résultat d'une interprétation par des spécialistes du patrimoine de la communauté.

Certains ont cherché des solutions différentes. A Lomba do Pinheiro (Porto Alegre, Brésil), on a fait des expositions de panneaux travaillés avec les habitants et présentés dans la rue, là où les gens passent. L'Ecomuseu comunitario de Santa Cruz (Rio de Janeiro, Brésil) considère que des activités de promenade, des veillées de mémoire, des manifestations de revendication environnementale sont des expositions. Un peu partout, on complète les expositions classiques par l'organisation d'un réseau de sentiers qui quadrillent le territoire (mulattiere à l'Ecomuseo Val Taleggio en Italie, par exemple).

Je viens de recevoir de Raul Dal Santo un dossier qui me paraît aller plus loin dans la réflexion et surtout dans la pratique de ce qu'on pourrait appeler "exposition écomuséologique": le nouveau programme "cibo del corpo degli occhi e dell’anima", qui combine le maillage en parcours thématiques du patrimoine, surtout urbain, et des méthodes les plus actuelles de médiation utilisant les outils de communication que nous possédons tous et avons l'habitude d'utiliser pour la consommation comme pour les relations sociales. Ce projet s'appuie sur plusieurs années d'expérimentation et sur la volonté de faire connaître et approprier son patrimoine par la population elle-même, sans oublier évidemment les visiteurs occasionnels.

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it/p3/cibo/progetto.pdf

Même si la présentation de ce programme est en italien, je pense qu'il est possible d'en comprendre l'essentiel, ce qui peut donner envie d'aller voir sur place. Je sais que beaucoup d'écomusées, notamment en Italie, ont des pratiques remarquables allant dans le même sens, mais je voulais faire connaître immédiatement ce cas particulier, qui se passe dans un site que je connais et dont j'admire la créativité et le dynamisme.

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