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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 10:34

Cela fait longtemps que je n’ai rien mis sur ce blog. Mais depuis quelques mois j’ai accumulé des documents et des rencontres sur un même thème qui a deux entrées complémentaires : comment des gens divers construisent-ils une communauté et son cadre de vie sur un territoire ? et comment ces mêmes gens peuvent-ils intervenir sur les décisions politiques, administratives et techniques qui changent leur territoire, donc leur cadre de vie ?

Sur le premier point, je viens de visiter une exposition à l’écomusée du Val de Bièvre, à Fresnes, intitulée « Habitants et bâtisseurs de banlieue – 1955-1975 », fruit d’une coopération de trois ans entre la population de Fresnes, l’association des Amis de l’écomusée qui émane de cette population et l’équipe professionnelle de ce même écomusée qui est au service de la ville et de ses habitants. On y apprend comment des résidents venus de toute la France, d’Europe et de nombreux autres pays du monde ont, en vingt ans, transformé par leur présence, leurs activités, leur capacité d’adaptation aux changements du monde environnant, un village agricole d’Île-de-France en ville de banlieue de la métropole parisienne.

Cela m’a rappelé ce que j’ai vu au Brésil, dans les quartiers d’auto-construction à Brasilia, Rio, Porto Alegre ou Fortaleza, dans lesquels des “envahisseurs” venus des régions les plus pauvres avaient su construire leur ville et continuaient de la faire évoluer à partir de la force d’initiative d’habitants devenus urbains, qui n’attendent pas que les pouvoirs publics les aident ou les contrôlent, pour trouver eux-mêmes, collectivement ou coopérativement, des solutions à leurs besoins, ce qui est ma définition de la culture vivante.

Ou bien la petite région de Gemona dans le Frioul italien, où la population a joué un rôle déterminant dans la reconstruction de villes et de territoires ravagés par les séismes de 1976.

Cela me fait penser aussi au guide touristique du territoire de Plaine Commune, au nord de Paris, réalisé par Jacques Grossard et l’Association Mémoire de la Plaine : « Huit villes à découvrir en Île-de-France : Plaine Commune », où l’on voit à chaque page le rôle que les habitants, de toutes origines, ont joué depuis la préhistoire et jusqu’à aujourd’hui dans la création et l’évolution d’un ensemble urbain capable de survivre aux crises industrielles et politiques, comme aux changements technologiques imposés de l’extérieur.

Sur le deuxième point, c’est encore à Fresnes que j’ai écouté le 21 février une conférence et un débat sur l’utilisation de l’Inventaire général du patrimoine dans la planification et la décision sur l’aménagement urbain. Dans le même temps, je participe à une réflexion, dans la Communauté urbaine Le Creusot-Montceau sur l’opportunité de mobiliser la population et les associations sur les éléments de patrimoine à prendre en compte dans la préparation et l’adoption du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI). Car il ne suffit pas de protéger quelques monuments remarquables ou caractéristiques, mais il faut considérer tout le paysage et les diverses composantes du cadre de vie qui peuvent être regardés comme importantes par les habitants eux-mêmes.

C’est là qu’il faut faire intervenir l’éducation patrimoniale, telle que les Brésiliens l’ont conçue et la pratiquent : les habitants doivent prendre l’habitude de se sentir responsables de leur environnement paysager et construit et aussi de la maîtrise des changements que des facteurs extérieurs ou des autorités publiques leur imposent pour des raisons d’intérêt général. Il ne s’agit pas de conserver, mais de construire du nouveau sur de l’ancien, ce qui ne peut se faire sans la participation effective et consciente de tous.

Cette éducation patrimoniale passe, entre autres, par des méthodes telles que cette brochure que je viens de recevoir : “Tracce”, un guide produit par l’Ecomuseo del Paesaggio di Parabiago (Lombardie, Italie) pour faire connaître le territoire sous un grand nombre d’aspects anciens et modernes, selon une démarche 3.0, utilisant QR codes et internet, mais aussi les yeux et les pieds, et tous les sens des habitants. C’est le même principe que le « Descubre Murcia al Azar », qui fait de la même manière découvrir la ville de Murcie en Espagne, à l’initiative d’un architecte passionné de sa ville et de son territoire.

J’ajouterai seulement qu’il faut que les responsables du patrimoine, qu’ils soient professionnels ou militants associatifs, dans des musées, des écomusées, des institutions gestionnaires de monuments ou des militants associatifs, s’informent et se forment sur les politiques et les procédures de planification, d’aménagement du territoire, d’urbanisme, pour en connaître les vocabulaires et les principes, les acteurs et les calendriers, afin d’être à même d’agir et d’intervenir à bon escient, au bon moment, et efficacement, tant auprès de la population qu’auprès des collectivités publiques et des techniciens.

Les contacts :

www.ecomusee.agglo-valdebievre.fr

www.plaine-memoirevivante.fr

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it

www.murciaalazar.com

 

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 17:23

Je viens de recevoir trois ouvrages, venus de trois pays et publiés en trois langues, qui me semblent présenter un intérêt général pour tous mes collègues et amis qui travaillent sur le patrimoine. Je remercie d'abord ceux qui me les ont envoyés: même si je ne suis plus très actif sur le terrain, je peux encore faire passer l'information. Et celle-ci le mérite.

1. Merci donc à Elisabeth Kaine et à son équipe, de le Boîte Rouge Vif à l'Université du Québec à Chicoutimi (Canada), qui m'a envoyé:

Le petit guide de la grande concertation

Création et transmission culturelle par et avec les communautés

Collection Etudes amérindiennes, Presses de l'Université Laval, Québec, 2016, 263 p.

Ce livre est le résultat, concret et bien illustré, de 20 ans de recherches et d'expérimentations dans des communautés autochtones du Québec. Il comprend cinq parties: le montage du projet; la collecte des contenus selon plusieurs méthodes; le traitement de ces contenus; les modes d'expression et de transmission du patrimoine culturel; la production de dispositifs de transmission culturelle. De nombreux exercices et outils de travail sont proposés. J'ai été heureux de retrouver des noms et des visages de gens avec qui j'avais partagé de bons et grands moments au début des années 2000. Contact: elisabeth_kaine@uqac.ca

English edition can be downloaded or purchased on:

https://www.pulaval.com/produit/the-little-guidebook-on-the-extensive-consultation-cultural-creation-and-transmission-by-and-with-communities

2. Merci à Iñaki Arrieta Urtizberea, de l'Universidad del Pais Vasco, San Sebastian (Espagne). Il m'a envoyé le dernier ouvrage de sa remarquable série des colloques internationaux scientifiques et pratiques sur le patrimoine qu'il organise chaque année, dont le titre est cette fois:

Lugares de Memoria Traumatica

Editorial de la Universidad del Pais Vasco, Bilbao, 2016267 p.

Il s'agit de témoignages et de recherches sur des musées et des expositions réalisés dans plusieurs pays d'Europe et d'Amérique du nord et du sud, qui traitent de la mémoire de divers drames du XXe siècle: guerres civiles, dictatures, guerres mondiales... Ce qui me paraît intéressant dans cet ouvrage, est la démonstration de l'utilité du musée et de la muséographie comme média d'information, de sensibilisation et d'éducation sur les drames du passé et la nécessité de transmettre la mémoire des lieux, des gens et des évènements. Cela m'a rappelé le remarquable Memorial da Resistência, à São Paulo et les nombreux musées de la résistance dans mon propre pays. Ces musées et expositions ont une fonction sociale évidente qui dépasse les discours culturels, pour aborder des problèmes cruciaux pour l'avenir de nos sociétés. Contact: i.arrieta@ehu.es

3. J'ai reçu enfin, de l'Instituto Brasileiro de Museus (IBRAM) un petit guide pratique, résultat d'une évaluation du programme de "Pontos de Memoria" lancé par cet Institut fédéral en 2009:

Memory Spots

Methodology and Practices in Social Museology

OEI & IBRAM - Brasilia, 2016, 98 p.

Ce petit livre, dont j'ai reçu la version en langue anglaise, ce qui la rend compréhensible dans le monde entier (bravo et merci), reflète l'expérience de 12 de ces Points de Mémoire, qui ont été créés dans des musées communautaires, dans des quartiers populaires de grandes villes, dans des communautés indigènes, pour permettre non seulement de recueillir la mémoire, mais aussi et surtout de le préserver, de l'interpréter et de la transmettre dans un processus participatif, partant de la base même et s'exprimant dans le langage de la culture vivante des gens. J'ai été témoin du succès de ce programme qui n'est sans doute pas destiné à se pérenniser, sauf si des Etats et des villes le reprennent à leur compte. Il s'agissait d'un appel à projets, qui a été extrêmement riche en initiatives locales.. J'ai rencontre plusieurs des sites dont il est question dans le livre et je peux témoigner de l'intérêt des enseignements que l'on peut en tirer. Contact: pontosdememoria@museus.gov.br

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 17:04
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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 16:47
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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 11:10

La littérature muséale brésilienne est en plein développement: périodiques qui naissent et s'affirment même dans des universités éloignées des grandes métropoles culturelles, thèses de doctorat publiées, ouvrages de théorie et compte-rendus de pratiques de terrain, éditeurs qui prennent le risque de publier des travaux en direction d'un public dispersé et encore peu connu, tout cela suit et accompagne la multiplication des cours universitaires de muséologie de tous niveaux et des colloques professionnels et scientifiques.

Aujourd’hui, je tiens à signaler une publication originale, car il s'agit de traductions en portugais de textes en langue française. Comme André Desvallées a publié il y a plus de trente ans le célèbre "Vagues" où se trouvent des traductions de textes importants de la nouvelle muséologie écrits dans plusieurs langues, comme Maurizio Maggi, dans les années 1990-2000 a essayé de faire traduire en italien des textes anglais ou français, et de traduire en anglais des textes italiens, Manuelina Duarte et Carolina Ruoso ont voulu contribuer ainsi à l'échange d'expériences et de concepts.

Il s'agit de : Museus e Patrimônio, experiências e devires, que Manuelina et Carolina ont coordonné. Editora Massangana, Fundação Joaquim Nabuco, Recife, 2016, 158p.

Il faut saluer cette initiative, pour l'effort consenti par les traducteurs/trices et les coordinatrices, qui ont vaincu, avec leurs propres moyens, la Tour de Babel muséologique.  Pour avoir moi-même bénéficié de traduction de certains de mes textes en portugais ou en italien, je puis témoigner de l'efficacité de la traduction pour la circulation des idées et du retour pour l'auteur traduit en termes d'échanges et de partages avec ses lecteurs dans d'autres zones linguistiques.

Certes, il y a encore beaucoup à faire pour la diffusion de ces ouvrages dont le marché étroit n'intéresse guère les grands éditeurs. C'est vrai dans tous les pays d'ailleurs. Et l'édition numérique, moins chère et plus accessible, n'est pas encore réellement entrée dans les mœurs muséologiques.

Donc merci à Manuelina et à Carolina de leur initiative réussie. Et qu'elle donne des idées à d'autres....

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 14:31

On parle beaucoup de l'inventaire participatif du patrimoine. Les écomusées italiens pratiquent la méthode de la "mappa di comunità"; les québécois du Musée du Fier Monde ont adopté le principe de la "collection écomuséologique"; l'écomusée Paysalp en France et l'Ecomuseu da Amazônia au Brésil mobilisent les enfants sur l'identification du patrimoine qui les entoure; tous les écomusées, d'une manière ou d'une autre inventorient leur patrimoine. Mais comment exposer ces patrimoines ?

Beaucoup d'écomusées, ou d'associations de mise en valeur du patrimoine utilisent le système traditionnel des expositions, langage propre au musée traditionnel, mais cela suppose de faire visiter l'exposition, dans un local spécialement aménagé, et aussi une scénographie, qui est elle-même le résultat d'une interprétation par des spécialistes du patrimoine de la communauté.

Certains ont cherché des solutions différentes. A Lomba do Pinheiro (Porto Alegre, Brésil), on a fait des expositions de panneaux travaillés avec les habitants et présentés dans la rue, là où les gens passent. L'Ecomuseu comunitario de Santa Cruz (Rio de Janeiro, Brésil) considère que des activités de promenade, des veillées de mémoire, des manifestations de revendication environnementale sont des expositions. Un peu partout, on complète les expositions classiques par l'organisation d'un réseau de sentiers qui quadrillent le territoire (mulattiere à l'Ecomuseo Val Taleggio en Italie, par exemple).

Je viens de recevoir de Raul Dal Santo un dossier qui me paraît aller plus loin dans la réflexion et surtout dans la pratique de ce qu'on pourrait appeler "exposition écomuséologique": le nouveau programme "cibo del corpo degli occhi e dell’anima", qui combine le maillage en parcours thématiques du patrimoine, surtout urbain, et des méthodes les plus actuelles de médiation utilisant les outils de communication que nous possédons tous et avons l'habitude d'utiliser pour la consommation comme pour les relations sociales. Ce projet s'appuie sur plusieurs années d'expérimentation et sur la volonté de faire connaître et approprier son patrimoine par la population elle-même, sans oublier évidemment les visiteurs occasionnels.

http://ecomuseo.comune.parabiago.mi.it/p3/cibo/progetto.pdf

Même si la présentation de ce programme est en italien, je pense qu'il est possible d'en comprendre l'essentiel, ce qui peut donner envie d'aller voir sur place. Je sais que beaucoup d'écomusées, notamment en Italie, ont des pratiques remarquables allant dans le même sens, mais je voulais faire connaître immédiatement ce cas particulier, qui se passe dans un site que je connais et dont j'admire la créativité et le dynamisme.

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 21:55
Pasteurs, paysages: un chef d'oeuvre

C'est un évènement exceptionnel: un ouvrage exemplaire, scientifiquement, esthétiquement, culturellement: Enfin un livre sur un patrimoine vivant, héritage d'une longue tradition, mais ancré dans la société, l'économie, la technique, l'environnement les plus actuels, où s'expriment les acteurs eux-mêmes, les pasteurs de moutons, de chèvres, de vaches, de taureaux, de chevaux, avec passion,, compétence et expérience. Ils circulent avec leurs bêtes, entre plaine et montagne. Si les photos sont belles, la vie est rude et nomade.

Chaque témoignage est présenté avec la photo du(de la)) professionnel(le) présentée, une grande photo du paysage et des animaux décrits, et un texte court et précis sur le thème abordé dans le témoignage. 236 pages. pour près de 60 pasteurs bien vivants, de tous âges, qui mènent leurs bêtes entre la Crau et le Mercantour. Tout est traité: développement local, écologie, bio-diversité, économie de l'élevage, paysages, modes de vie, de transport, relations humaines, passé, présent et avenir, etc.

A lire et à méditer.

(Jean-Claude Duclos a été directeur du Musée Dauphinois de Grenoble et l'un des pionniers de la nouvelle muséologie en France. Il se consacre actuellement à l'étude et à la promotion de la transhumance et en général du pastoralisme.)

Pasteurs, paysages - Pastoralisme en Provence-Alpes-Côte d'Azur

par Lionel Roux, Photographe, Jean-Claude Duclos et Patrick Fabre pour les textes.
Editions Actes Sud et Maison de la Transhumance - Arles, juin 2016  
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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 15:03
Mémoire d'un écomusée

Odalice Priosti, connue dans le monde entier comme l'une des pionnières de l'écomuséologie, m'a fait l'honneur de me donner, le 6 juillet dernier, lors du Forum des écomusées et musées communautaires de Milan, son dernier livre: "Santa Cruz - Raízes de um ecomuseu". Ce petit livre, publié avec le soutien de l'ABREMC (Association brésilienne des écomusées et musées communautaires) et du NOPH ((Núcleo de orientação e de pesquisa histórica)est un récit à la fois de la communauté de Santa Cruz et de l'écomusée qui a émergé depuis trente ans de sa mémoire et de ses citoyens.

Il arrive à point, surtout pour deux raisons:

- localement, il répond, de façon claire et incontestable, aux efforts de personnes incompétentes mais influentes venues de l'extérieur, pour détruire une construction authentiquement communautaire, mais dont le caractère innovant, démocratique et "libérateur" gêne des technocrates jaloux.

- plus largement, il répond à un souhait exprimé par l'un des ateliers du Forum de Milan, pour l'écriture de la mémoire des écomusées par leurs praticiens eux-mêmes, seuls capables de tirer les leçons de l'expérience. Car l'écomuséologie est d'abord une pratique et il ne faut pas avoir peur du discours "subjectif" de ses militants, car on ne crée pas un mouvement populaire de conscientisation sociale et culturelle à partir de démarches "objectives" et froides.

Merci Odalice de ce livre. Tu as montré la voie. J'espère que bien d'autres la suivront.

Odalice Priosti, Santa Cruz - Raízes de um ecomuseu, Rio de Janeiro, 2015, 96p, illustrations

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 15:32

Je reviens de Milan, où j'ai pu participer au Forum des écomusées et musées communautaires (6-8 juillet) qui se tenais pendant la 24° Conférence générale de l'ICOM. J'y ai constaté que l'écomuséologie, comme expression du mouvement écomuséal mondial, existe bien. Comme les écomusées qui lui ont donné naissance, c'est un processus qui ne se réduit pas à une définition ou à des manuels, mais qui invente sans cesse de nouvelles solutions aux problèmes de notre temps, à la lumière et avec l'aide du patrimoine.

On trouvera plus tard dans le Rapport final qui sera publié, les détails de cette rencontre et les résultats obtenus. Je veux seulement, à chaud, livrer mes impressions et conclusions personnelles, sans littérature et sans précautions diplomatiques.

1. il y a un socle commun de principes et de pratiques, partagé par tous ceux qui se reconnaissent dans les termes "écomusée" ou "musée communautaire". Ce socle va sans doute, dans les mois et les années qui viennent, servir de base à une "plate-forme" internationale, qui est déjà préfigurée par le réseau des écomusées italiens et par une impressionnante liste d'engagements individuels souscrits le 7 juillet à Milan, sur une feuille dont je donne ici, symboliquement, la photo.

.2. après avoir pris en considération le thème de la Conférence générale de l'ICOM, "Le musée et le paysage culturel", les écomusées ont unanimement reconnu que chacun d'eux est, sur son territoire, le paysage, puisqu'il a vocation pour traiter et gérer le patrimoine vivant de la communauté, avec celle-ci, sans faire de différence entre le naturel et le culturel, ou entre le tangible et l'intangible.

3. les contacts pris avant le Forum et pendant celui-ci, tant avec l'ICOM qu'avec l'ICOMOS, ont clairement montré que les écomusées se situent entre ces deux mondes, celui des musées de collections et celui des monuments et des sites protégés, en ce qu'ils représentent le patrimoine et le paysage vivants, in situ, pour en faire des matériaux, des acteurs et des facteurs de développement, de cadre de vie et de qualité de vie, au service et avec la participation des populations.

4. l'écomusée est un projet culturel, social, éducatif et économique, qui ne peut pas se réduire à l'une de ces dimensions. Il est en outre trans-disciplinaire, en ce qui ne peut privilégier un seul mode de connaissance et d'interprétation du patrimoine et du paysage. Pour ces raisons, il ne peut appartenir au seul secteur culturel, comme c'est actuellement généralement le cas, et encore moins au seul secteur des musées, au sens traditionnel..

5. la collaboration entre tous les écomusées, qui a été tellement souhaitée à Milan, sera toujours difficile parce que les écomusées sont des structures pauvres et isolées, leurs responsables parlent peu les langues étrangères. La plate-forme dont je parlais plus haut sera donc sans doute surtout virtuelle et progressivement investie par les plus jeunes. Mais cela n'arrêtera pas les programmes et les projets entre écomusées de différents pays.

6. Le Forum a bien montré l'importance des réseaux d'écomusées, à tous les niveaux, régional, national et international. Ce seront probablement ces réseaux qui devront s'organiser pour être en mesure d'échanger, de partager, de se montrer solidaires et de témoigner des enseignements, des innovations et des solutions expérimentés.par leurs membres.

7. Les écomusées italiens sont actuellement, dans le monde, le principal laboratoire d'écomuséologie, par leur nombre et leur diversité, par leur créativité aussi. Ils offrent une gamme complète de toutes les formes d'écomusées, urbains, périurbains et ruraux, municipaux ou associatifs. Leur expérience des législations régionales, leur tentative actuelle d'organisation nationale, les difficultés qu'ils rencontrent face aux conditions socio-économiques actuelles, rendent très utile l'observation de leurs évolutions et de leurs réflexions.

 

Bien entendu, de nombreux écomusées ou musées communautaires n'étaient pas présents à Milan, presque toujours pour des raisons financières. Une vingtaine de pays seulement étaient représentés, mais les contributions envoyées venaient de plusieurs autres

En attendant les publications et le rapport final qui ne devraient pas tarder à être disponibles sur Internet, on peut trouver des informations sur le Forum, les communications qui lui ont été soumises et sur l'atmosphère générale des débats sur le site www;ecomusei. eu. On peut aussi s'adresser à ce site (info@ecomusei.eu) pour faire des propositions et marquer son intérêt pour la plate-forme à venir.

Merci enfin à nos amis italiens pour cet apport à la cause du patrimoine et du développement.

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 16:51

Est-ce une mode ? est-ce un mouvement de fond ? est-ce une conversion des professionnels de musées ? Le fait est que, ces derniers mois et encore ces jours-ci, j'entends parler de projets visant à "inventer" le musée du 21° siècle, ou bien à ouvrir le musée sur la société, ou encore à faire participer les habitants à la vie du musée. Des réseaux de musées, une université, des administrations nationales ou régionales, en Europe ou en Amérique, réunissent des muséologues, des politiques, des experts et les font "plancher". Quelles que soient les langues dans lesquelles cela s'exprime, les mots et les concepts sont les mêmes. Il s'agit de chercher à faire que le musée, les musées s'ouvrent au plus grand nombre, ces habitants qui ne viennent pas et ne sont jamais venus au musée, sauf dans leur enfance avec leur classe ou à l'étranger pendant leurs vacances en suivant le guide.

Par contre, les démarches ne sont pas toujours les mêmes. J'en distingue deux principales selon que l'on privilégie le musée ou le territoire.

Dans la plupart des cas, c'est le musée lui-même qui est l'objet de la réflexion, avec deux déclinaisons différentes, parfois opposées, parfois complémentaires: ouvrir le musée sur l'extérieur pour y faire entrer la population, ou bien faire sortir le musée de ses murs pour aller à la rencontre de la population. Ouvrir le musée signifie le rendre plus attractif, changer certaines activités ou la manière de les réaliser, adopter des modes de communication allant de la publicité plus ou moins ciblée à l'utilisation des réseaux sociaux., mais il s'agit toujours d'un "public" qui doit entrer dans le musée. Sortir de ses murs signifie au contraire pour le musée une révolution dans ses méthodes, l'investissement de nouveaux lieux, la prise de risques, notamment pour les collections utilisées, une collaboration avec des personnes et des structures extérieures au musée qui n'ont pas les mêmes goûts, les mêmes logiques, les mêmes objectifs. On reste cependant, pour l'essentiel dans le cadre de la collection du musée. La collection est un trésor que l'on veut partager avec le plus grand nombre, ce qui impose à l'institution d'inventer de nouvelles formes d'action.

L'autre démarche est très différente: il s'agit de considérer le territoire, qui peut être un quartier, toute la ville ou encore celle-ci avec la région qui l'entoure. Le musée devient alors une institution au service du territoire et de son patrimoine. Sa collection n'est plus que la partie enfermée (le trésor) du patrimoine commun, mais le musée dispose par ailleurs de locaux, de personnels, de compétences, de moyens techniques ou scientifiques, qui peuvent être utilisés pour des actions, des programmes, voire même une stratégie patrimoniale à moyen ou long terme, qui peuvent inclure l'inventaire du patrimoine, la "mise en valeur" d'éléments de ce patrimoine in situ, la création de réseaux d'acteurs, une implication dans des domaines de la vie culturelle, sociale, économique, politique, dans l'aménagement de l'espace, dans la revitalisation de ressources anciennes ou la création de productions nouvelles à partir de l'héritage immatériel, etc.

Enfin on doit prendre en compte l'existence, fréquente, de plusieurs musées, souvent de nature très différente, dans la même ville et sur le même territoire. Là ce n'est plus "le" musée qui doit changer, mais l'ensemble des musées, qui sont d'ailleurs de plus en plus reliés en réseaux ou "systèmes" de musées, qui incluent aussi les monuments, les sites, les parcs naturels. Je crois cependant que ces réseaux ont surtout pour but d'optimiser leurs ressources institutionnelles et d'harmoniser leurs programmes et leurs calendriers, leurs actions de communication. Le plus souvent ils parviennent à coordonner leurs tarifs et à créer des billets uniques pour faciliter la fréquentation touristique. Mais je ne suis pas sûr que les villes qui agissent ainsi aient vraiment la volonté de se doter d'une politique cohérente du patrimoine dans l'intérêt de leur population. Les musées restent des attractions touristiques, dont les statistiques de fréquentation constituent la meilleure preuve de succès.

Devant cette tendance à la remise en question des politiques muséales du XX° siècle, on peut poser quelques questions, par exemple:

  • est-ce que les musées d'art, et surtout les musées de chefs d’œuvre, doivent rester l'étalon absolu de toute réflexion muséologique institutionnelle ?
  • est-ce que la gouvernance des musées est capable d'accepter la participation des corps intermédiaires (associations par exemple) et d'habitants de toutes origines sociales à la décision aussi bien sur les programmes que sur les méthodes d'action et sur les langages utilisés ?
  • est-il raisonnable de poursuivre les pratiques anciennes de la muséologie traditionnelle qui consomment la plus grande part des moyens disponibles, même en temps de crise: accroissement des collections à tout prix, création de nouveaux musées, construction ou extension de musées selon des concepts architecturaux spectaculaires où le contenant l'emporte sur le contenu et sur le service rendu ?
  • existe-t-il encore deux niveaux de patrimoine: un patrimoine noble constitué par les collections des musées et par les monuments et sites classés, et un patrimoine "modeste" qui n'intéresse que des érudits locaux et des associations de village ?

Ce qui m'amène à penser que les musées, du moins ceux qui veulent sincèrement servir leur territoire et sa population, auraient intérêt à chercher de l'inspiration et des exemples de méthode, non pas dans des commissions d'experts, mais auprès des musées communautaires ou des écomusées qui ont déjà depuis vingt ou trente ans appliqué les principes déclarés en 1972 à Santiago du Chili, renouvelés en 1992 à Caracas, célébrés en 2012 pour le 40° anniversaire de Santiago. Car, manifestement, ce sont ces musées communautaires, petits et pauvres, sans collections de chefs d’œuvre, animés par des facilitateurs ou des coordinateurs parfois sans formation académique, qui ont pris au sérieux le principe de l'intégration sociale, du service à la communauté et qui l'appliquent au quotidien. Ils inventent des solutions simples, des modes d'organisation et de participation, ils associent tout le monde, non pas comme public ou comme visiteurs, mais comme co-acteurs de la gestion du patrimoine commun. Pourquoi ne pas leur envoyer en stage de formation permanente les cadres des grands musées urbains les plus voisins ?

P.S. Douze écomusées italiens ont invités les participants à la Conférence générale de l'ICOM qui va se tenir à Milan en juillet à venir les rencontrer sur leurs terrains. Pourquoi ne pas tenter l'expérience ? http://www.ecomusei.eu/?page_id=1245

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